Aphorismes et fragments philosophiques variés
(Emmanuel Dion, 1990-2020, en cours d'agrégation)

Le monde n’est pas impossible ; il est simplement très improbable. (Journal, 8/04/18)

On ne peut penser aucun cas particulier si on s’interdit d’abord de constituer des catégories -dont la catégorie "cas particulier" n'est qu'un cas particulier. (2/05/20)

Pour combattre le dogmatisme, il faut remplacer le culte de Dieu par celui du hasard (ou au moins du hasard perçu, qui peut tout simplement s'identifier à un déterminisme inaccessible), autrement dire substituer "inch alea" à "inch Allah", et "alea akbar" à "Allah akbar". (non daté)

Les héros n'ont aucun droit. Ils n'ont que des devoirs. C'est même cela qui les caractérise. Plus un homme exige de droits, moins il est héroïque. Plus il se fixe de devoirs plus il l'est. (20/11/2021)

Projet intellectuel et genre littéraire

Principe de parcimonie: En matière d’information, il faut sans doute consommer beaucoup et produire peu, en vertu des paramètres qui gouvernent aujourd’hui l’économie de l’information: immédiateté et accessibilité des productions, quasi-gratuité de leur transmission, quasi-éternité de leur disponibilité, émergence d'une collection potentiellement infinie de méta-niveaux d’évaluation laissant espérer une hiérarchisation ou une sélection des meilleures productions s'améliorant avec le temps. (d'après le Journal, 14/12/20)

Principe de sélectivité: Certaines de mes formulations, avant et sans doute après celle-ci, sont plus ou moins délibérément absconses à mesure du bienfondé que je suppose à en interdire la compréhension à ceux qui, n’ayant pas la volonté ou la capacité d’en interpréter l’expression complexe, n’auraient pas non plus celles d’en faire bon usage. (Journal, 20/03/18)

Il est des textes que je destine à la/ma postérité en général. Certains plus purement orientés vers un public humain rapproché, dans une intention voisine de celle de la plupart des auteurs d’essais ou de romans ; d’autres plus ambitieux mais au public lointain moins nettement défini, proche de ce que Houellebecq nomme « les Futurs », et jusqu’à certaines entités postérieures à une éventuelle Singularité Technologique, principalement dans une optique de témoignage, à la rigueur de plaidoyer. Je ne cherche en revanche bien sûr à adresser aucun message à un hypothétique Dieu omniscient, puisque celui me connaîtrait par définition déjà, corps et âme. Enfin, dans le cas intermédiaire de l’hypothèse de simulation, l’actualisation de ma pensée sous forme de texte peut à la rigueur trouver un sens, si l’on imagine l’auteur/observateur de cette simulation comme ayant accès aux phénomènes du monde mais pas directement à la phase des idées. (Journal, 6/04/20)

Un génie des échecs comme Kasparov intègre des milliers de données d’information (bibliothèques d’ouverture, parties notables, règles stratégiques et tactiques), qu’il recode ensuite au travers de la construction d’une expertise plus ou moins explicite, et exprime occasionnellement, de manière contingente, par la production de coups forts lors de grands championnats. En résumé, Kasparov consomme beaucoup et produit peu, mais il produit de la qualité. Voilà qui serait idéalement le modèle à suivre pour tous les intellectuels, penseurs ou blogueurs, pour produire des bribes d’hypertexte pertinentes. (d'après le Journal, 1/08/18)

Il est très ambitieux de vouloir laisser derrière soi une trace qui puisse avoir une importance non négligeable dans la vie des hommes. Prenons l’exemple de la photographie. Si un individu donné peut accorder chaque jour de sa vie une attention suffisante, disons à dix photos différentes (je veux dire, les regarder vraiment, les admirer, s’en inspirer suffisamment pour que leur contemplation impacte un minimum sa mémoire ou sa psyché), sa capacité se monte à un ordre de grandeur de 300000 clichés sur l’ensemble de sa vie). Nous sommes 6 milliards, ce qui ne laisserait à chacun d’entre nous, en cas de distribution homogène, qu’une chance sur 200 de retenir (une seule fois) l'attention d'un pour cent de ses contemporains…

Et ce qui vaut avec la photo vaut, à un degré supérieur, pour la création de concepts, de néologismes, et de textes d'importance significative [J’utilise dans le texte qui suit le terme « concept » dans un sens large, non réduit à son acception philosophique étroite, pour désigner une idée ramassée quoique reliée à d’autres idées, une zone dense de signifié pertinent constituant un point de repère précis dans la pensée individuelle et partagée envisagée comme un hypertexte global].

Avoir l’ambition de créer un concept, et plus encore un concept utile, que seules pourront réaliser quelques centaines de personnes dans une génération, soit peut-être une sur dix millions, constitue dans ces conditions un projet presque prométhéen, plus improbable par exemple que d’amasser 10 millions d’euros ou de gagner une médaille olympique.

C’est la seule chose que j’aimerais expliquer à ceux qui ne comprendraient pas mes choix de vie. Si je crée ne serait-ce qu’un seul concept utile à tous (ou au moins à nombre de ceux qui pourront le refléter et le démultiplier), je crois vraiment que j’aurai été à la hauteur de mes Talents. C’est là ce qui constitue mes principaux espoir et ambition terrestres.

Citons quelques exemples.

Balzac a écrit des milliers de pages, et il a apporté une contribution significative à l’humanité, mais il n’a pas vraiment créé de concept, enfin pas directement. Certains de ses personnages archétypaux, comme le père Grandet, ont pu servir de support à la pensée et d’objet culturel partagé à des millions de gens, mais son héritage intellectuel est au fond très largement dilué.

