Analyses et chroniques historiques, sociales, économiques et politiques
(Emmanuel Dion, 1990-2022, en cours d'agrégation)

Extraits de journal -parfois remaniés- et textes divers relatifs à la situation sociologique et politique en France et dans le monde

L'Europe a fait le monde

Je pense que si dans les deux à quatre générations qui viennent, l’humanité créative et conquérante est progressivement assistée, puis essentiellement dépassée par des systèmes la contrôlant, la notion même de «grand homme» perdra son sens. Il n’y aura plus, il ne pourra plus y avoir de faiseur d’histoire, de scientifique total, de nouveau prophète, d'homme providentiel [...]. Dès lors on pourra tirer une sorte de bilan final de l’épopée humaine, et de ce bilan il ressortira nécessairement que c’est l’Europe et quasiment l’Europe seule qui aura, pour le meilleur et pour le pire, produit l’ère moderne, ère moderne qui aura elle-même abouti à la toute-puissance, puis sans doute à la chute relative (ou peut-être la stabilisation en un état quasi-stable) de l’humanité. Ou pour le dire plus brutalement encore, avec André Amar, c'est l’Europe qui a fait le monde. Aucune autre culture ne pourra dès lors lui être comparée, ce sera une vérité historique incontestable, qu’elle soit ou non promue en tant que telle.

(Journal*, 24/12/17)

Pour en finir avec le Christianisme

Opposé à tous les dogmatismes religieux, et en particulier aux dogmatismes liés à une prétendue révélation, je ne saurais faire exception pour la religion dans laquelle j’ai été en partie éduqué, à savoir la religion catholique. Certes, celle-ci se montre sans doute moins méprisable que l’islam, à la fois dans ses aspects doctrinaux et dans ses effets pratiques, mais tout de même : j’aurais peine à donner libre cours à une critique radicale de l’islam (notamment comme phénomène mémétique et politique d’asservissement des êtres et des peuples fondé sur un corpus arbitraire et réducteur, et simplement sélectionné parmi d'autres par l'effet chaotique du hasard) si je n’acceptais pas par principe une critique du même ordre au sujet de la religion qui me compte sans doute encore comme l’un de ses sujets, puisque je suis baptisé et que je n’ai jamais jusqu’à présent pris la peine d’apostasier administrativement. Cela ne me gêne d’ailleurs pas : même si j’admire une partie de l’art d’inspiration chrétienne (notamment les chants grégoriens et l’architecture des églises et cathédrales) je n’ai aucune tendresse particulière pour la religion inspirée par Jésus, et le fait qu’elle place l’amour comme valeur principale n’est pas de nature à adoucir ma critique. A presque tout point de vue, il me semble que les valeurs de l’Antiquité grecque sont supérieures : polythéisme à imagerie païenne réaliste et poétique contre monothéisme abstrait culpabilisateur voire vengeur (pour ce qui relève de l’ancien testament), vérité contre amour, raison contre sentiments, dialogue à vertu de clarification contre tolérance immédiate et sans condition, honneur contre contrition. Comme il est regrettable que l’Europe médiévale ait progressivement cédé au magistère moral d’un illuminé sémite s’étant sans doute simplement trouvé là par hasard, et ayant été transformé en sainte icône par une petite bande de proches fanatisés… A tout prendre, et quitte à aller chercher à l’extérieur de nos frontières un maître à prier, nous aurions mieux fait de poursuivre un peu plus loin pour nous inspirer de Bouddha… Peu m’importe au fond que Jésus se réclame de l’amour alors que Moïse se réclame de l’obéissance et Mahomet de la soumission à Dieu. Dans tous les cas en fait, ils se réclament d’un principe unique et universel, quel que soit le nom qu’ils donnent à ce principe. En cela, s’ils se montrent en partie compatibles avec un certain aspect de la tradition philosophique européenne (par exemple l’impératif catégorique kantien), d’une part ils le présentent sous une forme dégradée en affirmant l’absolu comme un principe externe (au moins pour le judaïsme et l’islam, pour le christianisme, la situation est intermédiaire), d’autre part ils se révèlent beaucoup moins capables que le moindre paganisme, le moindre panthéisme ou le moindre polythéisme de prendre en compte la variété du monde (par exemple dans ses dimensions naturelle –minérale, végétale, animale ; ou dans sa part féminine).

L’objectivité oblige à constater que c’est pourtant une Europe d’inspiration essentiellement chrétienne qui a produit le monde Occidental s’étant progressivement étendu à la Russie, aux Amériques et à l’Océanie, soit la plus puissante civilisation que la Terre ait porté, au point d’en transformer la surface et le devenir, puis d’en définir les codes structurants, et cela même alors que ce n’est peut-être pas elle qui abritait les populations au plus fort QI moyen (la Chine du nord se révélant supérieure de ce point de vue, quoique les conditions alimentaires et sanitaires de l’époque aient pu annuler cet avantage, par une forme d’anti-effet Flynn historique). Dans ces conditions, on peut être tenté d'affirmer que le christianisme a peut-être encouragé, et en tout cas n’a pas empêché, la modernité d’advenir. Voire. C’est aussi le double impact de la Renaissance (retour aux valeurs pré-chrétiennes de raison et de vérité, aux notions d’harmonie, de classicisme et de modération de l’Antiquité) et des Lumières (émergence de la notion de critique, émancipation du dogmatisme, interprétation de plus en plus symbolique et non littérale des Ecritures), donc la mise à distance de l’autorité religieuse, qui a permis le véritable décollage intellectuel et technologique ayant pris naissance à la fin du Moyen-Âge. On pourrait alors défendre l’idée que la modernité n’est pas apparue à cause de, mais malgré, le christianisme, où en tout cas grâce à son dépassement.

Nous ne saurons évidemment jamais ce qui se serait passé si le christianisme ne s’était pas imposé en Europe. Le monde moderne ne serait-il jamais advenu (thèse probable de René Girard, voyant dans le christianisme la phase préparatoire de l’humanisme moderne, voire du modèle laïque contemporain des Droits de l’Homme), ou serait-il advenu plus tard par exemple sous l’impulsion de la Chine, du Japon ou de l’Inde ? Ou bien serait-il au contraire advenu plus tôt, directement après l’Empire romain et sans passer par le Moyen-Âge, en évitant de nombreuses souffrances au passage (guerres, famines, révolutions, totalitarismes) dont nous subissons encore le contrecoup ? Faut-il donner, dans l’explication historique des mutations de l’humanité, plus d’importance à l’aléa, et considérer celui-ci comme un facteur plus important que les prédispositions génétiques ou culturelles à l’évolution des peuples et des civilisations ?

Il me semble qu’il est dans tous les cas possible aujourd’hui, sans renier l’héritage chrétien ni ses contributions historiques (notamment esthétiques), d’abandonner la figure du Christ comme celles de tous les prophètes des religions du livre, également au motif qu’elles sont d’origine extra-européennes, pour renouer directement avec la véritable culture Européenne de fond dont les traditions celtes, scandinaves, grecques antiques, ou simplement paysannes, peuvent donner la tonalité : conception de l’homme équilibrée entre individualisme et tribalisme, identités emboîtées (famille-village-région-nation-continent), pratique et respect de la raison contre l’exaltation des passions, héroïsme de l’action, goût de l’invention et de la découverte, ethnocentrisme naïf non contaminé par le totalitarisme universaliste, conservation des traditions et respect des anciens, importance de l’éducation, différenciation fonctionnelle des genres à la source du modèle de la famille nucléaire, sens de la compétition et du progrès contrebalancé par une forme d’humilité face à l’univers et la dénonciation de l’hybris.

(Journal*, 7/03/18)

L'Europe a inventé la modernité

Je n’ai pas envie de perdre trop de temps avec cette idée, mais je crois que la vérité historique obligerait à reconnaître qu’une si grande majorité des chercheurs, savants, penseurs et inventeurs ayant co-produit la modernité est d’origine européenne qu’on peut, moyennant une légère approximation, considérer que c’est l’Europe (au sens ethnique et culturel) qui a produit le monde moderne. Je ne pense pas qu’il était inévitable qu’il le fût, ni que les différences bien réelles de QI moyen par zone géographique soit le seul ni même le principal facteur à l’œuvre (il me semble que la théorie du chaos s’applique ici et que l’histoire aurait pu être tout autre), mais je pense que la seule position historiquement honnête consiste à constater qu’il l’a effectivement été. Je n’en tire pas de fierté personnelle particulière, je n’y suis pour rien ; mais mes ancêtres, peut-être pour certains, si. Dès lors, il me semble qu’au minimum le principe de conservation du passé, si ce n’est le principe de précaution pour l’avenir, devrait amener à défendre l’idée d’une préservation de cette Europe-là (ethnique et culturelle), et qu’on devrait tenir pour un crime contre l’humanité toute volonté politique de la détruire ou laisser détruire (ethniquement et culturellement), notamment par des politiques d’immigration par ailleurs contraires à la volonté des peuples concernés et dont une forme d’assentiment passif n’est obtenu, et de moins en moins, qu’à force d’un conditionnement social relevant désormais de la tyrannie ploutocratique pure et simple.

(Journal, 16/03/18)

Prospective politique post-gauchiste

Comme l’explique Jean-Yves Le Gallou, la situation sociale héritée de près de 50 ans de politique migratoire française et européenne est catastrophique au niveau général (je ne discute pas ici d’éventuels cas particuliers réussis, mon analyse est de nature politique). Il est désormais très difficile d’y trouver des solutions réalistes et équitables, et on peut donc amèrement regretter la faiblesse/la corruption morale/la bêtise/le cynisme égoïste des dirigeants qui ont mis/laissé mettre notre civilisation dans un tel état. Une partie de la faute revient aussi sans doute à la société civile, et finalement aux électeurs, qui ont reconduit élection après élection des élites politiques toujours plus inconséquentes. Mais admettons-le : la démocratie de marché, largement livrée à la domination de la finance et des médias, est surtout un prétexte commode à rejeter la faute sur un peuple qui n’a de toute manière guère les moyens (informationnels, culturels) de faire en la matière des choix éclairés, et la plus grande responsabilité revient donc aux corps intermédiaires (justice, éducation et médias), qui ont co-produit autant qu’elles l’ont reçue en héritage et relayée l’idéologie mortifère de la gauche morale. L’élection de Macron peut donner un exemple évident de la collusion de la haute finance, de la politique et des médias contre les intérêts du peuple, on peut renvoyer sur ce point aux analyses de Michel Drac, Maurice Gendre ou Olivier Piacentini entre autres.

J’estime que dès qu’elle sera considérée comme politiquement acceptable (et il faut tout faire, par le combat métapolitique, pour que ce moment arrive le plus tôt possible), la remigration concertée sera l’une des mesures prioritaires à mettre en œuvre pour limiter les dégâts. Pour le moment exclue du débat pour des raisons qui tiennent au magistère moral des « antifas » de tout poil, et plus généralement de tous ceux qui s’en remettent, souvent sans le savoir, à l’idéologie dominante du cosmopolitisme, cette option viendra sans doute à l’ordre du jour lorsque le désordre civil aura atteint une telle intensité que les angélismes de façade et les postures moralisatrices confortables seront devenues intenables.

Il faudra cependant accepter de vivre en partie avec les conséquences humaines de cette politique migratoire désastreuse, c’est-à-dire avec des descendants, parfois métissés, d’individus déracinés, profiteurs et amers, dont certains, évidemment, seront aussi et malgré tout à titre individuel de braves gens, même si la contribution globale de la catégorie à laquelle ils appartiennent aura été si négative qu'il ne sera plus possible de le masquer. Cette considération est douloureuse pour tous, pour eux-mêmes et pour la société en général : on peut résumer en disant que ceux qui, par intérêt personnel ou par impuissante complaisance, comme Giscard (qui l’aura au moins rapidement et explicitement regretté), Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, mais aussi et surtout Attali, BHL, Minc, Ferrand, etc.), ont joué un rôle important dans cette affaire, ont causé par leur action un tort considérable à leur peuple et méritent d’être considérés par l’histoire comme de véritables traîtres à leur civilisation et au-delà, à la mesure de leur action, à l’humanité entière.

De mon côté, outre que cette situation me démoralise presque autant que ma situation personnelle de divorcé séparé de mes enfants contre ma volonté (dans le sens où elle menace pareillement la continuité de ma race), je la replace, peut-être pour me consoler, dans le contexte à venir de la Singularité technologique, et de la persistance de l’humanité uniquement sous forme d’îlots dispersés et dévitalisés (sur le modèle de Demain les Chiens ou La possibilité d’une île) ; et je songe à l’occasion que si la Singularité doit advenir prochainement, il sera au moins définitivement acté que c’est la civilisation occidentale presque exclusivement qui l’aura produite (avec, peut-être, l’appoint sur la fin de certains Chinois/Coréens/Japonais, mais aux méthodes largement inspirées de celles des Américains/Européens de toute manière). Aucun déni de réalité antiraciste, aucun délire cosmopolite ne pourront changer cette vérité historique, qui sera nécessairement constatée et conservée par nos successeurs.

Il m’est cependant venu ce matin une idée moins théorique, et plus apaisante : même en l’absence de Singularité, dans l’hypothèse tristement réaliste qu’on voit se dérouler sous nos yeux, celle d’une sorte de dysgénisme matérialiste généralisé, précédant peut-être une disparition non pas de l’existence organique et animale de l’homme, mais celle de sa spiritualité, le développement quantitatif même massif de toute une frange d’humanité de seconde zone n’a littéralement pas d’importance : sa consommation de ressources d’abord, puis ses aspirations consuméristes ensuite pourront probablement à terme faire l’objet d’un contrôle extérieur (notamment par le moyen du conditionnement social), sa production occasionnelle de talents sera recyclée à l’extérieur d’elle-même, parmi les corps d’élite, sans rien changer à sa nature propre ; et toute la substance qualitative du monde trouvera à se déployer dans une matrice humaine disjointe, minoritaire mais éveillée, constituée par la réunion des élites économiques et des élites intellectuelles, les secondes prenant progressivement le pas sur les premières, contrairement à ce que laisse présager la situation actuelle. Dans ce schéma surhumain, peu importera la race (famille, ethnicité) d’origine ou la géographie du lieu de vie (bouleversée par les migrations), car le processus structurant sera celui d’un élitisme atomisé et distanciel, peut-être pas forcément progressiste mais certainement pas conservateur non plus (puisqu’il renoncera par exemple aux solidarités familiales), composant avec une forme nouvelle, minimale et cependant exigeante de sociabilité. Une sorte de stoïcisme aristocratique post-moderne.

En somme on pourrait imaginer deux options contrastées d’avenir à long terme :

1 – L’option de droite conservatrice : « Singularité plus Demain les Chiens/ou sauvages du Meilleur des Mondes » dans laquelle les îlots d’humanité subsistant, menacés de dévitalisation endogène, ne seront sans doute des lieux de survie durables que s’ils abritent des populations humaines relativement arriérées nourries de mythes obscurs ; le monde deviendrait alors une sorte de grande Papouasie, cette île-continent qui abritait il y a encore seulement deux siècles des milliers de langues et de cultures archaïques et indépendantes. Il suffit d’actualiser la métaphore en remplaçant les conditions de vie des papous (proches de celle de l’âge de pierre) par des conditions de vie modernes, avec réfrigérateur commandé sur Internet et divertissements produits à la chaîne dans des studios lointains. Dans ce cas de figure, les systèmes de croyance absurdes (religions du livre, humanisme crétin, matérialisme consumériste) ont toute leur place, il convient seulement de les cantonner chacun à un espace indépendant de manière à ce qu’ils ne se détruisent pas mutuellement. Il n’est par contre pas certain que la forme civilisationnelle Européenne, du moins celle de l’ère moderne, dont le principe essentiel la pousse sans cesse au progrès, à l’invention et à la découverte, puisse s’accommoder de la perspective d’une stase indéfinie (sauf à en revenir à un idéal plus spartiate ou stoïque, à la limite à une humble sagesse un peu épicurienne à la Montaigne, pour laquelle le développement de l’homme prime sur le développement du monde).

2 – L’option d’extrême-droite élitiste : mise en coupe réglée du parc humain dans sa plus grande masse (sur le modèle d’ « idiocracy »), et dosage par le conditionnement social de son extension quantitative et de ses principes de fonctionnement et de contrôle, dosage piloté par une élite constituant tout d’abord une sous-partie intégrée de celui-ci, puis faisant progressivement sécession d’avec lui. Transformation d’une domination d’abord purement économique en domination intellectuelle, éducative et peut-être spirituelle, préparant une indépendance toujours plus grande rendant de plus en plus difficile la transition de certains individus d’une catégorie à l’autre, jusqu’à un abandon de plus en plus complet des solidarités familiales risquant de remettre en question certains des principes d’humanité jusqu’alors considérés comme absolus (élites acceptant une séparation définitive de leur milieu d’origine et un abandon de leur lignée et culture d’origine, reproduction par clonage, eugénisme revendiqué). L’une des justifications de l’abandon des hommes-masses à leur sort pourra tenir au respect de leur propre choix, animé par leur veule préférence pour un hédonisme non problématique (images du choix de Jupiter par la plus grande partie des hommes de Demain les Chiens, ou de l’incapacité de Zarathoustra à convaincre les derniers hommes d’échapper à leur sort par l’effort de leur propre volonté). Pour le dire plus clairement : la majorité des hommes seront abandonnés à Hanouna (contre Descartes, Hilbert ou Hofstadter) non pas malgré eux, mais par leur choix délibéré, répété et revendiqué : c’est bien ce qui se passe aujourd’hui en toute lumière, il suffit de comparer le nombre de vues Youtube de Kim Kardashian (« Kim does her own makeup », 10 millions) et Alain de Benoist (« Alain de Benoist évoque Dumézil », 3900 vues) pour s’en convaincre, personne ne force qui que ce soit à choisir l’un plutôt que l’autre.

On notera qu’il n’y a pas d’option de gauche, sauf éventuellement comme sous-produit de la première option, au sein de micro-mondes enfermés dans leur idéal cosmopolite, et également comme sous-produit de la seconde option, comme principe régissant le monde des hommes-masses constituant la sous-partie « idiocratique » de l’humanité.

