Réflexions métaphysiques, théologiques et religieuses
(Emmanuel Dion, 1990-2020, en cours d'agrégation)

Extraits de journal et textes divers visant à clarifier, améliorer la représentation et évaluer la vraisemblance de la plupart des options métaphysiques usuelles et imaginables

Défense du néo-paganisme

L’un des arguments principaux qui peut aider à soutenir la thèse des identitaires européens néo-païens, c’est que même si on peut admettre l’évidente consubstantialité de l’histoire européenne et du christianisme, on peut aussi regretter ce mariage peut-être contre nature, et observer que de Rome aux Lumières, le long épisode chrétien, correspondant sur la plus grande partie de la période concernée avec un Moyen-Âge qu’on peut, au mieux, considérer comme une période de latence, a correspondu à des conditions de vie pénibles et été dominé par une Weltanschauung certes pas encore désenchantée, mais en même temps largement teintée d’obscurantisme (ce qui revient peut-être un peu au même il est vrai).

Quant à moi, si c’était à refaire, je serais volontiers preneur d’une uchronie faisant totalement abstraction de ces monothéismes sémitiques porteurs de pathos et d’intolérance. Judaïsme, christianisme, islam : certes, à tout prendre, je préfère le second, plus universel et potentiellement allégorique, ou à la rigueur le premier, dont la nocivité est contenue par son application strictement limitée au « peuple élu ». Mais dans l’ensemble, qu’avons-nous eu à gagner de ces dogmatismes violents et/ou victimaires et/ou prétentieux ne proposant aux fidèles ni le souffle épique et libertaire des polythéismes dionysiaques, ni la puissance opératoire du culte de la raison, ouvrant la voie à la science et au progrès ?

(Journal, 29/09/18)

Axe factoriel principal des postures métaphysiques possibles

Si on se limite à une représentation à un seul axe, la grande césure se place à mon point de ve entre déisme et théisme, du fait du caractère central de la question de la révélation, selon le schéma suivant (du moins au plus « croyant » aux dogmes) :
Athéisme – Agnosticisme – (Pan-)Déisme – Panthéisme [révélation continue] // [révélation particulière, multiple ou ponctuelle] - Polythéisme – Monothéisme

(Journal, 12/10/17)

Dysgénisme religieux

Il faudrait étendre la notion de dysgénisme au domaine culturel, et plus particulièrement religieux, en montrant par des chaînes de Markov envisagées dans un contexte mémétique que ce sont les religions les plus [stupides ou nocives] qui sont amenées à dominer lorsqu’un certain nombre de conditions sont réunies (tolérance généralisée, [inversion de la notion de mérite], etc).

(Journal, 5/11/17)

Le pari de Pascal appliqué à l'hypothèse singulariste

Au début de l’affrontement entre le monothéisme traditionnel (adossé à sa promesse de vie éternelle) et la science moderne (qui allait mener à la sécularisation des modes de vie), Blaise Pascal proposa son célèbre pari incitant à prendre le parti de Dieu, pour d’obscures raisons de probabilités qui ne tiennent pas l’examen si on les prend au premier degré (puisque le bonheur terrestre est considéré par hypothèse comme nul par rapport au bonheur paradisiaque, alors qu’il est en fait la mesure de toute chose si le paradis n’existe pas ; bref les notions de comensurabilité et d’infinis y sont utilisées à des fins rhétoriques plus que dans une approche véritablement acceptable d’un point de vue rationnel).

Autant le pari de Pascal en lui-même est-il discutable, autant on peut cependant s’en inspirer aujourd’hui de deux manières différentes et complémentaires :
a) Pour discréditer les grandes religions révélées historiques (judaïsme, christianisme, islam)
b) Pour attirer l’attention sur le transhumanisme

Le discrédit des grandes religions est à mon avis toujours utile, non pas tant par anticléricalisme ou anti-conservatisme de principe que dans une perspective de promotion de la vérité. Cette entreprise devrait d’ailleurs en fait bénéficier à l’identité française en nuisant principalement à l’Islam, qui est parmi les trois religions du Livre, du fait du dogme de l’inimitabilité du Coran, celle qui peut le plus difficilement tolérer le passage à une lecture métaphorique d’une part, au processus de sécularisation d’autre part. Dans une perspective identitaire française et européenne, une telle conséquence ne serait donc pas une mauvaise chose, et j’estime d’ailleurs personnellement, au contraire des conservateurs catholiques (dont le modèle grand public est Philippe de Villiers), que l’identité française (faite d’insoumission, d’inventivité, de panache et de vanité) doit tout autant aux Gaulois païens, aux philosophes déistes des Lumières, et aux hussards noirs de la République laïques qu’aux Rois de France et aux papes d’Avignon (et en tout cas presque rien à l’Islam ou aux religions d’extrême-orient).