Turing a créé plusieurs concepts, dont le test de Turing et la machine de Turing. Ces concepts ont été forgés au cours de son travail de chercheur qui l’a sans doute amené à écrire beaucoup, mais sont présentés dans des textes plutôt courts qu’on peut considérer comme suffisants pour leur donner naissance. Par exemple « can machines think » est un article de 22 pages.

Renaud Camus constitue un cas intermédiaire. En tant que diariste à tendance graphomaniaque ayant peu de lecteurs, il dilue énormément sa pensée d’un certain point de vue. Mais de l’autre, notamment grâce aux genres de la reformulation et du communiqué qu'il a réinterprétés d'une manière très personnelle, il a introduit des concepts importants (sur le plan politique) comme celui de grand remplacement. Un parallèle peut être établi avec Philippe Muray, Alain Soral ou Henry de Lesquen, qui n’ont certes pour les deux derniers pas tant écrit qu’ils ont parlé. (d'après le Journal, 11/04/20)

Vérité

La vérité est indépendante de nos désirs. (Journal, 9/11/17)

Boucle logique

Les questions ontologiques (ontologie : "Spéculation sur l'être en tant qu'être") exerçant sur moi une certaine fascination, je livre ici ce petit parcours dans le Petit Larousse Illustré 1996 qui révèle cette boucle logique étonnante, montrant à quel point les affirmations relatives à la question de l'existence deviennent vite tautologiques (tautologie : "Répétition d'une même idée en termes différents dans une même formule").
ETRE : Exister, avoir une réalité
EXISTER : Etre en réalité
REALITE : Caractère de ce qui est réel
REEL : Ce qui existe effectivement (n.) ou qui existe véritablement (adj.)
EFFECTIVEMENT : De manière effective, réellement
VERITABLEMENT : De fait, réellement
REELLEMENT : Effectivement, véritablement; en vérité
EFFECTIF : Qui existe réellement
DE FAIT : En réalité, effectivement
VERITE : Caractère de ce qui est vrai
VRAI : Conforme à la vérité, à la réalité

A part les connecteurs grammaticaux, les onze termes utilisés ne font donc tous que se renvoyer les uns aux autres. Cela signifie que l'existence en elle-même fait l'objet d'une affirmation de fait bien plus que d'une relation définie en détail avec les autres constituants du monde intelligible. (d'après le site web familial, 28/01/02)

[Je souhaite insister sur l'importance] pour moi, de la notion de vérité, que je tends à placer au-dessus de celles de bonté, de justice ou de liberté. Je crois (ou au moins je joue à croire mais dans ce cas-là je joue suffisamment bien pour me tromper moi-même) que je préfère toujours que la vérité seule triomphe, même si je dois personnellement avoir tort, plutôt que l’inverse; en somme, je crois pouvoir soumettre mon ego et dans une certaine mesure ma volonté de puissance au principe de vérité. Je relie cette disposition au tempérament peureux et conservateur, acquis dès l'enfance, qui conduit à me sentir rassuré par l’accès à la vérité, et la conviction que celle-ci finira par l’emporter. Si je parviens (à tort ou à raison) à m’identifier à mes pensées, à être convaincu que celles-ci se confondent avec la vérité (la question de l’honnêteté intellectuelle est donc soulevée), et à croire à la victoire finale de celle-ci (en procédant sans doute à une assimilation un peu rapide des notions de vérité et de réalité), alors je me place sans doute, psychologiquement, dans une posture de foi en ma propre éternité. La vérité ne peut pas m’appartenir bien sûr, mais je peux à l’inverse tenter d’appartenir à la vérité (au sens d’accepter mon allégeance inconditionnelle à elle, de m’y soumettre, de lui sacrifier une partie substantielle de mon ego). (d'après le Journal, 14/12/16)

La vérité, plus que mon but, est aussi mon réconfort. Je suis heureux qu’elle existe indépendamment de moi, qu’elle soit éternelle et incontestable. [...] C’est aussi pour cela qu’il m’arrive de me plonger dans des sortes de « binge wikipeding », pour m’assurer que la vérité est bien là, complète, structurée, accessible, prête à se diffuser, sans que ma présence ou ma volonté interfère. Certes, cela réduit mon incitation à survivre et à agir, mais en parallèle cela me rapproche d’un certain état de béatitude et de tranquillité. (Journal, 5/09/17)

Ce [...] à quoi je souhaite participer, c’est à la simple énonciation de la vérité (même pas à sa protection, sa diffusion puis son triomphe, dont je pense qu’ils n'en seront que de simples conséquences à terme) (Journal, 4/01/17)

Le plus important n’est pas de posséder 10 millions d’euros, un château, ou une collection de voitures anciennes. Le plus important n’est pas d’être un écrivain à succès ou de connaître la gloire sur le web. Le plus important est de définir une métaphysique crédible (comprenant un volet de théodicée), compatible avec les savoirs de notre époque, et incitant à une éthique de réciprocité. (Journal, 26/08/18)

Je tiens pour suprême la valeur de vérité, ce qu’on pourrait qualifier de position véritiste. Par « vérité », j’entends non seulement désigner ce qui est vrai par opposition à ce qui est faux (définition qualitative), mais aussi « la totalité de ce qui est vrai » (définition extensive). Même la morale est soumise à cette exigence première, et devrait d’une certaine manière en découler. (Journal, 16/03/18)