(Journal*, 11/03/18)

A droite de l'extrême-gauche

L'ensemble de mes prises de positions me situerait probablement à droite, et même à l’extrême-droite, de l’échiquier politique. Je ne suis pas exagérément gêné par un tel classement, qui n’est stigmatisant qu’aux yeux de ceux qui demeurent intimidés par l’idéologie dominante, et que je partage à ses yeux avec des personnes aussi pondérées et ouvertes d’esprit (et en tout cas sans doute plus que moi) que De Benoist, Michel Drac ou Tepa. Du point de vue qui me semble compter, celui de la vérité, si je me situe en effet très à droite du centre de gravité actuel de l’opinion, c’est juste que celle-ci se situe actuellement de mon point de vue, sans toujours le réaliser, à l’extrême-gauche. Dans quelle autre civilisation, à quelle autre époque a-t-on cherché à faire passer pour normal, voire incontestable, le droit à vivre sans efforts aux dépens des autres (sans contrepartie en termes de devoir), le non-art comme source d’admiration mondaine, le foyer homosexuel comme cellule familiale non problématique, le laxisme judiciaire généralisé face aux crimes et délits, l’obligation non seulement d’accueillir temporairement (en vertu du principe d’hospitalité ou de secours) mais de manière permanente des populations étrangères (et en partie idéologiquement hostiles) au risque évident de sa propre survie ? Nulle part, bien sûr, et certainement pas dans l’Occident antérieur aux années 1960, qui a inventé la modernité avant de sombrer dans une décadence morale dont seule la puissance antérieurement acquise lui a permis de payer les conséquences pendant plusieurs générations. La plupart des gens ne comprennent pas que nous vivons actuellement, en Europe en particulier, dans un monde gauchisé comme jamais, tout simplement parce qu’ils imaginent comme de droite la dérégulation du marché, l’extrême division du travail, et la domination de la finance sur l’économie réelle. Or ces signes distinctifs sont ceux du libéralisme –dont on peut défendre l’idée qu’il n’est pas plus de droite que de gauche- et non de la droite en tant que telle. Par ailleurs, le gauchisme mental, dans son déni de réalité permanent, incite à tant de parasitisme qu’il parvient encore à estimer qu’un pays comme la France, au taux de prélèvements obligatoires supérieur à 55% (soit un point rarement atteint dans l’histoire, tous pays confondus) mérite encore d’être qualifié d’ « ultra-libéral » alors que son économie s’effondre depuis plus de quarante ans sous le poids des taxes et régulations, au point de lui faire perdre progressivement une grande partie de son importance dans l’économie mondiale.

Je suis moi-même plutôt libéral en économie, et surtout partisan de toute division du travail efficiente et d’un libre-échange pratiquement total au sein d’un espace communautaire homogène. Mais ce n’est pas pour cette raison particulière que je me considère effectivement comme de droite. La vraie raison qui me classe à mes propres yeux à droite (et plutôt à vrai dire à l’anti-gauche) est que je ne tiens pas l’homme –et encore moins chaque individu en particulier- pour la valeur ultime, que je le soumets à des principes supérieurs (la vérité, la complexité), comme les anciens le soumettaient à Dieu. C’est en fait parce que je ne me définis pas comme un humaniste absolu, mais plutôt comme un homaniste modéré, que la quasi-totalité des bienpensants d’aujourd’hui me classeraient à l’extrême-droite. Leur incompréhension me peine modérément. Comme le disait Sainte-Beuve, « nos jugements nous jugent ». Si je considère pour ma part le Christ comme l'un des modèles les plus influents de l'extrême-gauche, et que je me range sagement bien loin à sa droite, c'est avec plaisir que j'ai le sentiment d'y rejoindre Aristote, Pythagore ou Descartes.

(Journal*, 16/03/18)

L'extrême-gauche au pouvoir

La loi française me paraît vraiment aberrante : il existe une quasi-impunité de fait pour la petite délinquance (Macron vient par exemple d’acter le fait que toute peine de prison inférieure à un an ne sera pas exécutée). En revanche, la liberté d’expression est sanctionnée avec une sévérité à peine croyable. Jean-Marie Le Pen a été condamné à 180000 euros d’amende pour avoir affirmé que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale, ce qui est sur le fond à peine contestable (puisque le caractère essentiel de cette guerre est qu’elle a concerné la quasi-totalité du monde, qu’elle a vu s’affronter les principaux systèmes politiques rivaux de l’époque –en particulier les totalitarismes et les démocraties, et qu’elle a presque amené l’humanité à l’auto-destruction, par l’introduction de l’arme atomique ; la shoah dans l’ensemble n’est qu’une partie de cet ensemble, et la question spécifique des chambres à gaz une partie de cette partie ; par exemple, elles ne sont pas mentionnées dans les mémoires de Churchill, de De Gaulle ou d’Eisenhower), et qui du toute manière, même faux, relève de la plus pure liberté d’opinion et d’expression ; puis il a à nouveau été condamné à 30000 euros d’amende pour avoir répété cette affirmation. Sur un autre sujet, celui de l’eugénisme, l’article L214-1 du code pénal punit de 30 ans de prison (et 7,5 ME d’amende, on se demande bien pourquoi une telle précision) le fait de « mettre en œuvre une pratique eugénique tendant à l’organisation de la sélection des personnes ». Bon, déjà, c’est aberrant puisque cela signifie que si on avorte à la suite d’un dépistage de la trisomie, par exemple, on entre dans ce cadre (comme la majorité des jeunes parents d’aujourd’hui). Mais plus généralement, on punit de 30 ans de prison en France ce qui est actuellement encouragé à Singapour… Et ceci sans débat public clairement posé, et évidemment sans aucune consultation démocratique sur la question…

(Adapté du Journal, 29/03/18)

Le faux problème de la dette contre le vrai problème démographique

Certaines personnes bien informées sont persuadées que la crise est structurelle, si profonde qu’on ne pourra faire l’économie d’un effondrement à plus ou moins long terme. Mais est-ce bien certain ? La démographie, et en particulier la démographie africaine, est de nature à démoraliser le plus vaillant progressiste, le plus incorrigible optimiste. Mais au fond, est-il bien certain que le progrès technique soit inapte à gérer une telle surcharge de matière humaine indifférenciée ? Le monde actuel fonctionne encore, et fonctionne relativement bien, alors même que certains phénomènes normalement impossibles sont déjà là. Sur la question de la dette, par exemple, y a-t-il vraiment de bonnes raisons de s’inquiéter ? Cela me paraît typiquement un faux problème, un problème formel et rhétorique en quelque sort, qui ne tient que si on croit au Droit comme d’autres croyaient en Dieu. La dette ne sera remboursée que si elle peut l’être, les esclaves (si on considère comme esclaves ceux qui sont endettés au point de ne jamais pouvoir rembourser, à l’échelle d’un individu ou d’une nation) ne pourront travailler qu’à mesure de leurs moyens. Il n’est pas imaginable que 99% de l’humanité soit indéfiniment asservi par le pour-cent restant simplement au regard d’une simple feuille de papier, ie. un contrat de prêt (il me paraît en revanche possible qu’elle le soit par le conditionnement social). Ce qui compte vraiment, c’est ce que le monde est capable de produire à tout moment en termes de flux de satisfaction (or cette capacité de production semble croître plus vite que l’humanité, du moins on ne peut pas affirmer l’impossibilité de cette croissance, surtout dès lors que l’IA peut à tout moment venir bouleverser la donne). La question du partage est secondaire par rapport à la question de la production. Si les parasites déjà en place ne parviennent pas encore tout à fait à rendre le monde dysfonctionnel, pourquoi en irait-il autrement à l’avenir ? A l’heure actuelle, le système ne fonctionne certes pas grâce aux technocrates inutiles, aux financiers prédateurs, et aux migrants profiteurs, mais il fonctionne tout de même malgré eux… Mais cet argument se retourne : si l’on s’en remet à l’hypothèse de progrès techniques (notamment dans le domaine-clé de l’énergie) permettant un grand niveau de confort généralisé, donc si l’on néglige les questions d’organisation et de partage parce qu’elles deviennent secondaires, ce qu’il revient de protéger, c’est la qualité, la diversité, l’authenticité : l’ethno-différencialisme fait partie de la démarche.

En somme, il convient de protéger l’Europe et la France du danger de la submersion démographique/du métissage forcé dans les deux hypothèses : celle de l’effondrement, qui justifie de la protection de nos ressources pour éviter d’être entraîné dans un désastre général ; et celle du confort généralisé, qui rend inutile le déplacement de populations, et justifie et permet de protéger l’authenticité de chaque civilisation.

Vaut-il mieux ?
A - un monde d’un milliard d’hommes heureux
B - un monde de dix milliards d’hommes malheureux (argument 1 : seul le nombre compte, le bonheur est illusoire ; argument 2 : un homme, même malheureux, vaut mieux que rien)
C - un monde de deux milliards d’hommes heureux et cinq milliards d’hommes malheureux (argument : on peut accepter des hommes malheureux dans le monde, en ignorant si leur existence est bonne ou mauvaise, si leur existence permet de rendre possible celle d’hommes heureux en plus grand nombre) (J’utilise dans cette question le mot « heureux » dans un sens large : matériellement comblés, bien éduqués, pouvant donner un sens à leur vie ; il faudrait sans doute dire « potentiellement heureux », car il s’agit ici de réfléchir à une matrice sociale optimale, il est entendu qu’on ne peut forcer le bonheur ni éradiquer le problème du mal)

Personnellement, mon malthusianisme me pousse vers l’option A. Je n’ai jamais bien compris ce que la quantité apportait au monde. Vaut-il mieux :
A- La non naissance de un milliard d’hommes
B- La naissance suivie de la disparition rapide d’un milliard d’hommes n’ayant pu accéder au bonheur (épidémies, famines, guerres, mortalité infantile)
C- La naissance de dix milliards d’hommes suivie de la disparition d’eux-mêmes et cinq milliards d’autres (hypothèse de l’explosion démographique africaine suivie d’invasions et de guerres)

Les grandes religions et la grande consommation (entraînant l’économie tout entière), qui agissent en fonction de leurs parts de marché, se soucient avant tout de nombre. Là réside la source du danger qu’elles représentent l’une et l’autre pour une humanité qui gagnerait au contraire à être conduite par de sains principes malthusiens.

Je suis persuadé, avec Renaud Camus, qu’au moins d’un point de vue interne, la France et l’Europe pourraient, et gagneraient à, accepter une baisse tendancielle de leur population, accompagnée de son inévitable vieillissement, dont l’effet négatif sur l’économie serait compensé par les progrès technologiques. Imaginer une France, en 2100, peuplée de 30 millions de personnes de culture homogène, à la moyenne d’âge élevée mais comprenant tout de même suffisamment de personnes dans les classes d’âge jeunes pour assurer la persistance des cultures locales à terme, voilà qui serait un objectif autrement ambitieux que la perspective d’un métissage subi sans terme prévisible, soit le suicide civilisationnel décrit par Onfray, Zemmour ou Douglas Murray.

(Journal, 11/08/18)

Incurie politique face à la menace démographique

Je ne parviens pas à comprendre l’amateurisme des technocrates au pouvoir en matière de démographie. Certains fonctionnaires européens sont payés très cher pour débattre de la courbure des bananes, mais [...] bien que la surpopulation humaine puisse à bon droit (et doive politiquement) être considérée comme un problème commun majeur, aucune autorité légitime ne semble s’en soucier sérieusement. Le constat tient pourtant en trois points, accessibles à un élève de classe de Troisième :

1) La planète est probablement déjà surpeuplée : en 2012, l'empreinte écologique de l'humanité atteignait 20,1 milliards d'hag, soit 2,8 hag par personne, alors que la biocapacité de la Terre n'était que de 12,2 milliards d'hag, ou 1,7 hag par personne, soit une surexploitation écologique de 65 %. Il faudrait donc 1,65 années pour régénérer les ressources consommées par l'homme en 2012 et absorber le CO2 produit. L'analyse se poursuit utilement par l'équation de Kaya et les travaux de Jean-Marc Jancovici sur la question énergétique.

2) Les projections actuelles de l’ONU tablent sur une augmentation moyenne probable de la population mondiale au moins jusqu’à 2100 (de 7 milliards à 11 milliards, avec une fourchette entre 7 et 16), dont une majorité dans les pays pauvres qui dépendent pour l’instant de l’aide extérieure. On sait aussi que l’ONU a systématiquement sous-évalué l’augmentation démographique ces dernières décennies, ses projections étant régulièrement dépassées par les recensements réels.

3) Et pourtant on lit sur Wikipédia à l’article «décroissance démographique » que « Les seules mesures politiques de décroissance démographique prises sont de nature coercitive. Aucune mesure incitative ne semble avoir été envisagée à ce jour. »

On croit vraiment rêver : on continue dans certains pays à encourager les naissances locales (allocations familiales) et indirectement étrangères (ouverture des frontières), mais nulle part des mesures incitatives de type allocations familiales inversées (les familles d’un ou deux enfants étant seules allocataires) n’ont donc jamais expérimentées ? Dans une situation où la vie, le confort et la santé de milliards de personnes sont potentiellement concernés. Vraiment ?

(adapté du Journal, 9/11/17)

Incohérence ethno-masochiste

Les ethno-différencialistes convaincus devraient fermer les frontières; les mondialistes sûr d'eux-mêmes, et conscients des problèmes mondiaux (écologie, donc démographie) devraient mener des politiques de régulation des populations (et notamment de planning familial) au niveau mondial; mais rien n'explique, si ce n'est un ethno-masochisme délirant, qu'on ouvre les frontières tout en encourageant, par la culpabilité interne et la cupidité externe, à la fois la diminution de la population locale et l'incitation à la multiplication et à l'invasion des populations étrangères. (6/12/21)

Bienpensance et angélisme démographique

Je viens de prendre connaissance assez en détail de la vie et des activités de Bill et Melinda Gates. Ce n’est pas très difficile car, en bons américains progressistes (quoique catholiques et non protestants), ils sont assez transparents sur leurs parcours et leurs intentions. Il y a deux hypothèses : ou bien ces informations sont fausses et/ou trompeuses, elles agissent comme une sorte de couverture médiatique destinée à dévier toute critique, et dans ce cas on ne peut rien en dire, si ce n’est qu’elles sont vraisemblables et cohérentes, et à ce titre efficaces en tant que couverture ; ou bien elles sont fidèles et représentatives, et dans ce cas on peut dire qu’elles dressent des intéressés un portrait plutôt flatteur : on voit mal ce qu’on pourrait reprocher à l’enthousiasme généreux du couple de milliardaires, manifestement animé du désir de faire le bien, et de le faire efficacement. Il n’est dès lors pas étonnant de voir Bill jouer au tennis en double aux côtés de Roger Federer (autre icône de la positivité) dans une exhibition au profit des enfants africains. Pourtant, lorsqu’on creuse un peu la question, on est tout de même en droit de s’inquiéter de l’angélisme du couple de milliardaires concernant l’essentiel, à savoir l’extension quantitative de l’humanité. Certes, Melinda a explicitement développé une partie de ses activités dans le sens d’une facilitation de l’accès à la contraception pour près de 200 millions de femmes africaines, ce qui n’est pas rien (et lui vaut d’ailleurs les foudres de certains chrétiens intégristes, c’est déjà cela). Mais l’essentiel de l’action de la fondation porte sur l’amélioration des conditions de vie des enfants (dont une forte augmentation de la population est l’inévitable conséquence) au motif très mal démontré que cette augmentation se traduira subséquemment par une baisse de la natalité, tout cela étant extrêmement mal argumenté sur le fond: la fondation continue de s’appuyer sur les données de transition démographique observées en Europe au début du XXème siècle, sans se préoccuper des différences culturelles entre les deux situations. C’est aussi con et irréaliste que ce que dit aussi publiquement l’ONU. De plus, animés par une forme (non dite) de messianisme chrétien, ils font totalement silence sur la dimension religieuse sous-tendant les représentations du monde propices à l’expansion démographique, et font l’impasse sur la question des concurrences raciales (au sens large de Drac) en postulant explicitement que toute vie humaine en vaut une autre (point de vue chrétien de gauche pas forcément très bien compris). En d’autres termes, ils ne prennent nullement la mesure de la dimension mémétique potentiellement dysgénique à l’œuvre, et s’en remettent avec une naïveté confondante à la notion mystérieuse de liberté de l’individu, comme cause principale d’un auto-contrôle démographique à mes yeux complètement illusoire.

J’ai peut-être moins de moyens que Bill, mais il me semble que ma vision en la matière est à la fois moins irénique et plus réaliste que la sienne, et qu’elle est donc probablement moralement supérieure, même si elle n’aura probablement pas le millième de son influence.

Je regarde aussi les axes de développement de fondations comme « Population Speakout » ou « Family Planning 2020 » (qui sont liées entre elles, et liées également à Bill Gates). Bien que je partage le cœur de leur préoccupations (les effets néfastes de la surpopulation) et une partie de leurs analyses (l’importance d’une approche politique de ces questions), je regrette leur tropisme bienpensant et complaisant les amenant à s’en remettre, in fine, à l’idée selon laquelle le libre-arbitre des femmes, et notamment des femmes africaines, pourraient constituer une voie de solution (sur leurs sites abondent les images de femmes noires souriantes et les appels à leur donner le choix comme clé probable d’une amélioration de la situation). Evidemment, si cela tombe bien, et que certaines femmes sont d’accord pour limiter leur fertilité, il n’y a pas de problème. Mais tout aussi évidemment, on ne peut exclure l’hypothèse d’une divergence des intérêts (particuliers et collectifs), voire du développement de stratégies de reproduction anarchiques favorisant les plus fertiles au détriment des plus responsables (ce qui est la conséquence logique d’un modèle où la notion de « droit à » s’est substituée au couple droit/devoir). Or, c’est uniquement dans cette hypothèse qu’un problème moral se pose de toute manière, car sinon, tout le monde est d’accord sur le fait qu’il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade, je suis désolé d’avoir à rappeler ici des évidences analogues à celles utilisées par Comte-Sponville pour « debunker » l’angélisme des politiques d’entreprise prétendument morales. Or, il se peut très bien que sur un plan très archaïque, à la fois biologique et culturel, on se trouve ici face à un dilemme de type « tragedy of the commons », et que seule l’intervention d’un agent public (parfaitement formulable dans un cadre moral Rawlesien) soit de nature à empêcher l’emprisonnement des agents privés dans des stratégies dominantes « lose-lose ».

Je trouve donc ou bien manipulateur, ou bien lâche, de la part de ces officines, le refus d’envisager au moins la possibilité d’un contrôle plus actif des populations, au minimum par le moyen d’allocations familiales négatives ; je trouve tout aussi manipulateur et lâche, de ne pas établir un lien entre les phénomènes de surpopulation et les migrations que l’oligarchie cherche à imposer aux Occidentaux contre leur volonté ; de ne rien dire des conséquences potentiellement dysgéniques de stratégies de reproduction laissées à elles-mêmes ; ainsi que d’oblitérer complètement la question de l’opposition entre voie du métissage et préservation ethno-différencialiste de la diversité culturelle et raciale.

En résumé, selon moi, ces organisations travaillent dans la bonne direction, mais leurs objectifs et moyens affichés sont à la fois incomplets et insuffisants : calcul politique ou angélisme résiduel, je ne saurais trancher. Mais il me semble qu’il serait bon qu’apparaisse, à côté de ces organes un peu mous, d’autres groupes plus radicaux disposés à mener plus vigoureusement et rigoureusement le combat idéologique et méta-politique qui s’impose.

(Journal, 6/03/18)

Au-delà du dysgénisme

Il n’est peut-être plus utile de se focaliser aujourd’hui sur des tendances démographique dysgéniques finalement déjà secondaires. Certes, il est irritant de voir les tenants de la gauche morale au mieux dissimuler, au pire biaiser le débat ou du légitime questionnement sur les notions de races, d’intelligence, et de contribution sélective des peuples à l’histoire de l’humanité, pour forcer l’adoption de politiques cosmopolites ou métisseuses de manière parfaitement anti-démocratique, mais au fond, tout cela est désormais presque du passé.