Or, un syllogisme analogue à celui du pari de Pascal est possible avec les grandes religions révélées, pour illustrer la probabilité de leur illégitimité. Ce syllogisme est extrêmement simple. Il consiste (1) d’abord à constater qu’il a toujours existé, de par le monde, des individus se prétendant représentants de Dieu, ou des Dieux. Manipulateurs cyniques ou illuminés sincères, menaçants ou charmeurs, solitaires ou chefs de bandes, ridicules ou charismatiques, réformistes ou révolutionnaires, il y eut toutes sortes de sorciers, de gourous ou de chamanes s’auto-proclamant ou se faisant reconnaître comme prophètes, prêtres, mediums ou messies, en tout cas d’une manière ou d’une autre messagers ou interprètes de l’au-delà. C’est une simple question de pathologie mentale : un petit tour dans les asiles psychiatriques de France permettrait sans doute de trouver au minimum une centaine d’aliénés habités de visions ou prétendant entendre des voix célestes, et parmi eux une dizaine convaincus d’être détenteurs d’un message divin unique et essentiel. Par extension, sur le nombre de générations, de pays et de cultures que recouvre l’histoire des sociétés humaines depuis le néolithique, il résulte qu’il a existé des milliers, peut-être des millions d’apprentis-prophètes en tout genre parfois prêts à sacrifier leur vie et celle de leurs proches à la promotion de leur vision providentielle. Le second point de la démonstration (2) repose sur le fait que la religion est quasiment un invariant anthropologique universel (quelles qu’en soient les raisons, cognitives, éthologiques, psychologiques ou sociologiques profondes) et que la grande majorité de celles-ci s’appuient, sans doute parce qu’il s’agit d’une condition nécessaire de leur survie et de leur développement, sur un corps de clercs chargés d’en organiser la pratique et d’en diffuser le culte ; or, le premier clerc d’une religion est souvent l’un de ces illuminés décrits au point (1), porteur d’une révélation supposément divine qui sert ensuite de modèle aux disciples qui le suivront (Bouddha, Moïse, Jésus, Mahomet, etc). Le troisième point (3) est que l’histoire des religions, parallèlement à celle des hommes, a connu des vagues de concentrations culturelles successives, au point qu’une poignée de religions (elles-mêmes organisées en branches multiples, mais c’est un point secondaire pour la démonstration qui nous intéresse ici) a fini par dominer la plus grande partie de l’humanité. Au début du XXème siècle, le christianisme et l’islam réunis concernent plus de la moitié de l’humanité.

Dès lors la démonstration est simple, et strictement analogue à la proposition selon laquelle au loto, 100% des gagnants ont tenté leur chance. Il suffit de transposer en écrivant : « 100% des religions révélées ont commencé par une révélation ». Or cette révélation était en général confidentielle, confinée à un seul individu (le prophète), et son succès historique a en général un côté improbable qui va souvent être requalifié de « miraculeux », accréditant la dimension véritable de la révélation. Il ne s’agit pourtant que d’un effet de perspective, rappelant la citation de Jean-Claude Silberman "Toute pierre lancée au hasard se dirige, avec une étonnante précision, vers l'endroit qu'elle finira par atteindre". Parmi les milliers de révélations plus ou moins originales qu’autant de prophètes en herbe se sont efforcés de promouvoir, il fallait bien que quelques-unes survivent, puisqu’elles correspondent aux aspirations du plus grand nombre. Mais comme c’est le cas pour les gagnants du loto, qui n’avaient pas plus de mérite lors de leur achat de billet que n’importe quel autre joueur, cela ne prouve pas que les prophètes sélectionnés par l’histoire avaient nécessairement en leur temps davantage raison que leurs concurrents, ni même qu’ils étaient intrinsèquement de meilleurs porte-parole. Aucun procès de vérité n’a jamais permis de trancher entre leurs différentes allégations métaphysiques, il se trouve seulement qu’ils étaient à chaque bifurcation de l’histoire du côté de ceux qui allaient triompher. Bien sûr, on pourrait penser que les religions n’ont pas été que des mèmes passifs transportés indépendamment de leur valeur par des groupes humains qui se sont affrontés sur d’autres plans (militaire, technologique, économique), mais qu’elles ont elles-mêmes eu un rôle actif à jour dans ces affrontements. Et de fait, l’histoire des guerres et l’histoire des religions sont inextricablement liées. Mais la victoire du plus fort ne signifie nullement qu’il a raison au plan religieux : elle signifie seulement qu’il est le plus fort. A la limite, si l’issue d’une guerre dépend souvent de la stratégie et de la technologie, elle signifie alors que la religion dominante, ou bien encourage, ou bien simplement autorise, l’émergence de formes plus performantes de stratégie et de technologie. Mais sur le plan strictement métaphysique, celui de la supériorité éventuelle de la croyance en un Dieu A sur un Dieu B, la victoire militaire ou économique n’a pas grand-chose à dire.