Que signifie exactement tenir la vérité pour la valeur suprême? D'une certaine manière, la vérité n'a pas à s'abaisser au rang de simple valeur, elle EST, tout simplement, qu'elle soit reconnue ou non, elle n'est pas relative commes les valeurs plus humaines et imparfaites de morale ou de justice. 1+1=2, non seulement que cela plaise ou non, mais également que cela soit su ou non, exprimé ou non. Lorsque je dis que la vérité est la valeur suprême, je veux donc dire que ce qui est important, pour toute entité pensante, c'est sa mise à jour, son expression, sa reconnaissance, et surtout la soumission à son magistère. Ce que je tiens pour condamnable, c'est la bêtise ou l'aveuglement, le fait par exemple d'affirmer "tu es libre de croire que 1+1=2, mais moi je ne crois pas que ce soit vrai, je ne ferai aucun effort pour le comprendre, et je reste libre de fonder mon opinion à ce propos comme je le souhaite, sans tenir compte de la connaissance et des mécanismes logiques accumulés et disponibles". On peut naturellement faire un parallèle avec les anciennes religions, la vérité tenant le rôle autrefois dévolu à Dieu, sauf que dans le cas présent on cherche à dépouiller le principe sacré de toute contingence, à viser directement, et par définition en quelque sorte, la dimension d'absolu qui le constitue essentiellement. (Journal, 24/04/20)

J’ai coutume de dire que je loue l’intelligence comme la qualité de plus haute valeur. Peut-être paradoxalement parce qu’elle est, dans une certaine mesure, indépendante de la volonté (et donc, dans une certaine mesure, du mérite ; en ce sens, elle renvoie directement à la parabole des talents ; c’est aussi pourquoi je la qualifie de qualité, et donc de vertu). Ce qui fait qu’un individu intelligent peut devenir bon, alors que l’inverse n’est pas vrai. (Journal, 30/08/18)

Je crois que l’homme est le meilleur vecteur actuel de la valeur de vérité, et à vrai dire le seul, mais qu’il est possible qu’il soit prochainement dépassé par un successeur issu de la Singularité technologique. Si tel est le cas, ce successeur sera aussitôt et automatiquement investi à mes yeux d’une valeur supérieure à celle de l’homme. Je ne suis donc pas humaniste (c’est-à-dire que je ne tiens pas l’homme pour une valeur en soi, pour une finalité), ou plutôt je ne le suis que pour autant que l’homme reste l’unique vecteur de la vérité (je ne le conçois donc en somme que comme un moyen). Déjà aujourd’hui, certaines formes de simple mémoire numérique (je pense à Wikipédia), pourtant en elles-mêmes dépourvues de toute capacité de raisonnement, me semblent avoir plus de valeur que certaines formes de vie organique humaine (comme un asile de vieillards), même si elles ne constituent par elles-mêmes qu’un outil inerte, tout simplement parce qu’elles constituent une aide utile aux meilleurs développeurs de vérité actuels (chercheurs, vulgarisateurs, blogueurs, etc). En d’autres termes, je tiens que la préservation de Wikipédia aurait plus de valeur, si l’on devait choisir entre les deux, que la maintenance d’une maison de retraite pleine de malades d’Alzheimer (de toute manière, l’extension quantitative de l’humanité n’a à mes yeux guère de sens ou d’importance). Il n’y a aucun égoïsme dans ce calcul : je ferais le même raisonnement si moi-même ou des membres de ma famille se trouvions dans cet asile. (Journal, 16/03/18)

Parfois, lorsque je songe à la mission que je m’assigne en écrivant ces lignes, j’observe qu’il est plus facile pour moi d’en donner une définition négative: ce que je ne cherche pas à faire, c’est à convaincre, et encore moins quantitativement, et encore moins en développant des arguments qui existent déjà, par exemple sur le web. La notion d’un témoignage m’est déjà plus chère ; ce qui restera de ces lignes pourra peut-être un jour servir de preuve qu’un certain nombre de combinaisons d’idées exprimées ici était au moins possible, au moment où je les ai produites, compte tenu des informations disponibles. Le plus juste serait de dire que j’essaie simplement de m’approcher directement de la vérité, sans sophisme ni détour, et que ce rapprochement me semble avoir une valeur en soi, quelles que puissent être les conséquences pratiques de l’opération et les incompréhensions qu’elle pourrait susciter chez des lecteurs idéologiquement trop conditionnés pour pouvoir la tolérer. A l’extrême limite, on pourrait dire qu’à tort ou à raison et toute prétention mise à part, je cherche à produire une sorte de formule, de sésame, de code, qui constitue la clé de la porte de la Vérité. (Journal, 14/03/18)

Identités emboîtées

Je m’inspire de Bouddha, Simak et Wikipédia (pensée monde) mais aussi de Platon, Kant ou Russell (pensée Européenne quoique animée d’une paradoxale ambition universelle, car « Européen » signifie aussi « conquérant » ou « explorateur ») ou encore Descartes, Pascal ou Montaigne (pensée Française). Mon univers esthétique est animé par Hollywood et Walt Disney, l’épopée du rock et de la pop, les Beatles et Kate Bush, John Irving et Kundera, mais aussi Jacques Tati, Marcel Pagnol, Hergé, Gotlib, Goscinny, Robert Merle, René Barjavel, Michel Tournier, Georges Brassens, Serge Gainsbourg, Francis Cabrel, Alain Souchon, tous ces représentants, petits ou grands, du génie Français (et Belge/Suisse francophone) qu’on retrouve des fables de La Fontaine au synthétique « Cacapoum » de Dutronc, et qui semble s’évanouir à partir des années 1980.
Mes héros sont Charles Darwin, Francis Galton et Alan Turing, Ludwig Wittgenstein, Haile Gebreselassie et Roger Federer, mais aussi Raymond Poulidor, Eric Tabarly et Jacques-Yves Cousteau. (Journal, 12/04/20)