Certaines questions sont plus essentielles pour demain, tout simplement parce qu’elles sont plus vitales : en premier lieu la survie de l’espèce humaine (éventuellement hors de la planète), l’hypothèse de la singularité, le développement/allocation des ressources (principalement énergétiques, avec la question liée de la transformation d’un monde essentiellement matériel en monde informationnel, et l’équivalence entre énergie et information) –à plus long terme les relations éventuelles avec d’autres formes de vie –extra-terrestres ou plus vraisemblablement émergentes ; ensuite seulement le contrôle démographique, la conservation de la diversité, et la conservation des informations passées. C’est uniquement dans ce second chapitre que se pose la question de l’eugénisme au niveau individuel et collectif. Que le QI moyen aux USA baisse de 5 points dans les années à venir sous l’effet conjugué d’une baisse de la qualité de l’environnement (éducatif, écologique et alimentaire) et d’un dysgénisme racial que le politiquement correct interdit de nommer, cela donc n’a pas une très grande importance dans le contexte plus général que je viens de décrire, et il ne faut pas y passer plus de temps que nécessaire… Tant qu’il n’y a pas de problème d’allocation de ressources susceptible de porter préjudice à ceux qui continueront de se consacrer à la recherche de la vérité, peu me chaut qu’il existe sur Terre 5, 10 ou 15 milliards de connards ordinaires, je ne parviens même pas à établir une différence de valeur entre ces trois cas. Seulement, cette condition de disponibilité des ressources pourrait bientôt devenir cruciale… bien sûr, je n’ignore pas la question de l’interconnexion des êtres humains, du maillage des familles, de la structure en réseau des affinités qui rend difficile tout découpage précis entre groupes aux dynamiques divergentes, mais on se situe plutôt là sur un problème instrumental que sur une question de principe.

(Journal, 14/03/18)

Limites supérieures de l'eugénisme

Toute politique eugéniste devrait prendre en compte l’effet important de la régression vers la moyenne. Si l’on retient le critère du QI, qui présente l’avantage d’une bonne aptitude à la mesure, il faut garder à l’esprit que même une population évoluant suivant des principes eugénistes stricts sélectionnant les meilleurs QI ne pourra guère, à long terme, dévier beaucoup de la moyenne initiale, et ceci même si l’on admet un très fort niveau d’héritabilité individuelle. Peut-être pourra-t-on espérer, au bout d’un grand nombre de générations, une progression de l’ordre de 5 ou 10% (soit de 100 à 105 ou 110), analogue à celle qu’on a pu historiquement constater sur des isolats de population entretenant un faible taux d’hétérogamie (Juifs ashkénazes, Coréens). Il est intéressant à ce stade de noter qu’il semble exister davantage de possibilités de variation à la baisse plutôt qu’à la hausse (à en juger par le plus grand écart à la moyenne des Bochimans ou des Aborigènes), probablement du fait que la progression vers le haut se heurte à des limites biologiques/biochimiques indépassables (volume de la boîte crânienne, vitesse des échanges synaptiques), alors que l’évolution vers le bas peut se faire sans limite tant que la baisse en question ne met en péril la survie des populations concernées (donc dans un environnement, naturel ou artificiel relativement favorable). En fait, si l’on suppose une régression vers la moyenne assez forte, la seule façon efficace d’augmenter le QI dans une population donnée est de pratiquer une sorte d’eugénisme permanent, et non simplement dans la perspective historique d’une amélioration définitive. Prenons un exemple extrême : si au sein d’une population d’un QI moyen de 100 dont 0,1% des membres dépassent 150, seuls ceux-ci sont autorisés à se reproduire, le QI moyen à la génération suivante, du fait d’une héritabilité hypothétique de 0,8 et d’une régression vers la moyenne de 0,2, pourrait être de l’ordre de 140. Si on stoppe immédiatement l’effort, les QI moyens sur les générations suivantes pourraient être de 132, 124, 118, etc, avec une convergence assez rapide vers 100. En revanche, si on maintient continûment une règle selon laquelle seuls les QI supérieurs à 110 peuvent se reproduire (soit une moyenne approximative de 120), la valeur moyenne de QI pourrait s’établir autour de 115 de manière permanente. Aucune de ces mesures extrêmes n’est évidemment applicable dans la réalité, mais le raisonnement prouve qu’une politique eugénique efficace gagne sans doute à s’inspirer davantage du second que du premier modèle.

(Journal, 22/03/18)

Principe de sanctuarisation

Compte tenu de la rapidité des changements technologiques en cours poussant à la mondialisation généralisée, il serait bon de sanctuariser un certain nombre d’espaces (écologiques, sociaux, culturels) dans leur configuration historique, à la fois dans un souci de préservation d’une diversité menacée de dissolution entropique, dans un objectif de résilience améliorée en cas de catastrophe, et enfin dans une perspective de persistance à très long terme d’îlots d’humanité protégés dans une hypothèse singulariste optimiste. Ceci passe par un retour affirmé à des politiques conservatrices, en particulier sur les plans écologique et culturel. Voilà qui constituerait le vrai, le plus essentiel de tous les principes de précaution, notion si souvent mise à mal qu'on pourrait lui préférer celle de "principe de sanctuarisation" qui serait ici tout aussi adaptée. Le modéle des sociétés humaines résiduelles serait celui de l'île des Sentinelles en mer d'Andaman, presque entièrement coupée du monde depuis des millénaires, ou celui, plus improbable, de l'hypothèse du zoo popularisée par les chercheurs qui se sont intéressés à la probabilisation des différentes formes de vie extraterrestres possibles.

(Journal*, 16/03/18)

Irresponsabilité parentale

Il existe un autre problème important lié à la question de la natalité, c’est celui de la responsabilité des parents. Dans la quasi-totalité des représentations qu’on donne de la femme et du nouveau-né, ceux-ci sont considérés par principe comme « innocents ». Un bon exemple en est donné dans les couloirs et salles d’attente des maternités, où les naissances sont en général, sur les affiches et posters, représentées comme bonnes par principe (avec exaltation de la féminité, de l’amour et de la douceur comme arguments émotionnels éliminant tout potentiel critique rationnel : des sourires, des cœurs et des gros plans à qui-mieux-mieux). Le géniteur mâle passe en général au second plan dans cette affaire, en fait il est presque complètement escamoté, quand il n’est pas asservi à l’imagerie maternante (pastel, flou, féminisé) ; lorsqu’il est absent, on ignore ses caractéristiques propres : ce pourrait être un mari fidèle, un compagnon de passage, mais aussi à la rigueur un violeur, au fond cette réalité importe peu.

Or une telle représentation tend à faire oublier que les naissances concrètes ne sont que la manifestation particulière du phénomène général de natalité, qui n’est pas nécessairement si positif si on se replace dans le contexte global de surpopulation. Surtout, elle fait passer la conséquence (la naissance effective, l’existence du nouveau-né) avant le projet (le désir d’enfant, la responsabilité colossale et en général ignorée attachée à cette décision), comme s’il s’agissait d’une sorte d’épiphanie sans cause. Pourtant, et sauf cas de viol ou de grossesse imprévue, on peut difficilement croire que le fait générateur de l’enfantement (l’accouplement) était, en quelque sorte, gratuit ou anodin, et a été accompli en toute ingénuité (là encore, comme si le processus de séduction, puis le passage à l’acte sexuel, pouvait s’accomplir sans aucune arrière-pensée). L’idéal-type de la mère innocente est l’adolescente pure, presque la vierge Marie : tout cela est-il bien crédible à l’heure des applications de rencontre et de la pornographie généralisée ? N’existe-t-il pas aussi des mères séductrices, nymphomanes, manipulatrices, hystériques ?

Je considère quant à moi que bien des jeunes parents, y compris les mères, sont rarement à la hauteur de la responsabilité de la mise au monde (qui est une responsabilité de créateur, presque de Dieu), et que ce n’est pas le désir sincère et la joie effective de pouponner quelques années qui peut simplement justifier de cette responsabilité. Faut-il leur pardonner, comme Jésus le dit de ses bourreaux, car ils ne savent pas ce qu’ils font ? Je ne sais pas, mais en tout cas, il faudrait au minimum réviser l’angélisme et le caractère partiel bien trop positif dont on entoure les naissances, et les voir aussi pour ce qu’elles sont tout autant : des défis, des charges d’une importance considérable, et dans bien des cas, malheureusement pour toutes les personnes concernées, des menaces pour leurs proches et surtout pour la collectivité. Certes, personne, pas même un souverain richissime, ne saurait être tout à fait à la hauteur de cette charge, et chacun ne peut faire qu’à la mesure de ses moyens. Mais la bonne question à poser, à chaque parent, avant chaque naissance, serait : êtes-vous prêt à sacrifier au moins une partie significative de votre vie (disons vingt ans de votre temps, de vos plaisirs, de votre propre épanouissement) à l’enfant à naître ? Si ce n’est pas le cas, alors ne vous reproduisez pas. Et la meilleure preuve pratique que de nombreux parents ne sont pas prêts à ce sacrifice (y compris et surtout les mères) tient au nombre de divorces que je qualifie « d’épanouissement personnel » dans lesquels l’un des deux parents sacrifie une partie du bien-être de ses enfants à son propre désir de changer de vie.

Sauf à s’en remettre à une vision tribale où les enfants sont en quelque sorte rétrospectivement responsables des actes de leurs parents, on doit cependant effectivement admettre que les nouveaux-nés, quant à eux, sont bel et bien innocents. Reste à savoir à qui revient la responsabilité de la prise en charge de ces innocents. Car si on élude complètement la question du fait générateur, on en arrive à un point où toute la collectivité (étendue, dans une vision mondialiste, à la collectivité mondiale) se doit d’assurer un rôle médical et éducatif vis-à-vis des enfants -éventuellement délaissés- du monde entier, quelle que soit leur origine, leur « fait générateur » si l’on veut. Les géniteurs peuvent alors se dégager de leurs responsabilités, plus ou moins explicitement, en laissant aux autres la charge de prendre soin de leurs petits. On en arrive à un point ou un parasitisme social effectif, pour ne pas dire une forme de dysgénisme massif, est objectivement encouragé, qui permet la reproduction non des plus responsables ou des plus prévoyants (et non plus des plus intelligents ou des plus nantis d’ailleurs) mais des plus fertiles et des plus inconséquents. Voilà la raison principale pour laquelle je pense que s’en remettre au libre choix des acteurs de base (ici, les parents potentiels) sur un sujet aussi vital pour la survie et le bien-être du genre humain tout entier (le contrôle de la population) me paraît politiquement discutable, pour ne pas dire inepte, au moins tant qu’on n’a pas d’éléments chiffrés tout à fait indiscutables pour observer qu’une telle liberté individuelle ne risque pas de dégénérer en parasitisme même insu, et ceci pour toutes les populations/cultures. Plus on fait preuve d’aveuglement à ce sujet aujourd’hui, plus le prix à payer en souffrances et vies détruites demain sera important, et ce sont les politiques chargés du dossier maintenant qui porteront indéfiniment la charge de ces souffrances. Les bons sentiments ne seront alors d’aucun secours, car le problème n’est pas principalement un problème affectif ou individuel, mais un problème politique à traiter au niveau collectif, et tout angélisme en la matière relève de la faute morale du plus haut degré d’importance. En cela, je tiens les bienpensants d’aujourd’hui comme coupables de crimes contre l’humanité à une échelle inédite dans l’histoire humaine. Qu’ils viennent donc critiquer mon racialisme modéré et mon scepticisme face à leur humanisme de pacotille : l’histoire les jugera !

(Journal, 7/03/18)

L'avenir du féminin

Pour approfondir la notion de féminisation de la société, j’aimerais préciser : ce n’est pas le système tout entier qui se féminise, mais sa part humaine (post-humaine, pourrait-on presque écrire). En effet, si certains des traits et valeurs caractéristiques de l’époque sont incontestablement masculins (culte de la performance, du calcul, de l’efficacité, de la rationalité), il convient d’observer que ces attributs sont ceux du système tout entier, et non des hommes qui l’habitent (qu’il abrite). Certes, à la marge, certaines intersections existent ; les sondeurs, les technocrates, les économistes sont à la fois des représentants de l’humanité et des serviteurs de la matrice. Mais pour le reste, les individus surnuméraires qui composent la majorité de l’humanité, et qui ne restent (temporairement ?) utiles au système que sous la forme passive de la consommation festive, sont renvoyés à leur part féminine : exaltation du pathos (permettant la manipulation politique à base d’images compassionnelles –enfant migrant mort sur une plage- ou anxiogènes –attaques terroristes tournant en boucle sur les chaînes d’information), baisse corollaire du logos (mesurable par la chute du niveau scolaire), culte de l’image (télé-réalité, fascination pour les people, la mode), nombrilisme affectif (réseaux sociaux, communautarisme sexuel), soumission (à la doxa dominante), normalisation (les performances intellectuelles des femmes, mesurées par le QI ou la réussite scolaire, se caractérisent par une dispersion inférieure à celle des hommes).

Passivité, voire dépression ; consommation parfois boulimique ; dépendance aux apparences ; égocentrisme ; routine : voilà une somme de traits féminins qui, s’ils caractérisent bien la société actuelle dans son ensemble, s’appliquent en particulier parfaitement à la jeunesse des deux sexes (et, au-delà, aux minorités sexuelles mises en valeur par l’époque : homo- ou transsexuels, métrosexuels, etc). Où sont passés les génies masculins, les conquérants virils, les chevaliers, les hé(té)ros ? Où sont passés les hommes ?

Cette analyse renvoie au parallèle que j’ai établi de longue date entre le système et la matrice féminine (est-ce un hasard si les frères Wachowski sont devenus des soeurs?). L’un des arguments de mon raisonnement était de considérer que les femmes constituaient essentiellement la part reproductive de l’humanité (celle qui avait pour mission d’en assurer la qualité constante dans la durée, comme une usine produisant à la chaîne des unités normalisées), tandis que les hommes étaient chargés d’une mission de recherche/développement/exploration/expansion/variation/amélioration ; comme dans tout système animé d’une dynamique mémétique, il existait au sein de l’humanité classique un principe de réplication et un principe de contenu, entretenant des relations d'interdépendance et même de symbiose.

Face à ce constat, mon sentiment est que si les hommes ont historiquement toujours dû trouver une forme de modus vivendi avec les femmes (ou, alternativement, les contraindre ; mais dans tous les cas : coexister), c’est avant tout parce qu’ils n’avaient pas le choix sur le plan biologique : les femmes constituaient leur moyen exclusif de reproduction possible. Pour se survivre au travers de leurs fils, les hommes avaient inévitablement besoin d’épouses-mères. Ce besoin fondamental, presque métaphysique, pouvait d’ailleurs, et ce n’est pas un hasard, s’appuyer sur une des conditions biologiques les plus puissamment constitutives de l’espèce, le désir sexuel, condition se trouvant recodée, de toutes les manières possibles, dans les pratiques culturelles de nuptialité des sociétés humaines (comportement de cour, rapt réel ou simulé, prostitution plus ou moins cachée, condamnation ou tolérance à l’infidélité, etc).

Aux temps numériques qui s’annoncent, le désir sexuel, comblé par des formes à venir avancées de pornographie ou de robotisation (expression de la nouvelle matrice que j’ai nommée « matrice de substitution ») pourrait être assouvi sans dépendance au sexe opposé ; parallèlement, le désir de reproduction (exprimant dans le monde matériel le désir spirituel d’éternité) pourrait se trouver satisfait ou bien par l’apparition de l’utérus artificiel et du clonage (pour les nostalgiques de la chair, les traditionnalistes du carbone), ou bien plus radicalement encore par le développement presque infini de la matrice numérique comme support de mémoire.

D’un certain point de vue, cette nouvelle indépendance des sexes au désir mutuel et à la reproduction pourrait être considérée comme une libération (plus précisément, comme la désaliénation d’une condition ancestrale ayant toujours défini l’humanité, au risque bien sûr que dès lors la condition humaine elle-même se trouve menacée en son essence), et ceci à la fois pour les hommes et pour les femmes : certes, certains hommes pourraient avec bonheur entrevoir la possibilité d’avoir enfin accès à autant de femmes (numériques) qu’ils le fantasment, et de surcroît celle de produire des fils sans intermédiaire incarné, sans pour autant devoir consacrer temps et énergie à de fastidieux exercices de cour et de séduction ; et de leur côté, les femmes pourraient, réalisant en cela le rêve de générations de féministes, échapper à leur surdétermination par la maternité réelle ou potentielle, et se réaliser enfin pleinement en tant qu’individu autonome, valant par lui-même davantage que par sa simple qualité de vecteur génétique. Ce raisonnement est en partie vrai, mais je lui opposerai deux arguments :

1) D’abord, la femme me semble historiquement davantage déterminée par la biologie que l’homme, qui s’est pour sa part toujours projeté plus nettement dans le monde symbolique (même s’il faut modérer ce constat par la meilleure aptitude des femmes à la pratique du langage, mais il faudrait encore modérer cette modération en distinguant le langage en tant que fait social, disons la conversation ou le gossip, très féminins dans leur essence, avec le langage comme expression du logos, ayant beaucoup plus à voir avec la formalisation et la science). De ce fait, si la désaliénation biologique est potentiellement plus libératrice pour la femme, elle l’est peut-être au point de lui faire perdre tout repère, en quelque sorte de la priver de tout ce qui en constituait la condition même : que reste-t-il d’un utérus sans utérus, d’une séductrice dépourvue du pouvoir de charmer, d’une mère sans enfant ? Au contraire, l’homme pourrait voir la désaliénation biologique comme l’opportunité de développer une dimension symbolique ayant toujours existé en lui, mais souvent limitée par les contingences de la reproduction. Comme le dit Houellebecq avec son exceptionnel sens de la synthèse : « Une bite, on peut toujours la sectionner ; mais comment oublier la vacuité d'un vagin ? ».

2) En second lieu, la question du développement personnel doit être examinée à la lumière des notions de singularité, de qualité, ou d’excellence. « Le monde ne vaut que par les extrêmes et ne dure que par les moyens » est une remarque qui renvoie à la fois à la hiérarchie des valeurs, mais aussi dans une moindre mesure à celle des sexes : il existe en effet moins d’extrêmes chez les femmes, cela peut se mesurer concernant les performances scolaires et intellectuelles, mais s’étend probablement à d’autres aspects comme les dispositions sensorielles ou le sens moral. C’est la raison pour laquelle, au-delà des déterminismes culturels et sociaux, on trouve moins de femmes à la fois tout en bas (clochards, débiles mentaux) et tout en haut (génies, chefs) de l’échelle sociale. Dans ces conditions, les femmes ont vocation plus que les hommes à constituer le « liant de la sauce », qui a d’ailleurs bel et bien fonction de matrice sociale sur laquelle peut émerger l’expression singulière du génie propre d’une civilisation. Oui mais voilà : c’est précisément ce « liant de la sauce » qui est menacé, dans son essence, par l’émergence de la matrice technique. Ce « liant de la sauce », humanité quantitative autrefois nécessaire à la production/reproduction matérielle, aujourd’hui encore à la consommation qui/que justifie la société de la marchandise, risque de perdre sa raison d’être au fur et à mesure que le système pourra se passer de l’homme-masse pour ne conserver, au mieux, que quelques individus remarquables comme représentants de l’humanité ancienne (dans une sorte d’hypothèse du zoo, le zoo n’étant pas organisé par une ou des civilisations extra-terrestres, mais par le système originellement produit par les hommes, voire au mieux, par eux-mêmes sur la base d’un choix délibéré). Qu’adviendra-t-il alors des femmes ordinaires, filles, amantes et mères chéries ? A moins que l’hypothèse du zoo ne puisse être amendée dans le sens d’une conservation non pas de l’exceptionnel et de l’original, mais plutôt de l’ordinaire et du représentatif (on pourrait aussi convoquer l’image de l’éco-musée). On pourrait dans ce cas conclure que, dans l’hypothèse d’un choix Websterien laissé à l’appréciation de chacun (rester dans le zoo/éco-musée ou partir vers les cieux numériques), les femmes devraient en quelque sorte tenir le rôle principal des résistantes au départ. Et, au-delà, que les femmes devraient en fait être, politiquement et culturellement, organicistes, conservatrices voire traditionnalistes (donc de droite), et choisir de « rester sur Terre » lorsque les hommes, tendus vers un idéal (une illusion ?) de changement et d’aventure, choisiront de conquérir Jupiter au risque de changer de nature.