De mon point de vue, la probabilité qu’existe un Dieu quelconque (qualifiable par l’homme ni dans ses attributs ni dans ses manifestations) est par définition indéterminable, ce qui fait qu’on ne peut exclure ni son existence, ni son inexistence, et qu’on ne doit pas perdre trop de temps avec cette question.

En revanche, la probabilité que Moïse, Jésus ou Mahomet soient des envoyés particuliers de Dieu, et que leur message doive être tenu pour spécifiquement divin davantage que celui de n’importe quel autre de ces milliers de prophètes connus ou inconnus, ou même que des cargaisons de philosophes, professeurs, ou libre-penseurs laïcs, cette probabilité est proche de zéro. Je ne dirais pas qu’elle est tout à fait nulle, mais j’aurais tendance à penser qu’elle est inférieure à 1/100000, ou 1/1000000, soit la probabilité (faible) qu’un Dieu (hypothétique) ait effectivement souhaité émettre un message au moyen d’une révélation délivrée via un prophète caché entre mille autres, divisée par le nombre de prophètes en concurrence au départ (on ne peut parler qu’en ordres de grandeur, et encore, cela reste un peu artificiel ; je le fais juste en hommage ironique à Pascal).

Je souhaite évidemment que l’humanité se débarrasse au plus vite de la prétention dogmatique de ces grandes religions, et relègue leurs prophètes champions, au pire au rang d’imposteurs sanguinaires ou de manipulateurs politiques, au mieux à celui de malades mentaux irresponables ou d'illuminés insignifiants.

Il n’en est pas du tout de même concernant l’hypothèse du transhumanisme. Cette fois-ci, les probabilités en jeu sont loin d’être infimes, et les conséquences des changements imaginables pourraient avoir un impact majeur sur nos vies, ou en tout cas celles de nos descendants immédiats.

Prenons le cas de l’IA forte. La question de la possibilité de son apparition fait débat ; certains spécialistes pensent qu’elle pourrait survenir d’ici quelques dizaines d’années, d’autres sont convaincus qu’elle n’arrivera jamais. Mais il s’agit là d’une question d’une tout autre nature que les discussions métaphysiques d’autrefois, qui ne se préoccupaient que de propositions spéculatives par principe invérifiables ici-bas (la nature du paradis ou le sexe des anges). Dans le cas de l’IA forte, les questions débattues sont éclairées par la connaissance récente des progrès de l’informatique (une réalité attestée), portées par des chercheurs dont l’expertise se fonde sur leurs qualités scientifiques et techniques (et non leurs aptitudes rhétoriques), et surtout elles ont des chances réelles d’être prochainement tranchées dans la réalité (et non seulement dans un hypothétique au-delà). Dans tous les cas de figure, si l’on devait tenter d’intégrer les avis les plus informés sur la question, on parviendrait peut-être à une probabilité d’apparition d’ici moins de deux générations significativement supérieure à zéro, peut-être une chance sur dix, voire une chance sur deux. Or, la survenue d’un tel événement serait d’une importance absolument capitale à l’échelle de l’histoire ; on pourrait sans difficulté défendre l’idée qu’il s’agirait du moment le plus important de l’histoire de la vie sur Terre depuis le dernier goulet d’étranglement génétique ayant mis en danger la survie d’Homo Sapiens, soit peut-être la catastrophe de Toba il y a 70000 ans.

Nous ne sommes plus du tout là dans les termes d’une équation artificielle mélangeant allègrement les infinis et les zéros à des fins rhétoriques. Nous sommes dans le réellement possible, le vraisemblable en tout cas, et face à des hypothèses de nature à bouleverser totalement notre vie ou celle de nos proches. C’est de cela, et de cela presque seulement, qu’il importe de se préoccuper aujourd’hui.