Intéressante remarque de Lucien Cerise en réponse à l’un de ses articles sur Egalité et Réconciliation : « Il existe un fossé entre les cultures universalistes et supra-raciales comme le christianisme et l’islam, et le point de vue identitaire "particulariste", enraciné dans sa lignée ethnique, et qui possède aussi une légitimité pour au moins deux raisons : 1) nous venons de là, 2) l’ethnique, c’est comme le genre, ça ne s’échange pas, c’est donc une limite au marché libéral tout puissant. Pour ma part, je comprends et respecte les deux approches de l’identité - regardant l’avenir ou cultivant le passé - mais les deux ont des limites également. »
Il faut retenir cette affirmation « L’ethnique c’est comme le genre, ça ne s’échange pas, c’est donc une limite au marché ». Nous sommes là au cœur de la problématique politique mondiale actuelle… On pourrait presque aller plus loin en observant que tout ce qui est du domaine du passé, que ce soit au niveau collectif (histoire) ou individuel (vie personnelle), en ce que cela n’est pas modifiable, n’est pas non plus susceptible d’être échangé. On peut voir dans ce phénomène la forme moderne de la pratique passée, par les catholiques d’avant la Réfome, du commerce des indulgences. Les Qataris peuvent bien avancer leurs milliards de pétrodollars, ils ne seront jamais des acteurs significatifs du siècle des Lumières ; Dominique Strauss Kahn peut bien acheter le silence de Nafissatou Diallo et obtenir un non-lieu pour des raisons de forme, cela ne change rien à ce qui s’est passé au Sofitel ni à la valeur morale réelle de cet épisode.
Ou pour le dire encore plus simplement : Là se loge la grande différence entre l’être et l’avoir : l’être ne peut pas s’échanger. Même Dieu n’a pas le pouvoir de faire que ce qui a été n’ait jamais été. Alors, les hommes, n’en parlons pas…
(Journal, 13/04/20)

Pour me réconcilier avec les humanistes, je pourrais affirmer ceci: le racisme (modéré) et l'eugénisme (modéré) sont des humanismes. Outre qu'ils font partie de l'histoire de l'humanité, chaque fois traduits dans les termes particuliers des différentes sociétés humaines et de leurs conditions culturelles et techniques, on peut faire remarquer, sur un plan plus général, que:
- Le racisme modéré, c’est-à-dire équilibré entre figuration d’un idéal humain absolu et universel –mi-chrétien mi-kantien- et figuration de l’homme comme créature contingente ne pouvant se développer qu’au sein de cultures et de races particulières, dont l’ethno-différencialisme cherche à protéger la diversité des formes, donc la séparation relative, est un humanisme
- L’eugénisme modéré, c’est-à-dire qui accepte en l’homme à la fois la part de variabilité, la part d’aléa, la part d’humilité mais aussi la part de volonté de conquête et d’élévation (qu’on accepte très bien, par exemple, dans la démarche éducative) est un humanisme
(Journal, 27/04/20)

Solipsisme

[Les deux solipsismes]: On peut distinguer, et c’est même capital, deux solipsismes différents. Le premier consiste en un solipsisme radical (renvoyant au concept du Cerveau de Boltzmann), selon lequel l’individu conscient constitue un être absolument isolé, sans créateur ni observateur. Il n’y a absolument rien à dire de cette hypothèse, rien à commenter pour un hypothétique Autre (par définition inexistant), aucun message qui fasse sens en dehors d’une simple élaboration interne bouclant sur elle-même. On ne peut donc que la considérer comme une hypothèse d’école stérile avec laquelle, à l’instar de Meursault dans L’Etranger importuné par les visites du prêtre peu avant son exécution, il importe surtout de ne pas perdre de temps. Le second consiste en un solipsisme faible (renvoyant à l’hypothèse de simulation), selon lequel l’individu conscient constitue certes un être isolé de tous les avatars du monde apparent -considérés comme de purs simulacres, mais vit tout de même sous le regard d’un créateur surnaturel pouvant tenir le rôle d’un Autre potentiel, et même peut-être de L’Autre par excellence. (Journal, 8/04/20)

Mort

Philosopher, c'est apprendre à mourir, dit-on. Peut-être pourrait-on améliorer l'idée en disant plutôt que c'est "se disposer à mourir". (Journal, 12/06/17)

Questions métaphysiques et questions rhétoriques

Il est faut d'affirmer qu'il faut de tout pour faire un monde. Pour faire un monde, on n'a pas besoin d'éléphants bleus ou de souris roses. Un monde composé de "tout" serait à proprement parler un monde chaotique, sans discrimination, catégories ni représentations possibles; un monde incompréhensible par désorganisation; un monde dont il n'y aurait rien à dire, ou au contraire n'importe quoi, ce qui revient à peu près au même. (non daté)

Le mal, comme le temps, sont des données nécessaires du monde. Si ceux-ci n’existaient pas, celui-là n’existerait pas non plus, en tout cas pas sous une forme compréhensible par nous, puisque leur absence exclurait toute idée de liberté et de conscience morale. C’est donc par un argument apparenté à celui du principe anthropique qu’on doit envisager de résoudre –presque tautologiquement- l’énigme de la théodicée. (d'après le Journal, 10/04/20)

Je serais sans doute plus adapté à une civilisation dans laquelle l'amour serait remplacé par l'intégrité morale, et la recherche du bonheur par celle de la vérité. (d'après le Journal, 28/06/17)

La question métaphysique la plus importante n'est pas celle de l'immortalité, mais celle du jugement des âmes.