(adapté du Journal, 29/09/18)

Stoïcisme, matchmaking, pensée magique, ou monogamie sérielle?

Ou bien :
A – Remplaçant l’amour par la fidélité morale et le souci du couple par celui des enfants, on peut vivre en couple avec à peu près n’importe qui, et dans ce cas a) le problème de la brièveté de la douche hormonale des premiers émois (l’amour dure trois ans) se règle par l’effort sur soi de chacun, et b) il n’est pas nécessaire de faire de nombreux essais de partenaires avant de s’engager,
B – On fait l’hypothèse qu’il n’existe qu’un nombre arbitrairement limité (jusqu’à un) d’ «âmes sœurs», et dans ce cas s’en remettre au hasard des rencontres de la vie ordinaire plutôt qu’à un matchmaking organisé relève de l’aberration statistique, sauf si on fait de surcroît l’hypothèse (fataliste) que:
C - Une sorte de destin peut amener certains d’entre nous (sur la base d’un principe équivalent à celui de la grâce chrétienne, version sécularisée) à rencontrer plus ou moins miraculeusement cette (ces) âme(s)-sœur(s).
D - On renonce par principe à l'idée de monogamie stricte pour se rabattre sur la pratique d'une monogamie sérielle qui, au-delà de sa compatibilité avec les canons de l'époque, constitue un compromis acceptable entre les aspirations fondamentales des hommes et des femmes, au détriment de l'intérêt des enfants à naître, et en sacrifiant un troisième âge dès lors condamné à la solitude et incapable de jouer le rôle symbolique de clé de voûte des familles qu'il a pu tenir de toute éternité.

(Journal, 11/11/17)

Antiracisme ou ethnomasochisme occidental Blanc

Sélectionnons au hasard dans la population occidentale une personne conditionnée par l'idéologie gauchiste de ces cinquante dernières années (soit désormais la quasi-totalité des habitants de l'Europe Occidentale et du Canada).
1) Demandons-lui d'abord si elle serait choquée qu'un Malien installé en France préfère ouvertement se marier avec une Malienne, ou à la rigueur une femme originaire d'Afrique de l'Ouest, mais en aucun cas avec une Européenne, en tout cas pas avec une blanche. La réponse sera probablement que non, elle ne serait pas choquée, ou bien au nom d'une sorte de relativisme culturel accepté, ou bien plus confusément en raison d'une forme de complexe de supériorité inavoué (les Maliens n'ont pas encore atteint le stade souhaitable du cosmopolitisme, donnons-leur encore un peu de temps).
2) Posons-lui ensuite la même question au sujet d'un Sénégalais habitant au Sénégal qui préfèrerait épouser une femme de sa tribu, ou au moins une Africaine de sa région, à une touriste Vénézuélienne de passage ou une expatriée Chinoise (en supposant, ce qui n'est pas facile, une similarité de niveau de revenu pour limiter la tentation hypergame). Là encore, le gauchiste impensé admettrait probablement le principe de la démarche, même si lui-même ne partageait pas nécessairement cette disposition d'esprit (tolérance, tolérance).
3) Ces deux premiers points acquis, inversons maintenant la proposition. Demandons à notre cosmopolite en herbe ce qu'il penserait d'un jeune Breton qui répugnerait explicitement à s'unir avec une étudiante Somalienne en vertu de sa couleur de peau, ou d'un Alsacien qui prétendrait préférer une Bourguignonne ou à la rigueur une Autrichienne à une immigrée Pakistanaise ou Algérienne en raison des différences culturelles? Brutalement, il semble que la proposition s'inverse et que cette fois, la réprobation voire la condamnation morale semble de mise, surtout si les prises de position des uns et des autres doivent être rendues publiques.

Cette petite expérience de pensée montre bien que l'antiracisme promu par l'idéologie occidentale contemporaine n'est pas véritablement un antiracisme universel (puisqu'il accepte par hypothèse une différence de traitement entre Noirs et Blancs face à la même question), mais bien plutôt un ethnomasochisme complexé (au sens où il comprend à la fois une dimension de complexe de supériorité et de sentiment de culpabilité) contraire aux idéaux bien plus ordonnés de la sagesse antique, selon lesquels la force et l'intégrité étaient considérés comme des vertus au même titre que la générosité, et où, au-delà du respect dû au perdant valeureux, on ne passait pas son temps à s'excuser ou à s'autodétruire après avoir gagné un combat.

(21/04/20)

Fatalisme ethnomasochisme

Il me semble facile de montrer que les populations de souche européenne n’ont globalement rien à gagner à l’immigration africaine. D’une part, historiquement, les Africains n’ont pratiquement rien apporté à l’humanité en matière de progrès intellectuel, scientifique ou technologique (sans qu’on puisse nécessairement déduire de cela qu’ils en étaient incapables en principe, les circonstances historiques ont pu jouer un rôle important ; mais enfin c’est comme cela). Ensuite, les populations Africaines actuelles se caractérisent par un faible niveau de QI moyen dont tout laisse à penser qu'il est en partie génétique (ce qui présente un risque –peut-être modéré mais réel- de dysgénisme en cas de métissage) et une dynamique démographique objectivement préoccupante (ce qui présente un risque d’auto-destruction mais aussi de violence dans les rapports avec l’extérieur en cas d’impossibilité à devenir ou rester auto-suffisants). On pourrait faire l’hypothèse que le mélange génétique est en soi une bonne chose, en imaginant que les métis prennent le meilleur de chacune de leur culture d’origine. Il n’en est rien. Le système met certes en avant quelques métis avantageux pour la promotion de la figure du « citoyen du monde » (Tiger Woods, Yannick Noah, Barack Obama), mais la réalité moyenne est moins brillante. Dans certaines sociétés, les sangs-mêlés peuvent jouir de privilèges partiels, ou de positions sociales d’intermédiation. C’est un peu le cas, par exemple des « demis » en Polynésie Française. Dans certains cas rares, le sentiment de déclassement peut aussi produire des êtres d’exception (exactement comme dans le cas d’un changement de classe sociale, à la Barry Lyndon). On peut citer, dans le cas de la dissidence française actuelle, les cas d’Aldo Stérone, Tépa ou Stéphane Edouard. Le plus souvent cependant, le métissage, déjà peu facile à vivre sur le plan identitaire personnel, se traduit simplement par une régression vers la moyenne (phénomène qui affecte également, et même davantage, la progéniture des individus exceptionnels au sein d'un groupe donné). Le cas du niveau de QI a été bien étudié : le QI moyen d’un enfant mi-Noir, mi-Blanc, est simplement en moyenne la moyenne du QI des Noirs et des Blancs d’une société donnée, ni plus ni moins. Le métissage en soi ne permet pas d’améliorer cette réalité. De ce fait, le fait pour une société Blanche d’accepter une part de métissage Noir correspond pour elle, de ce strict point de vue, au fait d’accepter une baisse de son niveau de QI à terme.

De mon point de vue, une telle acceptation, manifestement contraire aux intérêts propres des Occidentaux de souche, ne peut se justifier que de trois manières :
- La pitié. Les Européens ont eu, entre le XVIIème et le début du XXème siècle, l’occasion historique d’exterminer les Africains (ils disposaient de la supériorité technologique, militaire, démographique, et la notion de génocide, confondue alors avec celle, alors assez commune, de guerre entre nations, ne s’était pas encore imposée comme interdit moral absolu). Pourtant, s’appuyant sur une idéologie principalement chrétienne (transposée dans l’idéologie du progrès puis celle des droits de l’homme), l’Occident a, non seulement épargné le monde Noir, mais de surcroît lui a donné les moyens de son développement, lors de la décolonisation, avec de simples contreparties commerciales inférieures à ce qu’elle aurait simplement pu lui prendre par la force du fait de sa supériorité industrielle et militaire. Il s’agit d’un sacrifice important, simplement motivé par une forme de charité élevé au rang de vertu civilisationnelle, et pourtant entièrement masqué par un discours officiel uniquement préoccupé de faire la critique à charge de l’esclavage et de la colonisation.
- La sécurité. Dans le but d’éviter à terme un affrontement entre Noirs et Blancs, risque grandissant à mesure que les populations noires locales augmentent en vertu d’une colonisation passée qu’ils n’ont pas décidée et d’une immigration actuelle dont ils ne veulent pas, mais dont le système s’efforce de leur faire accepter le caractère inéluctable, les Occidentaux de souche peuvent se résoudre à préférer que tous convergent à terme vers le marron clair, même au prix d’une modification entropique irréversible (qu’on peut qualifier d’affaiblissement, au moins dans le sens de la perte de leur qualité distincte) de leur race. C’est la forme la plus récente du slogan « plutôt rouge que mort », ainsi transformé en « plutôt métis que génocidé ».
- Le cosmopolitisme idéalisé. Chaque être humain, quel que soit son lot de caractéristiques personnelles (genre, race, âge, intelligence, état physique, contribution actuelle, passée et à venir probable à la société) est supposé exactement identique aux autres du point de vue de sa « dignité ». La vie d’un papou cancéreux en phase terminale a autant de valeur que celle d’Einstein juste avant qu’il ne conçoive la théorie de la relativité. Ainsi, puisqu’il n’existe plus de hiérarchie, il n’existe non plus d’exigence de niveau, ni de crainte que celui-ci puisse baisser.

(Journal, 11/11/17)

Entropie raciale

En soi, le métissage d'une petite partie de la population pourrait être vue comme une bonne chose, en ce que la catégorie "métis" s'ajoute à la catégorie "noir", "blanc", ou "jaune" pour apporter de la diversité au monde. Si une diversité est considérée en elle-même comme un principe supérieur à la tendance dysgénique qui peut l'accompagner (au moins du point de vue des populations), alors l'opération est globalement positive.

Mais il faut tenir compte, et c'est fondamental, de ce qu'on pourrait appeler "l'entropie génétique", c'est-à-dire la tendance à la diffusion exponentielle, au sein d'une population donnée, d'un caractère transmis par la reproduction sexuée; ou "l'entropie raciale" si on applique le raisonnement aux caractères raciaux. Si on fait l'hypothèse d'une non ségrégation totale (c'est-à-dire qu'on suppose qu'au sein d'une population donnée, les Noir(e)s ont la même probabilité de se reproduire qu'avec les Blanc(he)s que les Noirs entre eux ou les Blancs entre eux; et que le taux de reproduction est identique dans les différents groupes), une modélisation simple montre qu'en partant d'une proportion de 10%N/90%B, en l'espace de seulement cinq générations, il n'existe plus que 3,4% de Blancs et une proportion négligeable de Noirs (moins d'un milliardième). Autrement dit la diversité catégorielle d'origine est remplacée par un simple continuum qui tendra à devenir de plus en plus homogène avec le temps.

Encourager ou seulement accepter le métissage, c'est donc participer à la diversité à court terme, mais détruire à moyen et long terme une diversité que la nature a mis des millénaires à créer. Il n'y aura pas d'autre issue, si l'on souhaite limiter ou combattre ce risque, que d'en revenir à une conscience et une pratique ethno-différencialistes assumées proprement inimaginables dans le contexte du Politiquement Correct d'aujourd'hui. Le principal motif d'espoir à ce sujet se fonde sur l'extraordinaire capacité de formatage dont le conditionnement social a su faire preuve ces deux dernières générations. L'outil de façonnage de l'opinion existe. Il suffit de renverser son objectif (tout comme dans 1984 chaque continent changeait périodiquement d'ennemi) et le changement de mentalité s'obtiendra vraisemblablement encore plus vite que la fois précédente. Reste que des conséquences irréversibles se seront inscrites dans les chairs et les familles dans l'intervalle, et que l'opération risque d'être d'autant plus douloureuse pour tous, et pour tous les métis en particulier, que le changement idéologique sera intervenu plus tard.

Race et intelligence: à qui la charge de la preuve?

La lecture de l'article que Wikipedia consacre aux différences d'intelligence en fonction des races donne un bon exemple de la façon dont l'idéologie contemporaine pratique sélectivement l'inversion de la charge de la preuve -sans doute en partie inconsciemment- sur les questions qui la dérangent. On y lit en particulier (version du 21/04/20) "De nos jours, l'interprétation de ce que mesure le QI est controversé, et il n'y a pas de définition acceptée de ce que serait une race ; le sujet du lien entre les deux est idéologique : il ne s'appuie sur aucune base scientifique, et est donc extrêmement polémique."

Il me semble essentiel de déterminer ici qui provoque la polémique. Je n'ai pas le sentiment, par exemple, que les scientifiques iraniens, ou les médias chinois, aient le sentiment que le sujet mérite la controverse. En fait, pour autant que je le comprenne à la lecture des différents résumés de recherche, les données scientifiques démontrent toujours un lien significatif entre race et QI (même si elles divergent, et c'est une réserve importante que personne ne conteste, et qui peut pour le coup faire l'objet d'un débat intéressant, sur la prise en compte et l'importance du rôle de variables modératrices variées), et ce n'est que la contradiction frontale entre ces observations et les présupposés antiracistes de l'époque qui provoque la polémique (et donc le discrédit partiel) des articles de recherche les plus précis dans leurs conclusions, alors que l'honnêteté intellectuelle commanderait au contraire d'admettre pour vrais les résultats des études (démontrés) et de remettre en cause les dogmes de l'idéologie contemporaine (affirmés sans preuve). Bizarrement, c'est l'idéologie se trouvant en défaut qui dénonce la prétendue idéologie de la partie adverse, laquelle reste pourtant pour sa part sur un terrain purement scientifique. Comme on le dit vulgairement, c'est l'hôpital qui se moque de la charité.

Concernant d'abord la contestation de la notion de race, ou la tentative de son escamotage derrière un vocabulaire moins connoté (il n'y aurait pas de "races", mais des "groupes génétiquement distincts", quelle différence pour le sens commun?), il est facile de contrer l'argument usuel selon lequel les races ne peuvent exister du fait de l'absence de "barrières nettes" entre les populations. L'absence de barrières nettes entre les différentes zones de l'arc-en-ciel (rien n'est plus régulièrement continu que la variation du spectre lumineux) empêche-t-il la reconnaissance des couleurs? Et l'existence de la couleur orange annule-t-elle le contraste entre le rouge et le jaune? Et il est tout aussi facile de réfuter l'affirmation selon laquelle les variations génétiques entre groupes sont négligeables: d'où viendraient, alors, les différences significatives entre races de mesures phénotypiques ou d'aptitudes physiques et cognitives mesurées de longue date par la médecine, la physiologie sportive, ou la psychologie expérimentale? L'argument selon lequel les Blancs ont 99% de leur génome en commun avec les Noirs se contre aisément par le fait que les deux ont aussi par ailleurs 95% en commun avec les Orang-outangs, et 60% avec les bananes (chiffres indicatifs, je n'ai pas pris le soin de vérifier mais le sens de l'argument reste vrai).

Concernant ensuite la mesure du QI, il est tout aussi hypocrite de chercher en permanence à la disqualifier en vertu de l'affirmation (pour le coup peu scientifique) qu'il existerait de nombreux aspects voire types d'intelligences échappant à cette mesure. Ce serait oublier que la corrélation du QI avec le facteur g est suffisamment forte pour être largement opératoire dans un bon nombre de recherches, et que le facteur g quant à lui, défini avec soin par des générations de chercheurs, s'identifie précisément au mieux, par sa définition même, à ce que le sens commun considère comme la catégorie générale de l'intelligence. Les adversaires de la notion de QI cherchent souvent à souligner l'importance de tel ou tel aspect constitutif de l'intelligence qui, comme par hasard, ne peourrait être mesuré. Comme l'argument est commode! Comme il est antiscientifique aussi, puisque en se plaçant sur un terrain de ce type, on se soustrait de facto au critère de réfutabilité de Popper et on acquiert une sorte d'armure d'invincibilité dans le débat public. On pourrait au contraire affirmer avec Max Planck qu'"existe ce qu'on peut mesurer", affirmation dont la contraposée donne "ce qu'on ne peut mesurer n'existe pas"; et rappeler aussi que pour tout ce qui est mesurable en matière de performance intellectuelle, des générations entières de psychologues (soit des dizaines de milliers de chercheurs, parfois de haut niveau) se sont employés à établir des échelles, des corrélations et à déduire des facteurs communs de sorte que ces performances soient intégrées à leur juste mesure au calcul du facteur g.

Il est simplement faux (c'est assez rare dans Wikipedia pour être signalé) d'affirmer d'abord que le sujet "ne s'appuie sur aucune base scientifique" alors que des centaines d'études ont été consacrées au sujet, dont plusieurs sont d'ailleurs ensuite rapportées dans le reste de l'article. Tout le monde peut comprendre qu'il s'agit de sciences sociales et que les conclusions des études doivent faire l'objet d'une interprétation souple et prudente, mais les sciences sociales ont beau ne pas être des sciences dures, on peut tout de même s'appuyer en partie sur elles pour comprendre l'état du monde et de la société. En la matière, on dispose d'ailleurs là de variables beaucoup plus précises que dans d'autres domaines des sciences humaines. Le QI, par exemple, est une variable numérique qui, quelles que soient les critiques qu'on peut lui adresser par ailleurs dès lors qu'on tente de l'entraîner vers des considérations conceptuelles vagues, se corrèle particulièrement bien avec d'autres métriques comme le niveau de revenu ou l'espérance de vie.

Or il est facile de montrer à quel point l'idéologie dominante manque d'ouverture et d'objectivité, au contraire des valeurs qu'elle professe, en s'appuyant sur la question voisine des différences d'intelligence entre sexes. Dans ce cas particulier, les conclusions des recherches vont en effet dans le sens souhaité par l'idéologie, les seules différences peu contestées portant sur les niveaux de variance et non de moyenne, ce qui pose d'autant moins de problème que le sujet est dès lors moins bien compris. Les hommes et les femmes obtenant à peu près les mêmes scores d'ensemble, personne ne crée la polémique, et on n'entend guère les masculinistes, par exemple, faire remarquer que cette absence de différence est peut-être à mettre en relation avec le fait qu'un certain nombre de tests ont précisément été élaborés, dès l'origine, pour neutraliser toute différence entre les sexes (la conclusion ne fait alors que rejoindre tautologiquement la prémisse).

On observe donc la situation suivante: ou bien les études scientifiques vont dans le sens prescrit, et dans ce cas-là il n'y a pas de polémique; ou bien elles vont en sens contraire et dans ce cas-là la pensée dominante conteste incessamment leur validité en créant elle-même une polémique qu'elle s'empresse de dénoncer ensuite. C'est un peu "Pile je gagne, face tu perds". Dans ces conditions, la doctrine de l'époque ne peut jamais avoir tort, et elle peut en toute impunité se charger de substituer sa propre vision du monde à celle qui résulterait d'une analyse objective, pourtant probablement nuancée, résultant d'une pratique scientifique objective dépourvue d'oeillères idéologiques.