On pourrait aussi, sur un plan à peine différent, tenter de s'appuyer sur la notion de voile d'ignorance emprunté à Rawls pour mener à peu près le même genre de réflexions. Dans ce cas, la notion de probabilité passe un peu au second plan (quoi qu'il pourrait aussi être intéressant de donner du voile d'ignorance une représentation probabiliste) mais le cadre général du raisonnement reste le même, et les conclusions identiques.

(Journal, 12/10/17 et idée du 3/11/17)

Théodicée des mondes multiples

L’homme n’a pas forcément tant besoin de religion que de spiritualité, voire simplement d’une métaphysique crédible. Peut-être la partie moutonnière de l’humanité (qui en constitue la majorité, mais une sorte de majorité inerte, comparable au « junk DNA » dans le code génétique, ou au « liant de la sauce » évoqué à par Houellebecq) a-t-elle besoin des rites et superstitions attachées aux pratiques religieuses, mais l'autre partie a besoin d’un horizon téléologique et moral solide plus que d’un simple fatras d’affirmations gratuites et niaises. L’une des fonctions de la métaphysique dont l’homme a besoin est de donner une explication crédible au problème du mal. La théodicée de Leibniz (nous vivons dans le meilleur des mondes), qui m’a toujours intrigué, résulte d’un raisonnement rigoureux et juste, mais appliqué à un postulat très arbitraire (Dieu existe, et il est bienveillant, omniscient, omnipotent). Parmi tous les arguments donnés dans https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odic%C3%A9e#Les_huit_arguments_les_plus_usuels, celui qui me convainc le plus est l’argument ontologique (« la création d'un univers complexe et infiniment diversifié ne peut se faire sans défauts ») ; mais il amène une objection remarquable qui compromet alors l’hypothèse d’un au-delà radieux (« Si ce monde est le meilleur des mondes possibles alors que penser de la nature du paradis ? Si l'existence du bonheur exige l'existence du malheur, et que les deux sont indissociablement liés, ne doit-on pas conclure qu'au paradis, il n'existe ni l'un ni l'autre, ou bien, comme sur terre, les deux ? »)

Or, toute la question du mal se trouve bouleversée par l’hypothèse des mondes multiples. Si une infinité de mondes existent, la probabilité que notre monde soit le meilleur est nulle, mais cependant, le meilleur des mondes existe effectivement. On peut même supposer qu’il existe une infinité de meilleurs des mondes résiduels possibles, chacun débutant à tout nouvel instant (à tout nouvel événement, à toute nouvelle explosion combinatoire) de notre monde actuel (et suivant, de ce point, la trajectoire unique de l’amélioration optimale). Notre effort devrait nous conduire, à tout moment, à agir pour faire advenir ces mondes optimaux, ou au moins à ne pas empêcher cette hypothèse. On retrouve le fameux koan zen de Hakuin et du samouraï « ici s’ouvre la porte de l’enfer ; ici s’ouvre la porte du paradis ».

(Journal, 25/07/2018)