Lorsque les machines auront dépassé les hommes au plan de l’intelligence, il ne restera plus à ceux-ci que l’exclusivité de leur incommunicable sensibilité (ou même seulement l’illusion de cette exclusivité, mais cela revient au même) comme espace de développement, de projection, de croyance et de vie. C’est dans cet espace que les bioconservateurs (que je nomme personnellement apprentis-Webster en mémoire de "Demain les chiens") devront s’investir massivement. De ce fait, même si l’idéal humaniste post-singulariste devrait aussi rester empreint de raison, car la raison fait consubstantiellement partie de l’homme, l’émergence des machines pourrait signer le grand retour de la passion. La singularité technologique, moment-clé de l’ultime blessure narcissique de l’humanité, pourrait donc aussi inaugurer, au plan individuel, l’ère d’un sentimentalisme inédit, voire ouvrir le théâtre d’un néo-romantisme généralisé. (d'après le Journal, 8/04/18)

Les philosophies et religions ont été et sont encore incapables de proposer, en réponse à l’évidence de la présence du mal dans le monde, la moindre théodicée assurée et conséquente, permettant de définir une morale appliquée dont l’évidence s’imposerait à tous. A l’inverse, la science mathématique a développé des méthodes précises pour mesurer la complexité d’un système. Ne pourrait-on pas remplacer, pour fonder une éthique partagée, l’impossible opposition bien-mal par la définition/recherche objective du niveau optimal de complexité compatible avec nos sens ? (Journal, 10/04/20)

Si la question de l’existence ou l’inexistence de Dieu (et spécialement d'un Dieu créateur) est une question rhétorique, la question de l’existence ou de l’inexistence d’un au-delà ne l’est quant à elle pas du tout. C’est une question beaucoup plus sérieuse, à la fois en ce qu’elle conditionne directement le cadre moral de notre vie sur terre et qu’elle est beaucoup plus précise dans ses prétentions que celle de l’existence d’un Dieu aux attributs mal définis. Sans être à proprement parler réfutable au sens de Popper, elle se caractérise par une dimension beaucoup plus concrète et une plus grande vraisemblance. Elle englobe par exemple l’hypothèse de simulation et certains aspects de la théorie des multivers ou de la Singularité technologique. Elle s’appuie pour cela sur des considérations à la limite de la prospective scientifique, s'inscrit d'emblée au coeur des problématiques pratiques actuelles de conservation des données et ouvre de ce fait sur des débats beaucoup moins oiseux que les sujets théologiques ou religieux classiques. (adapté du Journal, 6/03/20)

Il est regrettable d'observer que les seules propositions de description précises de l’au-delà émanent de religions par ailleurs discréditées par leurs dogmes arbitraires. Ce qu’il faudrait, c’est au contraire travailler à la description d’un au-delà possible, voire probabilisable d’un point de vue agnostique ou athée, description suffisamment crédible pour combler le vide existentiel laissé par la dénonciation de l’imposture des religions instituées, pour éviter que cette dénonciation par ailleurs légitime ne devienne prétexte au développement du nihilisme délétère qui accompagne classiquement le processus de sécularisation du monde et l’égarement axiologique qu'il entraîne.
L’autre point d’une importance majeure est la question de la métempsycose, disons plutôt une version modernisée de ce en quoi a pu consister autrefois l’idée de réincarnation ou de transmigration des âmes (voire, mais c’est plus délicat, celle de rétribution des âmes). Il suffirait d’ouvrir la porte de la métempsycose dans sa version ancienne (aspiration naïve à l’immortalité de l’âme menant aux sottises pro-animalières de l’hindouisme, aux errances spiritistes ou à l’impasse platonicienne du dualisme) sur l’hypothèse transhumaniste de l’uploading, ou au minimum sur les possibilités avérées de conservation des données descriptives de l’existence de chacun promise par l’explosion de l’information, et les conséquences de cette possible conservation sur ce qui pourrait devenir une forme adoucie mais bien réelle de jugement des âmes, et le tour serait joué. (d'après le Journal, 6/03/20)

La question métaphysique de l’immortalité mérite d’être profondément réexaminée à la lumière des possibilités offertes par l’explosion de l’intelligence/information. L’hypothèse d’une conservation indéfinie de la mémoire des hommes, à un degré de finesse beaucoup plus élevé qu’on n’aurait jamais pu l’imaginer auparavant, change radicalement la représentation qu’il est raisonnablement possible de se faire de l’au-delà. (d'après le Journal, 6/04/20)

Il me paraît important de réfléchir aux représentations possibles de ce que j'appellerai la métempsycose pleine (c’est-à-dire la survie de la mémoire/conscience d’un individu après sa mort -excluant donc l'hypothèse par ailleurs aussi improbable qu'invérifiable de la réincarnation inconsciente), en subdivisant le cas en plusieurs hypothèses :

a) Le maintien d’une conscience isolée est peu imaginable et peu souhaitable. Le parallèle avec une situation éternelle de dormeur au réveil (un dormeur qui pourrait tout se remémorer de sa vie, mais serait condamné à rester désormais immobile) est même assez terrifiant. Que la conscience puisse ou non, dans ces conditions, pouvoir observer ou influencer la suite du monde, même en toute quiétude, n’est guère plus réjouissant. Une métempsycose solitaire semble pratiquement vidée de tout intérêt.