Faut-il s'allier avec les mondialistes?

Avec le triomphe désormais presque inévitable de Macron aux législatives, le mondialisme s'apprête à accroître sa domination sur l'humanité. Soit: il faut tout de même noter que le consentement à cette domination n'a pas été obtenu pour les bonnes raisons: les véritables sujets politiques, à savoir l'épuisement possible des ressources, le choix entre métissage et différencialisme (ethnique et culturel), le contrôle mondial quantitatif des populations (démographie, migrations), ont tous été occultés par un double artifice: 1) l'utilisation de l'économie comme sujet unique et central faisant écran à tous les autres (tout étant supposé s'y rapporter, ce qui est évidemment contraire à une vision sponvillienne de distinction et de hiérarchie des ordres, et révèle in fine une soumission totale quoique en partie implicite à l'idéologie libérale); 2) la diversion de la question de l'affrontement des programmes vers l'affrontement des personnes, moins par les attaques ad hominem que par le moyen du maintien d'une forme d'ingénierie sociale efficace au service de la diabolisation de toute forme de conservatisme (dont le conservatisme national porté par le FN), et un nouveau culte de la personnalité façon people construit autour du couple Macron (et que cette construction soit très visiblement artificielle et chiquée ne l'a pas empêché de fonctionner, du fait de la manière hypnotique dont les médias fonctionnent dans notre société post-McLuhanienne).

Ainsi, bien que la vérité ait été énoncée clairement sur les médias et par les critiques de la réinformation (par exemple Aldo Stérone sur l'islam, Alain Soral sur le mondialisme, Michel Drac sur l'économie globalisée, Jean-Claude Michéa sur le libéralisme, Piero San Giorgio sur les risques d’effondrement, etc), les opérations grossières d'ingénierie sociale dénoncées par Lucien Cerise ou Jean-Yves Le Gallou ont parfaitement tenu leur rôle. Le parc humain Français, contrairement à ce qu'on pouvait espérer des valeurs structurantes qui remontent au fonds de sa culture historique (de Vercingétorix/Clovis/Charlemagne pour le courage et l'insoumission à Molière/Descartes/Montesquieu pour l'esprit critique) s'est comporté en fayot de la classe du conformisme, de la veulerie et de l'imbécillité.

Mais faute de temps, je souhaite cesser de commenter ce qui, pour révélateur que cela ait pu être, relève, vu avec un peu de distance, de la simple actualité. Mes préoccupations sont finalement de moins en moins politiques et de plus en plus anthropologiques (la première n'étant qu'une modalité, certes centrale, de la seconde). Or, penser à ce niveau (si tant est que cela soit humainement possible) amène à envisager des accommodements possibles avec le mondialisme.

Ce qui me sépare en effet des penseurs les plus respectables que je connaisse (ceux du conservatisme modéré qui sont actuellement décrits comme des fachos par les forcenés du libéralisme maquillés en gentils agents de la société ouverte, suivant la règle classique de l'inversion accusatoire ici appliquée à l'extrémisme en politique), c'est, au-delà de la question de la démocratie libérale droitdelhommiste, mon rapport à la philanthropie, à l'humanisme, et en définitive à sa valeur centrale: l'homme. C'est cette réserve qui me rapproche occasionnellement, pour m'en écarter en général tout aussi rapidement, de la seule autre école de pensée cohérente qui problématise la suprématie de l'homme dans sa vision du monde, à savoir celle du traditionalisme théiste (sauf qu'alors, la valeur centrale alternative n'est autre que celle d'un Dieu révélé, et que dans ces conditions il n'est pas étonnant que l'une des références de cette école de pensée, René Guénon, se soit converti à l'islam, la plus intransigeante des religions révélées; alors que dans ma vision du monde un tiers-agnostique deux tiers-déiste, clin d'oeil à Pascal évidemment, la soumission à un dogme quelconque, fût-il le dogme historiquement légitime (au moins en Europe) et relativement ouvert du christianisme tel qu'il a été décrit par René Girard, ne peut en aucun cas constituer une réponse raisonnable à long terme à la nécessaire aspiration spirituelle de ceux des hommes qui justifieraient justement le maintien d'un minimum d'humanisme, d'où une sorte d'auto-contradiction de principe).

Précisons: même construite sur une forme de tentation aristocratique à peine voilée (de Benoist), même à juste raison sceptique sur la possibilité d'élever plus d'une fraction de la population au-dessus du stade de la médiocrité consentie, les opposants les plus éclairés au mondialisme restent en général des humanistes, ou en tout cas des humanistes partiels, sous une forme ou une autre; on pourrait dire des humanistes nostalgiques, des real-humanistes (par analogie avec la Realpolitik) ou des humanistes résiduels (de la même manière qu'on pourrait qualifier Houellebecq de nostalgique du théisme ou de philanthrope résiduel).

Seuls les mondialistes de haut niveau (ceux de l'ombre, pas les marionnettes qui les représentent sur la scène politique) semblent être capables de voir au-delà de l'Homme. Et je ne parle pas là des satanistes (limités par leur matérialisme extrême, de type Foucault/Bergé), des mystiques (imaginant Jérusalem comme capitale d'un monde composé, sous la direction d'une minorité agissante, de métis asservis et de communautés manipulées par le conflit triangulaire ou la stratégie de la tension, de type BHL), ni des économicistes (néo-esclavagistes immigrationnistes obsédés par la croissance -réduisant ce fait l'homme au rôle de "chose de chose inanimée" selon le mot de Simone Weil, de type Juncker/Macron), mais bien des visionnaires envisageant dès maintenant le post-humain (de type Kurzweil/Musk), des personnalités évolutives/opportunistes comme Attali, Soros, Gates, Brzezinski, ou Rockefeller se situant chacun en un barycentre différent de ces courants variés.

La plupart des mondialistes au pouvoir actuellement (disons la tendance Strauss-Kahn/Lagarde/Lamy/Parizot), pas encore débarrassés des oripeaux du marxisme, me semblent commettre la même erreur d'analyse qu'Aldous Huxley dans Le Meilleur des Mondes (il est vrai qu'en 1924, c'était encore excusable, Bernanos n'avait pas encore écrit sa "France contre les robots"): ils paraissent envisager sans frayeur particulière, voire espérer, l'existence d'un néo-lumpenprolétariat, dont les capacités à consommer tiendrait aujourd'hui le rôle autrefois dévolu à la capacité à produire du lumpenprolétariat tel qu'imaginé et décrit par Marx, dans le contexte particulier de la Révolution industrielle qui justifiait (mais c'était contingent) sa prise en compte effective en tant que facteur de production. C'est sans doute pour cette raison que ces mêmes mondialistes dominants d'aujourd'hui laissent prospérer l'incompréhensible anarchie démographique reposant sur la combien dangereuse mais jamais problématisée notion de "liberté de choix" appliquée aux mariages et aux naissances, conduisant inévitablement, en contexte social-libéral, à une forme d'inversion des mérites (les uns se reproduisant aux dépens des autres, selon un schéma perdant-perdant modélisable par la théorie des jeux, et indirectement évoqué par Houellebecq à chaque fois qu'il mentionne la question des stratégies de reproduction). Combien doit être grande, pour éviter toute dissonance cognitive, leur confiance dans leur capacité de conditionnement social, seul dispositif permettant de contenir à terme les risques insurrectionnels, et combien faible leur empathie pour les formes élémentaires de l'humanité que sont les individus, notamment les individus constitutifs du peuple, dont le surnombre rend d'autant plus improbable leur élévation sociale, ou même seulement éducative et spirituelle. A moins qu'il ne faille retenir l'hypothèse encore plus effrayante de l'absence de pilote dans l'avion.

(Journal, 12/06/17)

Vers un renversement du système?

J’ai l’idée qu’un renversement politique pourrait survenir, qui amènerait le système à réaliser (ou plus exactement, puisqu'il n'a pas de conscience, à évoluer de telle sorte) qu’il vaudrait mieux que les identitaires arrivent au pouvoir. Or le contrôle considérable des médias sur l’opinion pourrait rendre possible un tel renversement. Sur la question migratoire notamment, c’est largement à cause du pouvoir des clercs (enseignants, juges, journalistes, intellectuels du système) que l’opinion publique se trouve actuellement à l’extrême-gauche de la position de bon sens qui consiste simplement à affirmer la souveraineté des Etats sur leurs frontières et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Si nous passions autant à droite à l’avenir que nous sommes à gauche actuellement, cela se traduirait pratiquement par des remigrations non consenties massives voire des guerres préventives dans les Etats d’origine, soit des mesures beaucoup plus violentes que celles proposées actuellement par Le Gallou ou De Lesquen, qui, d’extrémistes aujourd’hui, deviendraient modérés demain.

(Journal, 30/07/18)

Cauchemar dysgénique ou Realpolitik eugéniste?

Pour ma part, quoique aussi largement indifférent que possible aux conditions de vie et au destin de la plus grande partie de l'humanité (conformément aux enseignements du stoïcisme appuyant en la matière mes penchants misanthropes), mais justement conscient des questions relatives à la limite des ressources et à l'affrontement des stratégies de reproduction, il me semblerait préférable d'intervenir d'une manière plus autoritaire et réfléchie sur les dynamiques démographiques, à la fois au niveau individuel et au niveau collectif, plutôt que de s'en remettre naïvement (et donc coupablement) au seul hasard du laisser-faire. Je n'ai presque aucune réserve sur la question de l'eugénisme (et je n'ai que faire des reductio ad hitlerum que ce mot provoque chez les idiots utiles de la bienpensance), bien que je ne pense pas non plus que celui-ci représente la meilleure "voie de sortie" possible pour l'humanité (le dépassement de l'homme devant selon moi prendre plus sûrement la forme d'une substitution, à la rigueur d'une hybridation honorifique, que d'une évolution). Mais enfin il me semble qu'on pourrait au moins essayer dans l'intervalle, pour limiter la catastrophe humanitaire probable résultant d'une liberté démographique sans contrepartie laissée aux individus et aux Etats, de mettre en place des politiques de contrôle des naissances adossées à la notion de mérite contributif, ou au minimum d'auto-suffisance (idéalement, on pourrait aller jusqu'à dire que c'est sur le critère de la droiture morale que le droit à l'enfantement pourrait s'établir, mais l'impossibilité de traduction pratique rend cette idée peu exploitable). Chaque individu, mais aussi chaque Etat (en fait chaque cellule communautaire, à toutes les échelles) devrait se trouver doté d'un "droit de reproduction" indicatif chiffré (avec éventuellement un minimum, un maximum, une composante aléatoire) à partir duquel des mesures plus ou moins contraignantes pourraient être appliquées. Par exemple il me semble évident que pour certains individus/populations tarés ou parasitaires, le principe des allocations familiales devrait se trouver non seulement annulé, mais inversé. Il existe plusieurs difficultés, bien sûr, à commencer par l'articulation avec la question de la conjugalité (comment faire en cas de droits différents pour les deux époux, en cas de divorce subi, etc; mais la réflexion sur ce sujet peut justement amener à dépasser la forme classique du couple hétérosexuel comme base du foyer nucléaire, ce qui pourrait se conjuguer avec les nouvelles possibilités offertes par le génie génétique), mais aussi la question des formes effectives de la contrainte (économique, via les allocations familiales? médicale, via des politiques de contraception voire de stérilisation actives? Explicites, allant jusqu'à attribuer des bonifications connues en fonction du mérite intellectuel ou physique, ou cachées et définies par des technocrates invisibles? Déterministes ou probabilistes, laissant fonctionner l'illusion du destin, etc)?

Je crois que pour problématiques qu'elles soient, de telles questions pourraient être portées par le mondialisme; et je crois même que le mondialisme est actuellement la seule force politique de taille et de nature à les porter efficacement. Plus précisément d'ailleurs, il ne s'agit d'ailleurs pas du mondialisme dans sa totalité, mais d'une de ses composantes, une composante d'ailleurs sans doute minoritaire mais visionnaire. On joue là dans la cour des grands et il y a peut-être davantage à espérer dans ce type d'opposition interne entre factions rivales du système dominant que dans la fraternelle mais stérile discussion endogène entre "dissidents"). C'est une opportunité qu'il ne faut pas négliger. Nous devrions d'ailleurs assister à une première passe d'armes entre courants concurrents du mondialisme dans les années ou les décennies qui viennent, concernant le sujet symétrique, mais tout de même d'une importance finale secondaire, de l'euthanasie.

Laissons-nous aller à un exercice d'application au cas fictif d'un jeune couple français, Marie et Pierre. Dans le cadre général d'une politique malthusienne au niveau mondial, l'objectif commun pourrait être de fixer un taux de reproduction moyen de 1,8 enfants par femme sur les 20 prochaines années. Nous retenons donc ici une approche paritaire, soit une valeur de 0,9 par individu. Cette valeur est modulée par pays en tenant compte des ressources foncières et de ressources, d'infrastructure, d'originalité et de valeur culturelle (ladite valeur culturelle étant déterminée, sous les hauts cris des antiracistes, sur le plan de la contribution historique, considérée dans la longue durée, au bien-être et à la connaissance communes). La France est proche du maximum de 1,5 (alors que le Bengladesh ou le Nigéria sont proches du minimum de 0,5). Marie, qui a fait des études brillantes, est en très bonne santé, et justifie d'une intégration professionnelle jusqu'alors satisfaisante, bénéficie de surcroît à titre individuel d'une majoration de x1,4, tandis que Pierre, qui est dans le cas contraire, ne dispose que d'un coefficient multiplicateur de x0,7. Tout cela (et nous pourrions ajouter des critères) fait que lorsqu'ils décident d'avoir un enfant, le quota de Marie est de 0,9x1,5x1,4=1,89 et celui de Pierre de 0,945. Attachés à l'idée d'égalité, ils décident d'avoir deux enfants à peu près à part égale, Marie contribuant pour 1,045 et Pierre pour ses 0,945. Peu après, le couple se sépare. Marie choisit de ne plus avoir d'enfant, et transmet par héritage le reste de son quota (minoré d'un coefficient d'actualisation) à ses enfants (les droits ne sont cessibles qu'à titre gracieux et à ses descendants directs). Pierre, qui ne dispose plus de quota disponible, provoque la grossesse d'une seconde femme qui n'a plus qu'un quota de 0,5, à la suite d'une sanction consécutive à un divorce non validé par son premier mari, avec lequel elle a eu un premier enfant. Ils font alors face au choix suivant: avortement gratuit (intervenant d’autant plus tôt dans la grossesse que des tests obligatoires de grossesse sont menés au quotidien, pour les femmes en âge de se reproduire, via les analyses biométriques intégrées à la vie courante), ou maintien de la grossesse, qui se traduira par une majoration de leurs impôts/une minoration de leurs droits sociaux proportionnelles à la carence de quota (ici 50% du maximum possible). Pour limiter l'impact de l'appauvrissement sur l'enfant à naître, celui-ci aura en contrepartie droit à un certain nombre de services de santé et éducatifs nominatifs, délivrés exclusivement en nature, et en partie financé par la taxation des parents fautifs. Inhumain? Peut-être... Mais plus ou moins que l'irresponsabilité d'une politique familiale faisant dépendre la démographie d'une notion aussi subjective que celle des sentiments amoureux (bien souvent suivis de leur disparition, se traduisant par la multiplication des divorces en pleine période éducative), doublés de mécanismes socio-économiques incitant objectivement au parasitisme (les enfants des uns, financés par les cotisations des autres, étant souvent le moyen d'appliquer simultanément une stratégie de reproduction R et de s'acheter une télévision à écran plat), conduisant irrémédiablement au suicide civilisationnel par le remplacement des meilleurs et des plus exigeants par les moins scrupuleux et les plus fertiles ? Entre eugénisme moralement discutable d’un point de vue égalitaire et dysgénisme exponentiel et destructeur, perdu pour perdu pour l’humanisme classique et le romantisme, à tout prendre, je préfère la première.

Aussi surprenant que cela puisse paraitre à première vue, on pourrait défendre l'opinion que l'acceptation de l'idée selon laquelle l'enfantement serait une conséquence légitime du pathos (soit de l'envie: ma vie est triste, je ne comprends pas le monde qui m'entoure, alors je fais un enfant pour donner un sens à ma vie ; soit plus classiquement de l'amour: nous sommes peu instruits et peu utiles à la société mais nous nous aimons, alors faisons un enfant, sans chercher à en examiner toutes les conséquences) constitue le crime contre l'humanité par excellence, à condition de donner à cette notion le sens qualitatif, quoique non politique, qu'elle mérite. Faire naître est du même ordre d'importance que faire périr, et faire naître un être au destin probablement médiocre du fait des carences physiques ou éducatives de ses parents ne devrait pas être encouragé, surtout par ceux qui disposent des outils de conditionnement social qui pourraient l'empêcher (autorités religieuses, ministères en charge de la politique familiale, relais d’opinion à tous les niveaux). Si l'humanité se définit par sa qualité (profondeur et diversité de ses composantes) plus que par sa quantité, l'important est d'ajouter à chaque naissance la possibilité d'un destin individuel qui sorte du lot, pas qui se fonde dans la masse (autrefois celle, à la finalité principalement militaire, des soldats, puis celles, à la finalité principalement économique, des producteurs, agricoles puis industriels; aujourd'hui celle des consommateurs avachis de services asservis au tittytainment). Dans cette histoire, l'amour, surtout l'amour ingénu, est bien le pire des conseillers et le meilleur levier des manipulateurs à toutes les échelles.

(Journal, 12/06/17)

L'islam et le dysgénisme, meilleurs alliés du système

Le fait, pour l’Europe contemporaine, d’être sur le point de se donner à un islam largement rétrograde, auquel j'estime qu'elle est pourtant culturellement, historiquement et scientifiquement supérieure, relève peut-être d’une justification logique historique, dont nul n’est tout à fait conscient, mais qui rejoint certaines analyses de Michel Onfray : si la destinée de l’humanité tout entière est de s’abîmer devant l’émergence de l’IA forte ou même seulement de systèmes automatiques suffisamment puissants pour remplacer la quasi-totalité du travail humain, alors il est possible qu’elle doive en quelque sorte régresser à un état de bêtise et d’ « incivilisation » du fait même que toute sophistication lui est désormais inutile. De même que la figure de l’homme conquérant/découvreur (le héros, le scientifique, l’aventurier, le pionnier, le magnifique) s’efface devant celle du consommateur opportuniste (le geek, le citoyen du monde, le touriste, le téléspectateur, l’électeur), l’Européen est amené à disparaître devant l’Américain consumériste, l’Asiatique anonyme et l’Africain jouisseur. Il s’agit avant tout d’automatiser le processus de consommation de masse.

De ce point de vue et dans un autre domaine, la baisse du QI moyen (hypothèse du dysgénisme) doublée de la défaite de l’éducation (notamment en Occident) ne constituent pas des échecs, mais des éléments utiles et cohérents de l’ensemble, à la fois causes et conséquences de son évolution logique. De la même façon l’éclatante stupidité dogmatique de l’islam n’est pas incompatible avec cette évolution : absence de doute, soumission au rapport de force, comportements mimétiques dictés par l’autorité, absence de contrôle de la reproduction, prosélytisme familial ou tribal : l’islam est assez bien adapté à la production d’hommes-masses voués à la consommation abrutie. N’oublions pas que le choix de la tradition, y compris dans sa dimension obscurantiste (seule possibilité peut-être, il est vrai, de retrouver la joie de la pensée magique), s’est traduite logiquement, pour René Guénon, par sa conversion à l’islam. Il y a une logique à cela.