"Leap of faith" ou approche métaphysique de type probabiliste

Voici les probabilité subjectives que j'affecte personnellement à quelques affirmations métaphysiques, péri-métaphysiques ou historiques :
- Il n’y a pas rien : 0,99999999999999999999 à 1
- Il existe une cause initiale (physique ou métaphysique) qui fait qu’il n’y a pas rien : 0,99
- Cette cause a une intention, un dessein ; en d’autres termes, il existe une forme quelconque –faible ou forte- de cause finale (hypothèse téléologique), reliée d’une certaine manière à la cause initiale : 0,5
- Cette cause ou ces causes sont au moins en partie intelligibles à l’homme (c’est-à-dire qu’il serait théoriquement possible d’en donner une description humaine, même déformée ou simplement métaphorique, qui permettrait en partie de la comprendre) : 0,3
- Je suis un cerveau de Boltzmann réduit à moi ; je note le rapport de probabilités, soit la probabilité que je sois un cerveau de Boltzmann sachant que j’existe, et non, évidemment, la probabilité qu’apparaisse un cerveau de Boltzmann de ce type dans l’absolu : 0,99999999999999
- Je suis seulement une sous-partie d’un cerveau de Boltzmann dont certains qualias observables par moi sont indépendants de moi : 0,999999999
- Je suis seul dans une simulation (hypothèse de la simulation) : 0,9999999
- Je suis seulement une sous-partie d’une simulation dont certains qualias observables par moi sont indépendants de moi : 0,99999
- Les simulations dont on parle ci-dessus sont abritées dans un cerveau de Boltzmann : 0,999
- Je devrais faire dépendre mes actions humaines, donc mes choix moraux, de mes hypothèses métaphysiques : 0,7
- Je suis dans une sous-partie de branes d’un multivers beaucoup plus vaste (mais peut-être pas infiniment) que l’univers observable : 0,5
- Dieu (défini ici comme la cause de notre ici-bas, y compris dans l’hypothèse de la simulation, dans l’hypothèse où l’on peut lui attribuer une intention) attend ou espère que nous nous comportions d’une certaine manière : 0,5
- Dieu se révèle à nous autrement que par la révélation générale (ie. la nature et l’exercice de la raison) : 0,01
- Dieu se révèle à nous par des phénomènes que nous n’avons pas encore détectés : 0,01
- Dieu se révèle à nous par la grâce : 0,001
- Dieu se révèle à nous par des révélations spéciales dont certaines (miracles, prophètes) ont déjà été identifiées comme telles : 0,0001
- Moïse est le messager de Dieu (par messager de Dieu, je veux dire qu’il se distingue singulièrement des autres hommes, y compris de ceux qui parmi eux se désignent aussi ou ont été désignés par les autres comme prophètes, en ce que le message qu’il exprime révèle plus précisément à la fois la vérité divine et la volonté de Dieu de nous transmettre cette vérité tout en nous mettant à l’épreuve de la foi) : 0,00000001
- Jésus est le messager de Dieu (même définition) : 0,00000001
- Mahomet est le dernier véritable messager de Dieu (même définition) : 0,00000001
- Marie était vierge lorsqu’elle a engendré Jésus : 0,000000001
- Le pain et le vin consacrés deviennent réellement le corps et le sang du Christ lors de l’eucharistie (selon la profession de foi du Credo) : 0,0000000001
- Dieu souhaite que nous fassions le Ramadan : 0,000000001
- Dieu pense qu’il est important que nous répétions « Hare Krisna » le plus souvent possible : 0,000000001
- Bouddha était plutôt quelqu’un de sympathique : 0,5
- Mahomet était plutôt quelqu’un d’autoritaire et violent : 0,7
- Le fait qu’un grand nombre d’hommes croient en la divinité de Jésus me donne davantage de raisons d’y croire également : 0,01
- Claude Vorilhon a effectivement pu rendre visite à son demi-frère Jésus à la suite d’un voyage en soucoupe volante proposé par les Elohim : 0,00000000001
- Claude Vorilhon rend plutôt service à l’humanité en discréditant, volontairement ou non, la notion de révélation spéciale : 0,7
- Les âmes peuvent exister indépendamment du corps physique (ie. elles ne sont pas seulement un autre nom de ce phénomène émergent lié à l’intelligence qu’on désigne du terme de conscience, mais désignent plutôt des entités spirituelles en partie cohérentes et autonomes qui, aptes à survivre dans un « éther » indépendant du monde réel, s’investissent occasionnellement dans les corps, par la grâce ou la réincarnation) : 0,0001
- La Grande Citrouille existe : 0,000000001
- La période de l’année à laquelle on est né peut statistiquement influencer sur notre tempérament, même seulement légèrement : 0,9
- Cette influence est telle qu’elle peut avoir une incidence pratique significative sur nos vies : 0,2
- C’est une priorité de s’intéresser à cette influence plutôt qu’à d’autres déterminantes de nos vies : 0,01
- L’horoscope hebdomadaire de Télé 7 jours a une certaine validité prédictive y compris auprès des personnes qui n’en ont pas connaissance et qui ne sont pas affectées par des personnes en ayant connaissance : 0,00000000001
- Pluton a autant d’influence que Mars sur mon caractère, et cette influence est non nulle : 0,000000000000000001