b) Le transfert dans une sorte d’éther peuplé d’autres consciences : se pose alors la question de savoir quelles sont ces autres consciences. Si elles proviennent d’âmes humaines trépassées, alors la situation n’est guère plus enviable que celle de la vie sur Terre, surtout si on fait l’hypothèse d’une éternité en commun. Que se passe-t-il alors ? En l’absence de substrat matériel, les besoins et les désirs existent-ils ? Le temps s’écoule-t-il ? Et si le temps ne s’écoule pas, la communication ou la pensée sont-elles possibles ? De plus l’hypothèse binaire d’un enfer séparé d’un paradis ne tient guère, même si on la modère par l’addition d’un purgatoire. Le bilan moral d’une vie est un continuum, et l’on peut donc guère imaginer autre chose qu’un au-delà où toutes les consciences finiraient par aboutir, y compris celles qu’on aurait voulu ne plus jamais fréquenter. On voit mal dans ces conditions comment éviter le jeu des relations obligées : très peu pour moi. « L’enfer c’est les autres », dit la citation de Sartre. Dans cette configuration, oui, j’en ai bien peur…

c) L’accès à une sorte de méta-niveau de jeu. Quelles représentations non anthropomorphiques peut-on alors se faire des entités qui peupleraient ce niveau (autre(s) joueur(s), maître(s) du jeu ?), et dont l’existence permettrait le maintien d’un alter ego permettant l’exercice de la pensée/conscience non repliée sur elle-même ? Il s’agit presque assurément d’un monde totalement inhumain, mais même s’il est de ce fait difficile à espérer avec enthousiasme, il faut peut-être aussi considérer que c’est peut-être parce qu’il serait inhumain qu’il échapperait au moins en partie aux imperfections d'ici-bas…

Ces différentes pistes ne sont ni très précises, ni très engageantes. Elles ne permettent donc malheureusement guère de faire suffisamment progresser la réflexion à propos de la légitime question « que peut-on espérer ? ». Il faudra y revenir, de temps à autre, sans doute jusqu’à la fin. (d'après le Journal, 27/04/20)

Critique des religions

[Reconnaître et éviter la redondance]: La dénonciation de l’imposture des religions révélées reste d’importance, mais les arguments sont déjà tous disponibles et correctement formulés (et déjà depuis le testament de Jean Meslier [...]), il n’y a pas grand-chose à ajouter, et leur disparition souhaitable mais malheureusement incertaine n’est désormais qu’une question de temps, de circonstances historiques, peut-être de commerce ou de politique. (d'après le Journal, 6/03/20)

[Deux façons de combattre le dogmatisme]: A bas Moïse, Jésus et Mahomet ; le message de leur révélation, analogue à mille autres aujourd’hui oubliés pour des raisons relevant principalement de la théorie du chaos et de la sélection mémétique, et pas plus respectable qu'un quelconque assemblage de signes aléatoires, serait risible s’il n’était pas potentiellement si dangereux ! Je soutiens à ce titre la démarche des chevaliers de l’ironie anonymes qui ont pu proposer avec suffisamment d'énergie, jusqu’à obtenir leur entrée dans Wikipedia, les nouveaux cultes de la Licorne rose invisible ou du Monstre en spaghetti volant. Cela ne m’empêche pas d’estimer que les postures plus sérieusement combatives d’un Meslier ou d’un Dawkins sont également utiles. En fait, il n’est guère possible de comparer le degré d’importance des deux approches, celle qui consiste à tourner les religions dogmatiques en ridicule, et celle qui prétend les affronter plus directement sur le plan de la critique ; les deux sont pertinentes sur des plans presque indépendants, c’est pourquoi chacune conserve en dernière instance son utilité propre. (d'après le Journal, 6/04/20)

[Quantité et qualité]: Certes, la vérité ne peut être dite et comprise sans être alors crue, mais elle peut néanmoins être mal diffusée, et surtout son efficacité noyée dans les torrents de sottises et de fausses pistes démagogiques ou divertissantes déversés par le politiquement correct et le tittytainment. (d'après le Journal, 6/03/20)

[Pas de respect pour les religions révélées]: Je n'ai aucune considération pour les dogmatismes religieux et les prétendues révélations divines, que je tiens en général pour de simples abus de pouvoir politiques dépourvus de valeur de vérité (ou ayant, pour le dire autrement, un solde véritaire négatif, en ce qu’ils éloignent davantage de la vérité qu’ils n’en rapprochent). Je ne souhaite pas perdre trop de temps avec eux en m'engageant dans des débats théologiques dépourvus d'intérêt comme de sens. Je ne vois pas non plus pour quelle raison je leur devrais le moindre respect. Au contraire, je vois ceux qui exigent un tel respect comme des conformistes hypocrites ou des manipulateurs intéressés, et ceux qui cèdent à ce chantage comme des lâches coupables de faiblesse morale. Il me semble que le modèle laïc à soubassement agnostique constitue l’option religieuse la plus avantageuse au plan collectif, et le déisme non révélé (ou déisme athée) la position métaphysique la plus raisonnable sur le plan individuel. (d'après le Journal, 16/03/18)