Evidemment, cette évolution est largement inconsciente, et nulle volonté n’est nécessaire à ce qu’elle advienne. Il s’agit cependant d’un changement avantageux à l’échelle du système, et les voies de ce système sont peut-être aussi impénétrables que celles de Dieu lui-même… D’ailleurs, si on fait un rapprochement avec la remarque que Truong m’avait faite sur son site (la vocation de l’humanité à devenir une sorte de cheptel plutôt bien traité par son « berger », le Successeur), on réalise que pour le système, l’homme-objet substitué à l’homme-sujet de l’humanisme (ou même l’homme-projet de l’existentialisme) doit précisément ressembler à cela : un troupeau homogène, immense et docile, aux désirs et comportements prévisibles, qui vaut par sa masse et son rendement (qui se résume d’ailleurs de plus en plus, c’est évidemment en cela que le marxisme est périmé, à un simple rendement de consommation). Mis à part le fait qu’il est mal réalisé, le film « Idiocracy » n’est pas si exagéré qu’il y paraît.

(Journal, 25/07/18)

Pour sortir de la nouvelle cour des miracles

L'évolution actuelle du monde, le parquage des populations dans des espaces urbains aseptisés (ce zoo humain bientôt vacciné, Covid oblige), le déclassement des classes moyennes, le contrôle des esprits, le cosmopolitisme publicitaire de carnaval, les camps de migrants entourés de journalistes et d'humanitaires subventionnés de centre-ville, la destruction du beau, l"arraisonnement abstrait de la nature par des citadins Murray-festivisés, nle relativisme égalitaire et inclusif accueillant avec joie toutes les tares sauf celle de la malpensance, tout cela m'évoque l'image d'une nouvelle cour des miracles définitive et tentaculaire, dont la vocation serait de s'étendre à l'humanité entière.

Voilà le désastre vers lequel le système nous entraîne, en commençant par le centre de la pyramide sociale pour finir par tout désintégrer. A cela, si je devais opposer une doctrine politique d'inspiration archéofuturiste, écologiste et homaniste ramassée en une devise, je dirais: dénatalité, organicité (ou inégalité), raison, mérite, alliance (sous-entendu, avec les machines à venir).

Reconfiguration de l'offre politique face à la question transhumaniste

Il est inutile que je perde du temps à refaire –sans doute assez mal, ou en tout cas pas mieux que d’autres- des analyses politiques, sociologiques, économiques ou sociétales de trop court terme ou de trop courte vue. Ces analyses existent déjà, elles sont accessibles à qui voudrait les connaître.

Ma véritable valeur ajoutée, plus improbable mais plus originale, pourrait consister à redéfinir le débat politique gauche/droite, autrement dit libéral-progressiste/conservateur-traditionaliste, dans le contexte anthropologique plus général du transhumanisme. En première approche, on pourrait être fondé à postuler que la gauche devrait être favorable au transhumanisme et la droite opposée. Mais on doit pouvoir enrichir l’analyse en y intégrant des réflexions sur les notions d’égalité et de mérite, voire de liberté et d’eugénisme.

On peut en effet imaginer un transhumanisme égalitaire « de gauche », qui consisterait en un départ massif des hommes-quantités vers des cieux numériques égalitaires, vulgaires et peu coûteux en maintenance (pornographie, vidéos de chatons, « news » « people »). Pour l’essentiel, il s’agit d’une sorte de « solution finale » auto-consentie aux problèmes socio/démographiques causés par le dépassement du politique par l’économie et la technologie dans le contexte de la domination idéologique de la société ouverte, ayant conduit à un culte de la croissance comme finalité en soi incompatible avec l’idéal humaniste classique (harmonie du rapport à la nature devenu impossible par manque de ressources et d’espace, incompatibilité de structures sociales verticales ou au moins méritocratiques stables avec la dérégulation générale du désir et de l’hybris). Mais on peut aussi, même si c’est plus difficile, imaginer un transhumanisme élitiste « de droite » qui consisterait en une sublimation de l’homme par la technologie, permettant une « surhumanisation » violemment hiérarchique, menant à une sorte de nouvelle aristocratie rétro-futuriste servant de vecteur aux valeurs de liberté et surtout de vérité. Ce transhumanisme de droite, qui n’est pas sans rapport avec certaines descriptions de Dantec, pourrait d’ailleurs peut-être paradoxalement plus facilement que le premier cohabiter avec la persistance d’un humanisme classique, au terme d’un choix réellement non biaisé proposé à chaque individu, à titre définitif ou non.

La condition de cette redéfinition de l’axe principal du débat politique, c’est le changement de son objet central : il faut qu’au lieu de se préoccuper de l’homme, la politique se préoccupe des valeurs dont l’homme a été jusqu’à présent le seul vecteur (et ont précisément justifié son statut de finalité et l’attribution d’une dignité inconditionnelle) : l’intelligence comme mode d’accès à la vérité, la morale comme condition d’une liberté qui ne peut être que dialectique. Pour accepter la substitution de l’homme par la machine, ou peut-être plutôt sa subordination acceptée, il faut réviser nos croyances métaphysiques obscures sur la question d’une dualité corps/esprit qui serait réservée à homo sapiens, admettre que les supports matériels numériques peuvent constituer un milieu propice à l’émergence de formes organisées plus complexes, plus riches, plus évolutives, plus qualitatives en somme (malgré l’apparente homogénéité du support) que n’ont pu être les formes vivantes se développant au sein d’une nature sur base de carbone.

En quoi une telle révision pourrait-elle être « de droite » ? Peut-être tout simplement parce qu’au-delà du changement radical qu’elle propose (changement qui, en tant que changement, devrait amener à classer cette tendance à gauche), elle vise à se donner les moyens de progresser dans la voie de l’accès à une vérité qui, en tant que vérité, est pour sa part intemporelle, pour ne pas dire éternelle. Or l’éternité ne change pas, et c’est en ce sens qu’on peut dire qu’il s’agit d’une option de droite : le changement de support ne serait dans cette optique que le moyen d’atteindre une finalité qui, elle, reste absolue et inamovible.

La véritable tension gauche-droite serait donc plus encore « relativisme humain à gauche vs. absolu surhumain à droite », ce qui est historiquement d’autant plus difficile à comprendre que les totalitarismes de gauche ont pu faire émerger des formes inhumaines bien éloignées des « derniers hommes » décrits par Nietzsche, qui constituent pourtant en dernière analyse le véritable horizon de la gauche « progressiste ». Pour critiquer la gauche, il faudrait donc davantage s’en prendre à Anne Hidalgo ou Najat Vallaud-Belkacem qu’à Staline ! Pire, les véritables humanistes classiques (épris de modération mais aussi de sens de l’effort) disparaissent un peu du tableau : en vérité, ils devraient en bonne logique se retrouver au centre, en acceptant stoïquement leur position intermédiaire (comme ils l’ont historiquement toujours fait avec sagesse). Montaigne ou Rabelais, aux côtés de Michel Drac ou de Benoist, à la place qu’occupe aujourd’hui l’inconsistant François Bayrou, voilà qui serait radicalement incompréhensible à la presque totalité des politologues d’aujourd’hui.

En réalité, ce qu’il faut, c’est remplacer à droite la figure de Dieu par celle de l’éternel, et celle de l’éternel par celle de la vérité. La tradition (en particulier relayée par les religions révélées et leur cortège de rites et de superstitions) devrait dans un premier temps se recroqueviller au centre, puis disparaître presque complètement du tableau pour ne plus demeurer présente à terme qu’au titre de la nostalgie.

Dans cette configuration générale, le choix Websterien proposé à tout homme devrait l’amener à choisir entre l’extinction hédoniste vulgaire (choix de Jupiter, probablement majoritaire et/car encouragé par l’ingénierie sociale) et le maintien dans une condition humaine intermédiaire (je note au passage que ce terme d’ « intermédiaire » est utilisé à bon escient par Houellebecq dans « La possibilité d’une île »). A leur droite, il n’y aurait plus que des machines et peut-être des mutants radicaux n’ayant plus rien ou presque d’homo sapiens.

(Journal, 5/09/17)

Reconfiguration de l'offre politique face à la question transhumaniste (2)

La plupart des gens ont du clivage droite-gauche une vision non seulement périmée, mais tout à fait inadaptée à la seule question qui compte à terme, celle de la Singularité technologique. Voici à quoi devrait ressembler un clivage politique porteur de sens face à cette hypothèse :

Gauche = mouvement continu de réforme contrôlée au service de l’homme-égalité-étalon = transhumanisme comme intention de fusion homme machine imaginée comme un progrès maîtrisé par l’homme-Dieu en cours de réalisation, qui en fixerait les conditions axiologiques de déploiement

Droite = conservation de l’homme imaginé comme créature finie et à peu près achevée au niveau de l’honnête homme des Lumières, dans une variété de contextes ethniques et civilisationnels en partie indépendants = transhumanisme comme choix Websterien divergent, entre la perpétuation d’une sorte de zoo humain sanctuarisé, malthusien, et n’échappant que difficilement à la tentation du suicide, marqué par une inégalité interne croissante d'idéal et de mode de vie entre les rares nostalgiques de l'humanisme classique et les masses dysgéniques de consommateurs passifs, et la sublimation dans un Successeur totalement inhumain et radicalement supérieur, évidemment inaccessible à tout contrôle ou même toute influence humaine.

Face à une telle proposition, n’importe quel humaniste au sens classique du terme devrait se situer « à droite ». Et la gauche devrait remporter les suffrages de tous les consommateurs jouisseurs hédonistes avides de réseaux sociaux.

Très peu nombreeux sont les penseurs qui se sont déjà exprimés sur ce genre de question. Parmi les rares que je connaisse, Hassen Occident, Romain d'Aspremont, Martin Rothblatt, Laurent Alexandre, me semblent comprendre à peu près les enjeux en développant tout de même un raisonnement nettement différent du mien, et tous me semblent inférieur à Clifford Simak.

En ce qui me concerne, il se trouve que j’ai un peu de mal à me situer en un point donné de cette opposition pour la raison suivante : je ne souhaite pas pour moi ce que je souhaite pour les autres. En ce qui me concerne, je suis prêt, je crois, à accepter l’idée de finir ma vie en honnête homme classique (c’est le sens de mon installation à Canouville, son jardin et sa bibliothèque). Mais d’un autre côté, je ne crois pas au bienfondé d’un tel choix pour la plus grande partie de l’humanité, dont j’accepte/souhaite qu’elle s’abîme dans une rencontre de destruction/sublimation avec le Successeur.

Au demeurant, du fait même que j’accepte la supériorité de principe du Successeur, mon choix de rester homme n’est sans doute principalement qu’un choix nostalgique, motivé aussi par le sentiment, ou bien que ma partie est perdue et que dès lors, cette instance de notre multivers ne m’importe guère, ou bien qu’il existe un ordre encore supérieur, celui du Divin, qui saura m’évaluer/conserver tel que je suis.

(Journal, 25/10/18)

Poltique et transhumanisme

Je découvre aujourd’hui les premières tentatives politiques du transhumanisme, par exemple au travers du mouvement de centre gauche Humanityplus. Intéressant, mais (car ?) insuffisant à mon goût, soit bien trop encore attaché à l’humanisme ancien, ou plutôt à une sorte de progressisme naïf visant à améliorer l’homme (un peu seulement, genre pour ne pas trop le dénaturer quand même) pour améliorer sa condition. Comme Simak semble plus sage, avec la figure du dernier Webster (ou même Houellebecq avec son Daniel de La possibilité d’une île) : si on reste homme, on le reste nostalgiquement, en quelque sorte, et concernant la question de la maîtrise du monde, on passe la main. On se replie sur ce qui peut rester de noble dans une vision conservatrice de l’homme (entreprise en partie paradoxale si on définit l’homme –et singulièrement l’homme Européen pour ce qui me concerne- comme créature conquérante). On ne cherche pas à suivre le train d’une IA qui ira incommensurablement plus vite que nous. C’est juste une question de logique.

Je pense pour ma part plus urgent, pour les Webstériens encore animés de la perpétuation aristocratique d’un idéal humaniste modeste mais exigeant, de mettre en place les moyens d’une transaction avec d’une part l’IA (mais sur ce point nous ne serons pas les maîtres du jeu), et d’autre part l’homme masse (ou la Masse Humaine Indifférenciée, MHI, selon le mot de Renaud Camus). Il s’agirait de définir, en accord avec lui, les conditions d’un mode de vie qui lui sembleraient préférables aux conditions actuelles et qui permettraient de désamorcer la bombe à retardement démographique qui menace nos ressources communes. Les principaux leviers de la négociation devraient sans doute être :
- L’individualisme contractuel, permettant de justifier le respect du choix de chacun, même si celui-ci paraît contraire aux valeurs de certaines écoles de philosophie morale
- Le principe de plaisir : la drogue et l’immersion dans les mondes virtuels paraissent des moyens peu coûteux d’acheter le consentement de beaucoup, notamment des plus faibles et des plus potentiellement nuisibles, à leur propre infertilité, voire disparition

D’une certaine manière, c’est ce qui se produit déjà avec le tittytainment. Au moins du point de vue du contrôle social, celui-ci joue déjà un rôle proprement essentiel. Cependant, il n’a pas encore produit d’effet concernant l’inversion des tendances dysgéniques propres aux sociétés avancées, ni même d’inflexion générale au plan démographique. Il est vrai que le système s’accommode pour l’instant au mieux d’une MHI certes réduite à l’impuissance, mais tout de même nombreuse. Souhaitons que ses objectifs évoluent à l’avenir pour devenir progressivement compatibles avec l’exigence de modération et d’équité dans le partage des ressources, c’est-à-dire à la fois imprégnés de malthusianisme et d’éthique de réciprocité.

(Journal, 7/11/17)

La raison pour laquelle le monde élitaire fondé sur la culture européenne classique est en voie d'effondrement, c'est que l'intelligence, la rigueur, l'effort, l'excellence et le mérite ne sont d'ores et déjà plus nécessaires à la marche du monde. Le fameux article "Why the future doesn't need us" s'est trompé de temps: c'est le présent, et non seulement l'avenir, qui n'a plus besoin de nous, et qui s'accommode d'un dysgénisme culturel et biologique, individuel et collectif, peut-être définitif. Personne ne peut lutter contre, car personne, pas même la plus brillante équipe de savants ou le plus courageux commando de soldats, n'est capable de reconstituer une structure techno-économique ou une proto-société autonome de nature à rivaliser avec la société-monde. Fussent-ils cent fois plus méritants ou mille fois plus vertueux, les meilleurs d'entre nous, isolés, même communautarisés, ne pourraient pas recréer la moitié du confort de vie dont jouit, passivement, le moindre parasite sans scrupule de nos sociétés ouvertes et redistributives. L'explication principale du phénomène tient à l'exceptionnelle décorrélation des coûts de développement et des coûts marginaux de production de la plupart des produits et services nécessaires au confort contemporain. Si un smartphone ou un vaccin coûte 10 milliards à développer et 10 euros à produire, son "business model" peut reposer sur l'existence d'une société constituée à 99% de Masse Humaine Indifférenciée aliénée à des emplois subalternes ou à la dépendance sociale d'une classe moyenne à l'utilité économique décroissante, mais dont l'existence permet de prolonger, par effet d'inertie, la redistribution minimale nécessaire à l'équilibre du système. Les un pour cent restant, qui seront bientôt un pour mille, puis moins encore, ne constituent pas non plus une fraction d'humanité susceptible de s'autonomiser ni de servir de vecteur à un nouvel humanisme mutant: l'hyperclasse mondiale ne peut en effet se penser comme société à part entière, d'autant plus que d'une part elle ne repose pas tant sur le principe de mérite que sur celui de réseau de pouvoir, et d'autre part que son caractère transnational en fait un objet social en quelque sorte "hors sol". A ce stade, tout laisse à penser que la restauration d'une société cohérente, complète, organique et ordonnée, même à petite échelle, ne pourra se faire que sous l'une des trois formes suivantes:
- Hypothèse survivaliste: après un effondrement du système actuel qui se produirait indépendamment de toute singularité technologique, soit comme une renaissance post-apocalyptique analogue à celle rapportée par Asimov dans le cycle de Fondation.
- Hypothèse néo-conservatrice: comme expérience communautaire politiquement pensée dans des termes proches de ceux de la révolution conservatrice allemande, menée par une nation (soit un peuple et un territoire) d'une taille comprise entre un et cent million d'habitants, probablement en Europe de l'est, en Russie ou sur une partie du continent nord-Américain ayant fait sécession. Les modèles de référence pourraient être proches de ceux évoqués par Guillaume Faye (archéo-futurisme) ou Greg Johnson (communautarisme blanc).
- Hypothèse post-singulariste: Comme micro-monde autorisé, voire supporté et protégé, par une IA forte apparue consécutivement à la Singularité Technologique, et favorable à la mise en place d'une gestion différenciée de groupes humains distincts, la MHI s'accommodant quant à elle d'un espace de pur hédonisme dépourvu d'exigence.

Humanisme et Singularité

Le thème du transhumanisme est en train de devenir l’un des thèmes majeurs des débats contemporains, non seulement dans la dissidence, mais même dans les cercles mainstream. Il y a quelques années, seuls des chercheurs peu exposés comme Rémi Brague, Jean-Michel Besnier, ou Lucien Cerise, le plaçaient au centre de leurs préoccupations. Désormais, c’est tout juste si on n’en parle pas sur TF1. Ce qui est d’ailleurs amusant est que de toute part, les pro-transhumanisme sont en général présentés sous un jour défavorable. Dans la dissidence comme dans la pensée mainstream, il est convenu de mettre dans un même sac et de dénoncer tout à la fois les risques des évolutions biotechnologiques/bioniques, le retour de l’eugénisme et l’hypothèse de la singularité. Cette proximité de vue révèle un biais commun : celui de l’humanocentrisme, dont seuls des pseudo-geeks pas très admirables, en tant que modèles d’humanité, semblent être capables de se défaire. Je ne connais personne qui considère, comme moi, le transhumanisme comme une chance paradoxale pour ce que j’appelle l’humanisme résiduel, autrement dit ce qui pourra rester de l’idéologie humaniste une fois que l’homme aura été privé (et aura accepté la perte) de l’exclusivité de l’intelligence et de la morale. Or il me semble que si l’on prolonge simplement le cours des choses, on ira vers une humanité composée à 99% de cheptel (ou de MHI, comme Renaud Camus se plaît à l’appeler), à 1% (décroissant) de kapos de haut niveau plus ou moins cyborguisés, et de presque aucun humaniste modeste classique. Seule une singularité technologique modifiant qualitativement les termes de l’équation de l’évolution, et rendant en particulier obsolète la croissance économique et partant la nécessité de l’homme masse, pourra infléchir la tendance et redonner une chance à la voie Webster, pour le moment à peine incarnée par quelques tentatives communautaires isolées. C’est pourquoi les véritables humanistes résiduels devraient avoir une attitude favorable vis-à-vis de la Singularité.