Conclusion :
- Ou bien on renonce à l’intelligence et on préfère la certitude d’idées improbables et invérifiables à l’incertitude du doute et du questionnement (hypothèse de la foi du charbonnier) – c’est un peu la notion de « leap of faith »
- Ou bien on se range à l’avis de Wittgenstein et, sans pour autant renoncer à penser sur d’autres plans, on exclut au minimum toute communication sur les questions métaphysiques –mais dans ce cas il est difficile de donner un sens à sa vie
- Ou bien, si l’on considère que les questions métaphysiques méritent débat ou réflexion, on devrait passer autant, et sans doute beaucoup plus de temps à débattre sur des hypothèses au moins vraisemblables (possibilité de la singularité technologique, théorie des multivers, cerveaux de Boltzmann, totipsisme) plutôt que sur des fadaises d’origine accidentelle (prophètes) simplement sélectionnées par la part aléatoire ou mémétique du cours de l’histoire, ou des simplifications tentantes relevant de la pensée magique ou du « wishful thinking » (réincarnation). Si, déjà, l’on consacrait l’ensemble des ressources des instituts de théologie et des grandes institutions religieuses à ces problèmes sérieux, on ferait peut-être au moins un pas vers plus d’intelligence et de préparation au service de l’homme.

Quitte à s’en remettre à un « leap of faith » pour donner un sens à sa vie (je préfère le terme anglais et sa magnifique traduction visuelle dans Vanilla Sky, au moins parlant quoique magnifiquement et si synthétiquement performatif « acte de foi »), ne vaut-il pas mieux, toutes choses égales par ailleurs, s’en remettre à une hypothèse métaphysique probable ? Ou bien, le « leap of faith » devant de toute manière se faire au-delà de toute raison, faut-il exclure par là-même toute référence à un argument qui s'appuie plus ou moins directement sur elle?

(Journal, 5/11/17)

Réinterprétation de la question du jugement des âmes à l'ère du jeu vidéo

La notion essentielle de jugement des âmes a été dans une certaine mesure magnifiée, mais aussi culturellement biaisée, voire dénaturée, par l'histoire contingente des religions du livre. "Prêtres, vous commettez un crime: notre doute. Sans vous, l'homme croirait en Dieu", écrivait en son temps Victor Hugo; dans le même esprit, on pourrait aujourd'hui écrire: religions abrahamiques, vous commettez un crime, sans vous, l'homme aurait une représentation du jugement des âmes bien plus vive et convaincante. Car qui peut encore être convaincu aujourd'hui par les niaiseries vieillottes issues du catéchisme de papa? Des grenouilles de bénitier, des allumés intégristes, des djihadistes dangereux et bornés? Combien serait plus convaincante la métaphore du jeu vidéo, la vie envisagée comme une partie dont il faut maximiser les points, les multivers comme l'ensemble des jeux possibles, le paradis et l'enfer comme historique des parties sauvegardées. (décembre 2020)

Physique-métaphysique: périphysique?

Si je devais jeter vite fait les bases d'une théorie que j'hésite à qualifier de physique ou de métaphysique (en ce sens qu'il s'agirait d'un corpus à la fois établi sur des valeurs mesurables, mais également sur des postulats invérifiables expérimentalement, peut-être faudrait-il parler alors de périphysique), je m'attacherais principalement à relier les dimensions connues de temps et d'espace à celle, plus mystérieuse et apparemment distincte, mais tout aussi essentielle, de probabilités. On pourrait alors figurer le monde comme un espace à trois dimensions continues (espace, temps et probabilité), la dimension de l'espace étant pour sa part subdivisible dans les trois sous-dimensions connues. L'ensemble de tous les triplets (espace, temps, probabilité), qu'on peut noter ETP, définit non seulement le monde tel qu'il existe mais tous les mondes possibles. La réalité est la fonction qui définit, au sein de ETP, une partition etp correspondant au monde que l'on connaît, parce que c'est celui dans lequel on vit (reste à définir le sens de ce "on"). Selon une approche plus raffinée, on pourrait imaginer deux dimensions à la variable "temps" et rendre etp fonction de cette seconde dimention du temps, quelque chose etp(t2), à moins qu'il faille au contraire simplifier pour s'en remettre à un plus sobre ep(t), mais j'atteins là les limites de mon imagination.

Une telle théorie ne répond pas certes pas directement à la question de la direction du temps (autrement dit elle n'explique pas pourquoi le temps s'écoule du passé vers l'avenir et pas l'inverse). Et surtout, elle se révèle absolument inopérante sur le plan moral. Ce n'est certes pas sa fonction, mais elle n'aide en rien à définir des choix qui pourraient être bons, ni même seulement faire sens. Elle permet seulement de mettre notre existence contingente à distance, d'en affirmer l'inanité essentielle. Elle ramène à la notion de vacuité, au Wu des Taoïstes. Mais elle ne permet certes pas de dépasser le constat déjà bien connu: "une vie ne vaut rien; mais une vie vaut une vie". (27 décembre 2020)