Politique

Définition de la gauche

Dans une certaine mesure, on peut admettre l’idée (qu’on retrouve plus ou moins chez de Benoist, Muray, Ozon, Drac, Zemmour) que non seulement la nature, mais encore la réalité elle-même est ou bien de droite ou bien de nulle part, mais en tout cas pas de gauche, au moins si l’on définit la gauche non pas comme seulement pragmatiquement progressiste, mais bien comme essentiellement idéaliste, voire spirituelle, au sens où il s’agirait plutôt d’un état d’esprit un peu mystique -le gauchisme- soumettant toute action et même toute pensée (d’où le politiquement correct) à une véritable profession de foi dans le progrès. Le gauchisme ainsi défini doit être envisagé comme une attitude favorable au changement (opposée au conservatisme ou à la prudence) dictée, ou au moins autorisée, par une posture fondamentalement optimiste qui consiste à croire, sans preuve, que le progrès (soit le changement dans le bon sens) va nécessairement advenir dans le futur. En ce sens, si le gauchisme s’oppose avant tout au fixisme de principe du traditionalisme, et même plus simplement à la vertu de prudence des conservateurs (qui sont dès lors plus légitimes qu’eux à user du “principe de précaution”), il s’oppose aussi, par l’optimisme de l’acte de foi qu’il suppose, au pessimisme assumé des cyniques ou des misanthropes, ainsi plus généralement qu’aux réserves de bon sens, beaucoup plus largement partagées, vis-à-vis d’une hypothétique amélioration possible de la condition humaine (non pas au sens économico-social, mais au sens anthropologique) accessible en dehors de toute entreprise eugéniste ou transhumaniste (car dans l’esprit du gauchiste, tout doit passer par l’éducatif et le culturel, au détriment du physique ; un peu comme pour les cyclistes, tout doit se passer à la force du jarret, le recours à un moteur étant inenvisageable). En ce sens, toute personne qui aurait tendance à voir le monde au travers du prisme des proverbes ou maximes traditionnelles (du genre “errare humanum est” ou “la vie n’est jamais si bonne ni si mauvaise qu’on croit”), même si elle n’est pas nécessairement de droite, aura de la peine à se sentir vraiment de gauche. Par extension, il me paraît juste que centre (ou marais) et droite soient politiquement alliés contre la gauche, comme c’est le cas en France depuis au moins 50 ans (c’est le même mécanisme pour les religions : les agnostiques sont souvent plus proches des athées que des croyants). Pour les mêmes raisons, il me paraît d’ailleurs difficile de croire que la gauche puisse être durablement majoritaire, dans un pays donné, sans ressortir à une sorte de “sortilège” analogue à celui des religions dominantes, qui permet le maintien -peut-être grâce à l’utilisation de mécanismes relevant de la dissonance cognitive- d’une illusion collective subsumant la réalité. (Journal, 15/12/16)

L'idéal humaniste face à la révélation libérale

On pourrait croire que le nivellement par le bas des sociétés humaines constitue non pas un objectif en soi mais seulement l’un des effets secondaires inévitables d’une tendance naturelle des systèmes libéraux à créer des inégalités, et à regrouper de ce fait dans la catégorie de la « masse humaine indifférenciée » (selon le mot de Renaud Camus) un nombre toujours plus important de nos semblables (selon la loi générale du 20/80 progressivement étendue, sous l’effet de forces centrifuges systémiques, à 10/90, 5/95, etc). Ce serait se tromper de perspective : le fait que la principale différence entre les riches et les pauvres, désormais, tienne au revenu ou au patrimoine (autrement dit que les réalités des riches ne soient pas très différentes des aspirations des pauvres, selon le mot de Desproges), alors qu’interagissaient auparavant des différences d’éducation, de culture et de classe, montre qu’au contraire les différences entre les hommes se réduisent, à mesure que se réduisent aussi les systèmes symboliques disponibles, car elles ne dépendent plus que d’un unique critère : l’argent. Dans ces conditions, le libéralisme ne doit pas être considéré comme un agent nocif en lui-même, une sorte de principe actif destructeur de la condition ou de la nature humaine, mais tout au contraire comme leur révélateur, une sorte de matrice neutre permettant de rendre compte objectivement de ce que les hommes livrés à eux-mêmes sont et ne sont pas. C’est à cette nouvelle réalité que les humanistes ou les post-humanistes doivent désormais adapter leur vision du monde, faute de voir de plus en plus souvent la course du monde diverger de leur idéal sans disposer de l’appareil critique leur permettant de comprendre le sens des évolutions en cours. (Journal, 22/10/17)

Humanisme à responsabilité limitée

Je crois que l’humanité ne vaut que par les extrêmes, même si elle a jusqu’à présent principalement duré par les moyens. Pour le dire autrement, je pense que la (grande) majorité des hommes n’a que peu de valeur personnelle propre, qu’elle constitue une sorte de « junk humanity » pas spécialement méprisable en tant que telle, mais pas exagérément estimable non plus, dont presque tous les membres sont substituables par d’autres du point de vue de leur fonction. Ses représentants ne sont que des instances quelconques d’un potentiel initial non réalisé, et ne revêtent dès lors que la valeur qu’ils contribuent à produire en mettant en place un monde au sein duquel pourront émerger d’autres potentiels plus sophistiqués, originaux et puissants, dans le sens néguentropique qui est à la fois celui du monde vivant et de l'univers de la pensée. Je ne développe donc aucun fétichisme de la vie humaine, que je ne tiens pas pour sacrée en toute circonstance. Je suis en conséquence favorable en particulier au contrôle des naissances, à l’avortement, au droit au suicide, à l’euthanasie et à l’eugénisme en tant que pratiques privées laissées au libre choix de chacun ; et à un planning familial fortement incitatif au plan public. Je suis également favorable à la peine de mort, et éventuellement à la torture (pour ceux qui le méritent évidemment, soit par exemple dans le cas du problème de la bombe à retardement; je ne suis animé d’aucun goût pour la violence gratuite). Je pousse le raisonnement jusqu’à défendre l’idée que pour un Etat responsable, le recours à la torture dans certains cas de payoffs positifs relève non seulement du droit, mais de l’obligation politique et morale. (Journal, 16/03/18)