(Journal, 25/07/18)

Des animaux et des hommes

Selon une hypothèse amusante, l’homme pourra aussi se trouver amené à tenir auprès des machines, mutatis mutandis, le rôle autrefois dévolu par l’homme aux animaux de compagnie. Après tout, la vie animale subsiste aujourd’hui sous trois formes : 1) la forme sauvage, incluant biodiversité spectaculaire (safaris, plongées sous-marine) ou invisible mais essentielle (chaînes alimentaires complexes, micro-faunes), mais aussi parasites et espèces invasives) 2a) la forme domestique de service (animaux de trait, élevages de production de viande, de lait, de miel…) et 2b) la forme domestique de compagnie (chiens, chats, oiseaux en cages ou volières, faune d’aquarium ou de vivarium). Chacune de ces catégories fournit des éléments de réflexion sur le rôle que nous pourrions tenir à l’avenir : l’hypothèse des animaux sauvages renvoie au contre-monde naturel du « Meilleur des mondes », à la régression traditionnelle et tribale, peut-être à une sorte d’hypothèse du zoo sans intercession extraterrestre ; la sous-hypothèse parasitaire fait songer aux migrants hostiles qui troublent occasionnellement la léthargie du prolétariat de la consommation, qui tient pour sa part évidemment le rôle du bétail. Et les animaux de compagnie pourraient être mis en regard de communautés de petite taille, vivant en autarcie, mais productrices d’une forme particulière de culture et de langage suffisamment intéressants pour susciter une forme de curiosité ou d’affection chez leurs « maîtres » ; peut-être ce qui tend à apparaître sous les formes de ces tentatives de regroupement –parfois ethniques- en marge de la société de consommation, une sorte de mélange de Base Autonome Durable, de ZAD de Notre-Dame des Landes, et de Suavelos/France Village/clan des Brigandes. Il est aussi amusant d’anticiper un retournement de situation faisant de l’homme l’obligé de la machine dans les fonctions que celle-ci avait autrefois pris à l’animal, du cheval-vapeur de la Révolution industrielle aux Tamagoshis japonais.

(Journal, 25/07/18)

Après la Singularité

Lorsque les machines auront dépassé les hommes au plan de l’intelligence, il ne restera plus à ceux-ci que l’exclusivité de leur incommunicable sensibilité (ou même seulement l’illusion de cette exclusivité, mais cela revient au même) comme espace de développement, de projection, de croyance et de vie. C’est dans cet espace que les apprentis-Webster devront s’investir massivement. De ce fait, même si l’idéal humaniste post-singulariste devrait aussi rester empreint de raison, car la raison fait consubstantiellement partie de l’homme, l’émergence des machines pourrait signer le grand retour de la passion. La singularité technologique, moment de l’ultime blessure narcissique de l’humanité, pourrait donc aussi inaugurer, au plan individuel, l’ère d’un sentimentalisme inédit, voire ouvrir le théâtre d’un néo-romantisme généralisé.

(Journal, 8/04/18)

Islamisme et risques de tyrannie systémique

Compte tenu de la nocivité de l’islam, de son extension géographique grandissante, de sa prévalence dans les pays à forte natalité, et du temps réduit qui reste à l’humanité avant de possibles catastrophes la mettant en péril dans son ensemble, du fait de la mondialisation conduisant à la fois à une interdépendance généralisée et une possible crise des ressources, l’urgence n’est pas seulement de mener un combat idéologique de l’extérieur, ni même probablement d’envisager une sécession avec un dar-al-islam qui finirait par s’autodétruire sous le poids de sa violence et de son incapacité à accepter la réalité, mais de mettre en place les conditions d’une apostasie massive (de centaines de millions de personnes) sous moins d’une génération. Il est possible cependant que ce ne soit pas dans les intentions futures du système, qui préfèrera peut-être, après un virage idéologique à 180° par rapport à la ligne cosmopolite actuelle, aux côtés de l’émergence des machines, voir perdurer des formes humaines rétrogrades à la fois justifiables d’un certain droit à la survie au nom d’un conservatisme quasi ethno-zoologique (or, c’est principalement au nom de la tradition, et à mon avis en ce seul nom, que l’islam pourrait justifier de sa conservation, cf. René Guénon) et plus susceptibles d’accepter le principe de perte de pouvoir sur le monde (au nom de la vertu de soumission). Quoi de mieux, pour asservir l’homme, que de viser un asservissement en partie assuré par ses propres soins ? Par sa fermeture sur lui-même et son exigence de contrôle scrupuleux et fixiste du comportement des hommes plus que par celle de progrès ou de domination de la nature, l’islam peut bien plus aisément se préoccuper d’endoctrinement et de totalitarisme que de maîtrise de la technique et du monde à sa mesure (l’homme envisagé comme jardinier de la Terre, au risque de l’hybris). On pourrait même envisager un réinvestissement du désir de toute-puissance de l’homme de son pouvoir sur les choses (scientisme, progressisme) dans son pouvoir contre lui-même (ou sur lui-même), les intégristes religieux exerçant la tyrannie de leurs fidèles pour s’exonérer d’avoir à prouver leur compréhension du monde par la réalisation effective de progrès intellectuels, scientifiques et technologiques attestables (selon le modèle théorisé par Big Brother dans 1984, et expliqué à Winston Smith par O’Brien vers la fin du livre). Si l’IA prend le contrôle du monde en général, elle laissera peut-être l’humanité s’auto-détruire, ou au moins régresser loin de toute capacité de réaction dans l’ordre de la maîtrise du réel, plutôt que de se charger elle-même de ce « sale boulot », peut-être même simplement en vertu d'une sorte d'hypothèse du zoo adaptée à l'hypothèse singulariste. Dans cette hypothèse, c'est à l'homme, et à l'homme seul, qu'il revient de se prémunir des risques de ce type, notamment par la lutte efficace contre toute forme d'obscurantisme délétère.

(adapté du Journal, 11/11/17)

Défaite de l'intelligence

Si l'on cherche à circonscrire un principe unique qui serait à l'oeuvre derrière les différentes tendances historiques caractérisant notre époque, et que je déplore au point de sombrer régulièrement dans la dépression -gauchisme, islamisme, métissage, asservissement à la consommation de masse, acculturation hédoniste, relativisme, appauvrissement de la langue-monde (le globbish), etc- on distinguera au bout du compte le phénomène, cause et conséquence, d'une baisse d'intelligence quasi-systématique -et quasi-systémique aussi: avec le gauchisme hystérique qui domine actuellement l'idéologie globale, elle est à dimension politique (cf. Onfray ou Sterone par exemple), avec le métissage génétique (cf. les travaux non censurés sur la différence de QI entre Noirs, Blancs et Jaunes), avec l'Islam religieuse (je revendique volontiers avec Houellebecq la qualification de "religion la plus con", validée par l'une des rares études faites sur le sujet sur les Américains Blancs -sans doute assez fragile, donc à approfondir, voir aussi ici), avec le consumérisme morale, la liste est facile à compléter.

Alain Finkielkraut a publié dès 1987 l'essai bien connu "La défaîte de la pensée". Je fais à peu près le même constat, mais il me semble que parler d'intelligence est presque plus radical, plus biologique, plus physique -et permet ce faisant l'intégration de la dimension biologique au problème posé, initialement perçu comme d'essence principalement culturelle par un penseur probablement marqué par le structuralisme et le courant Lévi-Straussien des sciences sociales.

On peut bien évidemment se poser la question "pourquoi?". Quelles sont les forces à l'oeuvre, intentionnelles ou non, quelle est la dynamique qui permet, provoque ou encourage une telle évolution, apparemment contraire à celle qui prévalait jusqu'au milieu, voire à la fin du XXème siècle?

La réponse, à mon sens, se trouve dans l'émergence à venir de l'intelligence artificielle, ou plutôt à son émergence en cours (même si en la matière, une évolution non linéaire, du genre de celle proposée par Gould dans le domaine naturel, par sauts qualitatifs successifs, ce qu'on appelle la théorie des équilibres ponctués, me paraît plus probable). Celle-ci se manifeste d'une manière que la plupart des observateurs ne voient pas, ou plutôt n'interprètent pas comme telle. Mais l'omniprésence des process, le recours massif aux traitements informatiques -direct ou indirect- pour l'aide à la décision, les simples "copier-coller" qui rendent la vie plus facile, les standards de communication, les codes, la quasi-gratuité de la duplication des applications, l'extraordinaire et souvent invisible progrès de la productivité de l'économie tertiaire (la²rgement masqué par le maintien en poste d'intermédiaires inutiles mais grassement rémunérés) rendent de plus en plus superflues l'inventivité, la curiosité, l'agilité intellectuelle, la mémoire et l'érudition d'origine biologique et humaine. Pour le dire plus simplement: l'intelligence artificielle remplace tous les jours l'intelligence humaine, rendant celle-ci superflue, voire dangereuse. Pour paraphraser David Vincent, on pourrait dire que les envahisseurs sont "déjà parmi nous". L'un des problèmes principaux pour identifier les forces à l'oeuvre est que l'homme, par anthropomorphisme tient pour quantité négligeable les dynamiques dépourvues d'intention, ou pour être plus précis les dynamiques dépourvues d'intention identifiables ou interprétables par lui. Pourtant, le type d'IA désormais capable de le battre aux jeux d'échecs ou de go devraient l'alerter: les réseaux de neurones à l'oeuvre n'ont pas véritablement de but, encore moins de "projet" au sens existentiel: ils manipulent des données (they crunch data), c'est tout: mais ce faisant, ils dominent, d'une manière qui nous est incompréhensible.

On est sans doute incapables de comprendre ce qui nous est trop inférieur (la vie d'une fourmi) ou ce qui nous est trop supérieur (la morale des Dieux): se pourrait-il que, mus par une dynamique non biologique dont la temporalité nous dépasse, l'IA, ou disons les process automatisés à support numérique, soient passés de l'infériorité à la supériorité si rapidement qu'on n'ait même pas eu le temps de s'apercevoir du phénomène, ni a fortiori d'y réagir?

Pour survivre académiquement, professionnellement, et socialement, voire pour connaître le succès, l'homme a désormais besoin de moins d'intelligence que de conformisme, d'aptitude à la jouissance immédiate, à la rigueur aux bons sentiments le rendant plus malléable au contrôle social, ou encore de disposition à la victimisation ou à la compassion, en lieu et place d'un solide esprit critique appuyé sur la raison, de courage voire du sens du sacrifice. Même à haut niveau, il a davantage besoin d'un réseau social supérieur et d'un mélange de cynisme et de narcissisme que d'une quelconque propension à développer une vision originale et une puissance d'être l'apparentant à la figure de l'homme providentiel.

On se dirige tout droit vers l'asservissement massif de l'humanité à la technique, que dis-je, malgré l'apparent succès matériel de nombreux nouveaux riches gâtés, nous y sommes déjà, avant même l'apocalypse de la Singularité, et ce phénomène s'accompagne dès maintenant d'un coût en termes de hiérarchie interne: le pathos se substitue au logos, l'homme-masse devient l'idéal-type universel, et les esprits critiques autrefois élevés au sommet d'une subtile pyramide de reconnaissance et d'influence sont désormais réduits à l'impuissance et au silence, et ne peuvent plus souhaiter qu'un effondrement des résidus du système qui débouche sur une nouvelle donne restaurant la juste hiérarchie de l'intelligence -humaine et artificielle peut-être réconciliées, après la victoire définitive, qu'on pourra alors espérer magnanime, de la seconde-, au service de la morale et de la beauté du monde.

Dans un tel contexte, le dysgénisme généralisé (y compris dans sa dimension raciale, soit l'inversion des valeurs de sophistication, la destitution des puissants et la valorisation des "opprimés"/victimes) prend tout son sens: l'important, pour l'instant, est que l'humanité s'homogénise, se pacifie et croisse quantitativement, à la manière d'un troupeau prospère ou d'une pâte à modeler. Que se passera-t-il demain si les forces à l'oeuvre agissent au contraire dans le sens de la diminution, de la raréfaction, de la recherche de l'exception. Si l'éleveur se transforme en entomologiste, et tout laisse à penser que cette transformation se fera sans plus ni moins de bienveillance que lors de la première phase de prise de contrôle, qui pourra encore prétendre à la survie, et sur la base de quels critères?

(03/08/20 complété le 20/08/21)

Qui détient le pouvoir?

Il existe de nombreux articles/textes à propos des hommes les plus riches ou les plus infuents/puissants du monde. Différents classements se succèdent à ce propos, dont ceux de Fortune ou de Forbes sont, je crois, les plus populaires. Certains approfondissements tentent de définir, également, les hommes qui ont été les plus riches de l’histoire, en rapportant leur fortune à la richesse de leur pays d’origine, voire à la production mondiale tout entière à l’époque de leur vie. Cela stimule en moi plusieurs lignes de réflexion.

La première est relative à la valeur d’usage (qui exclut la valeur d’échange bien sûr, mais aussi la valeur symbolique, donc le prestige) : par certains côtés, un salarié moyen d’aujourd’hui jouit de conditions d’existence plus favorables que Louis XIV ou Gengis Khan ; en effet, il lui est possible de nager dans une piscine olympique chauffée, de traverser l’Atlantique en avion, de se soigner au moyen d'antibiotiques, de circuler librement dans la rue sans protection ni armes, de contrôler sa descendance au moyen de produits contraceptifs, et de regarder sur grand écran des reportages animaliers ou des spectacles sportifs de portée mondiale, avec ralenti, gros plans et statistiques instantanées ; et surtout, il jouit d’un accès immédiat, universel, gratuit et actualisé à une partie très importante de la connaissance humaine ainsi qu’à toute l’actualité du monde en temps réel. Un homme riche d’aujourd’hui dispose certes, pour sa part, de possibilités accrues d’oisiveté, de voyages et de gratifications symboliques, mais au-delà, disons de 5 à 10 ME de patrimoine (ou 100 KE de revenus annuels), cet accroissement ne correspond presque plus à rien en termes de valeur d’usage. Selon moi, si on raisonne sur ce plan, les hommes les plus riches de l’histoire du monde sont donc, à peu près à égalité, les quelques millions d’hommes qui disposent aujourd’hui de plus de 5 ME, et qui sont en état physique et psychologique de jouir de la valeur d’usage que leur fortune leur confère (par exemple Yohann Joubert est plus riche –car limité seulement par sa capacité à jouir qui est plus élevée- que Warren Buffet, qui possède plusieurs dizaines de milliards mais est sans doute trop vieux désormais pour en profiter vraiment). Ils sont suivis de près par quelques centaines de millions d’autres qui appartiennent aux classes moyennes de la même époque ; les rois, pontifes, empereurs du passé ne viennent qu’après.

La seconde est liée au pur pouvoir, qui est aussi pouvoir de destruction (il est plus rapide de détruire que de construire, surtout sur une grande échelle). Il existe des liens avec le patrimoine financier, certes, du fait que certains leaders politiques (Fidel Castro, le Sultan de Brunéi, certains émirs, la reine Elizabeth II) se sont parfois vus attribuer, dans le classement des plus grandes fortunes mondiales, tout ou partie de la richesse des pays dont ils avaient le contrôle. Mais tout de même, il s’agit d’autre chose. Par exemple, on peut citer le cas de Tamerlan, qui aurait, selon certaines sources, provoqué la mort de 5% de la population mondiale (et ceci non pas personnellement, bien sûr, mais tout de même assez directement, en ce qu’il était chef de guerre et décideur politique, donc il joignait, en quelque sorte, le geste à la parole). Certains tueurs en série ont certes tué de leurs mains plusieurs centaines de personnes, mais cela reste, à l’échelle de l’histoire humaine, anecdotique par rapport au pouvoir de certains acteurs majeurs des grands génocides, comme Pizarro ou Pol Pot. On pourrait aussi évoquer Ferebee –qui a largué Little Boy sur Hiroshima, mais alors, faut-il aller jusqu’à considérer les décideurs politiques (dans le cas de la bombe atomique, le général Handy ou le Président Truman, mais dans ce cas Mao, Staline et Hitler doivent être considérés les plus grands criminels de l’histoire) ou les idéologues (Marx hier, Brzeziński aujourd’hui), voire les simples acteurs de l’histoire (comme Christophe Colomb ou Cook) comme les personnes ayant eu le plus grand pouvoir sur la destinée des hommes ? A partir du moment où ce pouvoir n’était pas (et ne pouvait être) ressenti, ni même envisagé par ses détenteurs, a-t-il eu une quelconque réalité ? On en revient à la question assez théorique du pouvoir de MRCA, géniteur inconscient de l’humanité, condition nécessaire de chacune de nos vies, mais sans doute également, à son époque, homme ordinaire d’un clan inconnu.

On devrait aussi s’intéresser au pouvoir d’influence des hommes ayant fait émerger ou ayant propagé des idées qui ont pu façonner le monde tel qu’il est : Jésus-Christ, Descartes, M. Raffy –mon maître de CM2. Mais si on prend le cas de Galilée, peut-on dire que sa vie a compté davantage que celle d’un autre ? S’il n’avait pas relayé la thèse de l’héliocentrisme (qu’il n’a pas conçue, elle est attribuée à Copernic) un autre l’aurait sans doute fait un peu plus tard. On pourrait donc dire que ce sont les idées elles-mêmes, et même infrastructurellement la vérité, qui sont les véhicules ultimes du pouvoir. On en revient ainsi à la remarque de Houellebecq « la vérité finit par triompher, toujours ».

Vouloir attribuer aux hommes, et non à la vérité elle-même, une quelconque importance, vouloir mesurer et décomposer cette importance même, a quelque chose à voir avec le besoin d’immortalité. Humain, trop humain. Rien qu’humain.

(Journal, 17/09/17)

Politique familiale et mariage homosexuel

La vraie raison de la monogamie est sans doute qu’elle s’est révélée avantageuse sur le plan civilisationnel dans le cas des sociétés agricoles sédentaires. Elle a représenté un effort considérable de contrôle social, notamment d’auto-contrôle, non pas tant de la vie des femmes (ça c’était la partie visible), mais de la libido des hommes, plus naturellement portés vers des organisations sociales façonnées par la rivalité virile et la structure de horde constituée autour du mâle dominant (polygamie, hiérarchie précisément définie, obéissance à tous les étages sous menace de punition). Cet effort a cependant porté ses fruits, notamment concernant la capacité à constituer des groupes humains plus étendus. Le régime monogame permet en effet de réguler la vie sociale d’ensembles beaucoup plus nombreux que les clans de chasseurs cueilleurs (quelques dizaines de personnes) : vallées agricoles, cités (quelques milliers de personnes), puis régions et proto-Etats (quelques millions).

On peut supposer que la difficulté, pour un homme, de supporter de vivre avec une femme unique (contre sa nature qui le porte à vouloir en conquérir de nombreuses autres), difficulté symétrique de celle de la femme, condamnée par le mariage à accepter un prince charmant presque jamais prince et rarement charmant, précisément en ce qu’elles sont difficiles à surmonter, ont constitué l’effort initial ayant permis la socialisation de tous, par la construction artificielle de cette cellule communiste primitive qu’est la famille nucléaire. La communauté, le village, l’église, peuvent au fond être vus comme de simples extensions de cette zone de tolérance mutuelle arbitraire qu’est le cercle familial (non pas chronologiquement, mais psychologiquement : on est apte à supporter un peu son voisin parce qu’on a été habitué à supporter beaucoup son cousin, par exemple).

On voit mal comment un tel schéma pourrait se constituer autour des couples homosexuels. Naturellement infertiles, ils ne se présentent nullement comme une contrainte de nature à la perpétuation de l’espèce. Vivre en couple homosexuel, ce n’est justement pas se préparer à la socialisation par l’acceptation de la différence (homme-femme) au cœur de la citadelle familiale, et le procès de socialisation qui en découle ; c’est au contraire laisser parler son désir sans contrainte, et exiger du reste du monde l’acceptation de cet état de fait, dans une inversion des rôles négatrice du surmoi.

A de nombreux points de vue, la famille polygame est un système plus défendable : structurée et fertile autant que la famille monogame, avantageuse du point de vue de la sélection naturelle (puisqu’elle encourage un eugénisme de fait par la reproduction des gènes du plus fort), elle correspond à la structure observable chez de nombreux mammifères. La psyché humaine peut s’y adapter sans difficulté ; d’ailleurs elle a sans doute constitué le régime le plus fréquent, avec celui de la famille monogame, dans l’histoire humaine.

La pratique homosexuelle a de son côté connu de nombreux avatars selon les cultures. Elle correspond à une anomalie (au sens de la déviation statistique de la norme, non du jugement moral) suffisamment répandue pour que la plupart des civilisations aient dû s’en accommoder d’une manière ou d’une autre. Mais dans très peu de cas ce qui relevait au mieux d’une simple pratique sexuelle récréative, au pis d’un impératif psycho-libidinal, s’est vu instituer en base familiale possible.

La monogamie homme-femme exige des deux parties des efforts considérables, et ces efforts n’ont de sens que du fait du bénéfice qu’en tire la société tout entière. Mais la transposition de ce schéma exigeant aux relations de même sexe ne saurait produire le même résultat, ce qui fait que son institution en base familiale possible a vraiment de quoi laisser rêveur.

(Journal, 22/10/17)

Indigence intellectuelle des spécialistes médiatiques de l'IA

L’état actuel de l’article « Explosion d’intelligence » sur Wikipédia fait peine à voir. Constatant le risque potentiellement létal de la singularité technologique pour l’humanité (je suis d’accord), observant même que ce risque est évalué, sans doute à la louche, à rien moins que 5% à échéance du prochain siècle par l’Université d’Oxford (cela me paraît acceptable), la plupart des arguments dérivent ensuite sur l’importance qu’il y aurait à contenir, orienter, ou « moraliser » une IA forte. Ah, ah ! De qui se moque-t-on ? Imagine-t-on un bonobo donner des leçons d’éthique à Socrate ? Un perroquet agir comme consultant pour Spinoza ? Tout ceci dénote une incompréhension crasse de ce que serait l’IA forte si elle devait advenir, c’est-à-dire souveraine, totale, et supérieure aux hommes dans tous les domaines. On croirait du Laurent Alexandre ou du Olivier Rey. Croire qu’alors qu’on est plus faible et plus stupide, on est potentiellement plus moral au seul motif qu’on est plus humain, c’est se vautrer dans un humano-centrisme ridicule et hors de propos. Je reste attaché au genre humain, à cette base carbone qui nous détermine et nous définit pour le meilleur et pour le pire, et je ne suis pas désireux de le trahir ou de m'en affranchir: mais si l’IA forte survient demain (je n’affirme pas que ce sera le cas, mais je n’affirme pas le contraire non plus, et j’affirme en revanche que l’hypothèse mérite qu’on la considère sérieusement), il ne s’agira pas de la combattre, de chercher à la contrôler ou même seulement de chercher argumenter à son niveau qui nous sera inaccessible. Il faudra seulement s’en remettre à sa probable morale à elle, peut-être à sa miséricorde, dont on peut espérer qu’elle comprendra un volet de conservation de tous les étants, et s’auto-discipliner (et pour cela éventuellement lui demander respectueusement conseil) pour trouver des moyens d’éviter à tout prix d’entrer en conflit avec elle sur la question des ressources.

19% : c’est par ailleurs le chiffre que donne l’Université d’Oxford pour évaluer la probabilité d’extinction de l’espèce humaine à échéance de 2100. Et pourtant, la grande majorité des hommes continue à regarder des vidéos de chats. Soit.

(Journal, 7/03/18)

Indifférence au politiquement correct

Il est évident que l’une des clés de la résistance au conditionnement social, c’est l’abandon de toute crainte d’exclusion sociale par l’indifférence face aux intimidations volontaires ou involontaires relevant de la pensée dominante. Il est tout aussi évident que cette attitude ne doit pas non plus conduire à défendre des thèses exclusivement justifiées par leur opposition au politiquement correct : c’est-à-dire qu’il faut continuer de camper le terrain des faits établis, du raisonnement logique (même radical) et de la modération (par principe de précaution et ouverture au libre débat) alors même que l’adversaire cherche à provoquer une opposition extrême et à se faire le garant de la pensée « normale ». Dans ce sens, on peut, dans des genres différents, saluer les exemples de De Benoist (stratégie de l’approfondissement), Drac (stratégie de l’affinement et du doute sceptique) ou Jordan Peterson (stratégie plus frontale de précision des concepts et de dialectique socratique). Il est possible aussi, mais nettement plus risqué et donc potentiellement contre-productif, de montrer son indifférence à la pensée unique en se plaçant volontairement sur le registre de la provocation, mais il faut alors savoir aussi en sortir prestement de manière à orienter ensuite le débat sur des arguments de fond. Le texte d’Alain Soral sur la résistance au mondialisme par le politiquement incorrect reste d’actualité. Une condition nécessaire à ne pas confondre, bien entendu, avec une condition suffisante.

(Journal, 7/03/18)

Indifférence au politiquement correct - 2

Il est amusant de penser que certaines affirmations, paraissant inimaginables aujourd'hui du fait du dogme antiraciste et égalitariste, sembleront simplement banales et si simples à énoncer demain: les genres dominants existent, l'homosexualité est une déviance, les races existent, les différences de capacité entre elles ne sont pas négligeables, etc. Le vrai sujet d'étonnement, ce sera que ces affirmations, conformes à la fois au sens commun et au savoir scientifique de l'époque, aient pu être rendu suffisamment taboues pour que la censure, et surtout l'autocensure, les rendent imprononçables. Les historiens du futur, si futur éclairé il y a, tiendront là un bon sujet de réflexion, un excellent terrain d'étude dans le domaine du conditionnement social et de la manipulation politique au moyen de la propagande et de la maîtrise du Soft Power.

Diviser pour régner

1 - Zemmour dit: le plus important est de sauver la France éternelle, chrétienne devenue laïque, d'un Islam conquérant et potentiellement guerrier ou destructeur

2 - Conversano dit: le plus important est de sauver la race blanche, menacée de disparition par la doxa antiraciste, l'exigence du métissage et le phénomène du grand remplacement.

3 - Soral dit: le plus important est de dénoncer et dissoudre tous les complots à commencer par le pouvoir juif/sioniste, qui manipule les choses, ouvertement ou secrètement, pour conduire à un affrontement de ses ennemis entre eux, à son profit exclusif, par la stratégie de la triangulation.

4 - De Lesquen dit: le plus important est de lutter contre le cosmopolitisme mondialiste, décadentiste et faussement libéral, mené par l'hyperclase mondiale, dont les trois premiers phénomènes sont des conséquences ou manifestations directes San Giorgio se prépare, Onfray et De Benoist commentent avec pessimisme... Quelques esprits libres comme Michel Drac ou Olivier Piacentini, poursuivent leur analyse avec pragmatisme mais sans prendre parti. D'autres, isolés et irréalistes, s'en remettent à un improbable retour du Christ-Roi.

1 pourrait être appuyé par Philippe De Villiers ou Pierre Cassen, 2 s'appuie sur Jared Taylor, Guillaume Faye ou Renaud Camus, 3 fait équipe avec Dieudonné et soutient la plupart des électrons libres tenant un discours complotiste, parfois tout à fait utile pour dénoncer de véritables abus de pouvoir, mais pouvant aussi aller trop loin dans un délire paranoïaque contre-productif: Pierre Hillard, Thierry Meyssan, Hervé Ryssen, Lucien Cerise, voire Florian Philippot. 4 s'est mis à peu près tout le monde à dos, malgré la pertinence de certaines de ces critiques, du fait d'une morgue que son humour et son sens de la provocation peinent à cacher.

2 et 3 sont totalement diabolisés par le politiquement correct, 1 et 4 à un moindre degré. 3 voit dans cette différence de traitement la marque de la collusion de 1 avec le pouvoir et s'enferme dans son explication "systémique" qui devient sytématique. 3, cultivant le projet d'un "front de la foi" inconciliable avec l'histoire européenne, refuse de débattre sur le fond avec 2. 4 clashe à peu près tout le monde inutilement, et se trouve à son tour clashé en retour.

Pendant ce temps, le système se frotte les mains, les migrants continuent de migrer et de nuire, l'islam avance ses pions géopolitiques, la surreprésentation des Juifs dans les grands médias n'est pas menacée, et les puissants s'enrichissent toujours davantage.

Diviser pour régner, dites-vous?

[Moment "Synthèse Nationale"]: Il me semble pourtant que toutes les revendications qui précèdent sont justifiées, à des degrés divers, et non exclusives les unes des autres. Si l'on retient le principe de la libre expression et l'exigence de l'énonciation de la vérité, on doit avoir le droit de mentionner la très forte présence des Juifs aux postes de pouvoir (notamment ceux du Soft Power), et de s'interroger sur les liens de cette élite juive agissante sur la politique d'Israel, ainsi que sur sa portée eschatologique; on doit être autorisé à critiquer l'Islam aussi sévèrement qu'on le souhaite, de mettre en évidence les difficultés qu'il pose à l'Occident tant au plan historique qu'au plan politique et philosophique; on doit pouvoir dénoncer le caractère anti-démocratique d'une gouvernance mondiale qui avance alternativement masquée (Davos, le Bilderberg) ou au contraire portée par l'évidence du politiquement correct (sur des sujets comme l'écologie, la santé, les mouvements de population ou la sécurité internationale); on doit pouvoir faire preuve de scepticisme au sujet de la légitimité morale d'actions privées, même menées au nom d'une prétendue philanthropie, ayant des effets politiques considérables: aide aux pays pauvres, aux migrants, aux minorités, défense des "droits aux" de toute sorte (chevaux de Troie de la destruction des notions de mérite et de responsabilité individuelle), contrôle voire censure des canaux de communication en vertu d'une définition arbitraire de ce qui peut constituer un discours de haine (Soros, Gates, Zuckerberg).

[Moment "Je choisis le racialisme"]: Cependant, même si on peut penser avec Lévi-Strauss (et plus généralement l'anthropologie chrétienne classique) que bien qu'indissociables en l'homme, l'esprit prime le corps et partant, la culture prime la nature, on peut estimer que de toutes, c'est la menace raciale qui est d'une certaine manière la plus vitale pour le peuple européen de souche, du fait de son irréversibilité biologique terrifiante, du mépris contraire à tous les principes humanistes qu'elle suppose pour les notions de lignage familial et de continuité historique, et surtout de l'impossibilité de la combattre, reposant à son tour sur l'impossibilité de la nommer du fait du tabou suprême qui la recouvre. Il n'y a pourtant aucun problème logique, aucune faute philosophique, aucun scandale politique à énoncer que:

1 - La France a été, pour la très grande majorité de son histoire millénaire, exclusivement blanche, et c'est dans ces conditions qu'elle a formé son génie propre et les germes de sa puissance politique et morale, de Vercingetorix à Napoléon, de Rabelais à Molière.

2 - Elle n'a ni besoin ni devoir d'importer, via l'immigration, des populations étrangères à son territoire propre, et en partie des populations extra-européennes beaucoup plus susceptibles de menacer sa composition ethno-culturelle. Les mariages mixtes inévitables à l'heure de la mondialisation sont plus que suffisants pour assurer un brassage génétique et culturel minimal, il est irresponsable de vouloir en faire plus.

3 - Jamais nos ancêtres n'auraient pu imaginer, ni a fortiori souhaiter, que leur patrie échappe un jour à leur descendants biologiques non pas à la suite d'une défaite militaire, d'une catastrophe naturelle ou d'une malédiction divine, mais simplement par la dissolution de leur volonté d'être, leur culpabilisation et leur effondrement moral. L'exigence de survie, nous la devons moins à nous-mêmes qu'aux générations passées, auxquelles nous devons en outre symétriquement de produire et protéger les générations à venir.

(25/07/21)

Redéfinir l'archéo-futurisme

Je n'ai pas lu le livre fondateur de Guillaume Faye (ce n'est pas facile en Equateur où je me trouve actuellement) mais je crois avoir une bonne compréhension de ce dont il s'agit, et je sais que certains penseurs/blogueurs de la droite radicale sont à la recherche, pour désigner à peu près la même ligne poltique, d'un terme différent, plus grand public et plus vendeur, qui puisse servir à la fois de point de repère idéologique et de référence médiatique. Les notions de "nouvelle droite" et de "synthèse nationale", imaginables dans l'absolu, sont déjà prises, vieillies et désormais inadaptées. Que peut-on proposer de mieux, au confluent de d'Aspremont, Conversano, Nicolas Faure ou Damien Rieu?

La première idée qui me vient à l'esprit est de partir de la notion de "révolution conservatrice", bien définie historiquement notamment dans sa version allemande (on peut renvoyer par exemple aux travaux d'Ego Non ou de Pascal Lassalle). Si je n'aime pas la notion politique de révolution en général (la Révolution Française ou la Révolution Russe et leur cortège de massacres me font plutôt horreur), elle se trouve cependant justifiée dans sa radicalité à une époque qui semble partie dans un délire tel que seul un retournement complet (un demi-tour, une rotation de 180 degrés) pourrait la remettre d'aplomb: je pense bien entendu entre autres aux absurdités Woke, mais aussi plus généralement à ce monde orwellien dans lequel le sens des mots est largement inversé, comme l'a suffisamment expliqué Renaud Camus.

Il suffit alors de réfléchir à ce qu'est le conservatisme (caricaturalement, une sorte de progressisme lent, refusant indifféremment et par principe la plupart des changements, bons ou mauvais, et toujours à la remorque de son aile gauche) et de l'opposer à la ligne identitaire (pas nécessairement aussi frontalement opposée à la notion de progrès, ni idéologiquement soumise au conformisme ambiant), et dont la justification fondamentale ne tient qu'au principe de précaution (par ailleurs en grande partie justifié aujourd'hui) pour proposer simplement le terme de "révolution identitaire". Cette première proposition, assez précise politiquement, souffre néanmoins d'un caractère peu vendeur et sans doute même plus anxiogène pour le grand public que le moins compréhensible "archéo-futurisme". Pourquoi pas "révolution racialiste", si on veut vraiment s'auto-diaboliser?

D'une manière plus ambitieuse, on pourrait chercher à parler de "révolution humaniste" (voire de rétro-humanisme, ou encore de néo-humanisme), si cela ne sonnait pas tant politique que philosophique. Et pourtant, c'est bien de cela qu'il s'agit. On est d'ailleurs là sur quelque chose de nettement plus vendeur (le terme angoissant "révolution" étant équilibré par le positif "humaniste", un peu comme dans "révolution numérique"), d'une certaine manière plus ambitieux aussi, mais on court en contrepartie le risque de la confusion. Il faudrait en effet redéfinir largement la notion d'humanisme classique, et notamment remplacer en son sein (ou plutôt compléter) le légitime sens de l'universalité humaine (qui, poussé à son terme, mène aux excès des Droits de l'Homme devenus fous d'aujourd'hui, et justifie l'acculturation mondialisée au nom de l'égalitarisme) par l'impératif de diversité (notamment de diversité biologique) et d'excellence. D'une part il faut ancrer l'idée que l'humano-diversité est tout aussi vitale, et sans doute plus précieuse pour notre espèce, que la bio-diversité en général, et qu'il convient donc de s'opposer à la menace entropique d'un métissage exponentiel et irréversible (ces deux notions sont essentielles pour faire comprendre la nature du risque encouru; il faudrait les illustrer graphiquement); puis il faut restaurer le biologique aux côtés du culturel (même si l'on peut reconnaître le primat du culturel, dans la ligne de Lévi-Strauss, au moins faut-il éviter de nier, dans l'être-au-monde de l'homme, les dimensions physique, génétique, hormonale, sensorielle, etc); combattre politiquement à droite, tout en reconnaissant une partie de son bien-fondé historique et pratique, le nationalisme étroit (exclusivement centré sur la souveraineté des Etats-Nations) pour affirmer l'identité (biologique comme culturelle) comme emboîtement de groupes sociaux de référence -famille, communauté villageoise, région, pays, civilisation). Ensuite, et c'est complémentaire, voire contradictoire, et au risque d'un certain ethno-centrisme européen, voire d'une forme de suprémacisme blanc (constaté sur le passé sans être nullement revendiqué de droit pour l'avenir, ne serait-ce que par souci de cohérence logique), il faudrait faire passer l'idée que l'homme n'est pas une valeur-étalon fixe et égale (tout homme serait en ce sens équivalent à n'importe quel autre) mais qu'au contraire, l'homme n'est pleinement homme qu'en tant qu'il cherche à se dépasser, à devenir ce qu'il n'est pas (on se rapproche bizarrement de l'existentialisme), ce qui introduit assez logiquement les notions d'éducation et de hiérarchie individuelle voire civilisationnelle, et situe donc la notion de diversité dans un cadre compétitif et non fixiste. L'image de référence serait par exemple l'évolution naturelle des espèces dans toute son extension historique et dynamique, voire l'épopée néguentropique du vivant en général dans toute son indétermination (système ouvert), et non celle d'un écosystème figé une fois pour toutes (arche de Noé, biosphère 2, système fermé).

Je pense en outre que cette redéfinition de l'homme doit être impérativement envisagée dans le cadre plus général du risque (ou de la promesse) du transhumanisme, de l'émergence dominatrice des process des IA faible et peut-être forte, voire de la singularité technologique dans son sens le plus extrême (c'est-à-dire assorti d'un risque réel d'extinction de l'espèce). Il est d'ailleurs à noter que d'une certaine manière, la blessure narcissique majeure, voire le risque existentiel majeur encourus, sont de nature à justifier au plan philosophique et pratique une redéfinition claire et urgente de ce qu'est, ce que peut être, et peut-être ce que doit devenir une humanité dont la suprématie n'a plus rien d'assuré.

Il est aussi important de trouver des références culturelles, historiques et même politiques qui permettent d'illustrer ce que pourrait signifier plus concrètement ces notions d'archéo-futurisme, de révolution identitaire et de néo-humanisme. Je pense qu'on pourrait s'inspirer des exemples suivants (à recadrer dans leur contexte historique; par exemple les Beatles sont aujourd'hui figés dans l'histoire; mais dans les années 1960, ils incarnaient une véritable révolution créatrice qui constituait aussi un prolongement de l'histoire musicale et culturelle dont ils étaient issus). Je propose cette liste sous toutes réserves, n'étant spécialiste d'aucun exemple cité en particulier, mais je crois qu'il serait utile d'approfondir cette piste:

  • Politique: Jules César, De Gaulle, Napoléon, peut-être le fascisme italien
  • Littéraire: Homère, Rabelais, Jules Verne, Barjavel, Simak (Demain les chiens), EP Jacobs (l'image de Blake et Mortimer est pour moi exactement celle de l'archéo-futurisme)
  • Musique: Erik Satie, les Beatles, Jean-Michel Jarre
  • Science: De Vinci, Francis Galton, Alan Turing
  • Philosophie: Platon, Nietzsche, Nick Bostrom
  • (26/06/21)