Priorité anti-dysgénique

Je pense qu’en cas de menace sur les ressources (et nous avons peut-être déjà atteint ce point, beaucoup de choses dépendent en fait de la possibilité de la fusion nucléaire, je m’étonne du faible effort de recherche et de communication entrepris dans ce sens), il est, non seulement moralement souhaitable, mais politiquement nécessaire de limiter les facteurs de dysgénisme actuellement à l’oeuvre (surnatalité africaine, angélisme immigrationiste, discrimination positive, politiques dite inclusives imposées par le droit et les normes, atomisation et parasitisme social, hégémonie culturelle des thèses hédonistes et individualistes déresponsabilisantes au service du marché), à la fois dans l’objectif du bien commun de l’humanité entière (et en particulier de sa composante non dysgénique) et de sa capacité à produire, diffuser et reconnaître la vérité. (Journal, 16/03/18)

Effet taille contre dysgénisme

L’ignorance de l’effet taille, bien connu en ACP, dans les clichés véhiculés par la pensée dominante a des conséquences profondes. L’idéologie « united colors of Benetton » suggère que si on n’est pas bon en maths, on est bon en français, dans une sorte de compensation interdisant l’élaboration de toute hiérarchie globale. Toutes les études démontrent l’inverse. D’une manière générale, non seulement les meilleurs en maths sont aussi les meilleurs en français, mais les meilleurs en classe sont aussi plus beaux, plus grands, en meilleure santé, etc. Ce n’est que dans un second temps (sur un second axe factoriel) que des différences structurelles apparaissent. Un individu pauvre et stupide a une probabilité plus grande d’être méchant, c’est peut-être triste mais c’est ainsi. De ce point de vue, le christianisme est porteur d’un message de nature à brouiller les pistes, par son appel à sauver le faible, à se préoccuper du petit, à aimer le pauvre. La notion de prochain, étendue par le cosmopolitisme droitdelhommiste à tous les individus, quelle que soit leur distance relative, interdit de trier ou de hiérarchiser. Cela ne peut que conduire à une forme de relativisme dysgénique, par l’abandon du sain principe naturel conduisant à la mise à l’écart des moins bons, dont la seule qualité compensatoire est sans doute de se contenter d’exister, voire de se reproduire et de donner le mauvais exemple. (Journal, 3/11/17)

Deux baisses [Inspiré d'une blague belgeophobe]

Soit deux pays voisins caractérisés par une différence significative de QI (M=100 s=15 pour A; M=85 s=15 pour B). Si une sélection tirée de la meilleure moitié de B émigre vers A, le QI moyen des deux pays baisse immédiatement par l'apport d'un QI moyen de 96 vers A, par la perte de celui-ci pour B, et l'effet se trouve renforcé aux générations suivantes, dans le pays A, par le phénomène de la régression vers la moyenne.

Egalitarisme inique

J’ai lu récemment sur Quora un argument contre le bien-fondé même d’un questionnement sur les différences de QI selon les races. Cet argument stipulait que ce qui constituait la base de la notion de dignité humaine (et plus généralement animale) était la capacité à ressentir, soit par exemple à souffrir. Ensuite, par une sorte de tour de passe-passe, il suffit d’affirmer que tous les hommes ont donc la même dignité (et partant les mêmes droits) car ils ont la même capacité à ressentir. Désolé, je ne suis pas convaincu, et il faudrait y réfléchir à deux fois, et notamment se demander à qui revient la charge de la preuve : celui qui affirme sans justification que les êtres humains souffrent de la même manière quel que soit leur niveau d’intelligence et de culture, ou celui qui affirme le contraire ?
Il me semble que les Chrétiens font surtout preuve de paresse et de lâcheté intellectuelle lorsqu’ils se rendent à la même conclusion. Toutes les créatures humaines ont la même dignité, et donc les mêmes droits, qu’ils soient embryons, grabataires, champions de tennis, fanatiques musulmans, juristes parisiens ou paysans malgaches. Comme une telle position est pratique (pour se donner en toute occasion bonne conscience), mais comme elle est paralysante (puisqu’elle conduit à s’exonérer de tout véritable choix politique d’allocation de ressources) !
A ce stade, j’ai au contraire pour ma part toutes les raisons de penser que la sensibilité et l’intelligence sont corrélées d’une part, et que la dignité n’est pas un état binaire (on est digne ou on ne l’est pas) mais une variable progressive (on l’est plus ou moins) dépendante non pas seulement de ce qu’on est (option essentialiste bornée qui est celle de l’humanisme de principe par exemple) mais aussi de ce qu’on fait, jour après jour (version existentialiste de l’éthique appliquée). (Journal, 5/11/17)

Junk humanity

Il faudrait creuser, en relation avec l’article « Why the future doesn’t need us » et du choix Websterien, la notion de « junk humanity » [...] qui fait écho aux notions de junk food, junk TV, junk code, junk DNA auxquelles Bardini a consacré un ouvrage. Notion à envisager, si possible, pas seulement sous un angle péjoratif. (Journal, 23/11/17)

Puissance impuissante

Aux connards qui ne pensent la puissance qu'en termes de valeur absolue en oubliant tout sens de la proportionnalité, et notamment à ceux qui prennent tout point supplémentaire de croissance comme une victoire, qui s'enthousiasment de l'augmentation de la population ou du nombre de nouveaux migrants à régulariser, on devrait simplement demander s'ils préfèrent vivre en Suisse ou en Ethiopie, en Norvège ou au Nigéria, en Nouvelle-Zélande ou au Bengladesh.

Morale des forts

Je crois que si les forts (notamment les plus intelligents) ont jusqu’à un certain point un devoir moral d’assistance aux faibles (notamment les plus sots), ce devoir exclut cependant tout sacrifice en leur faveur, en vertu des principes de la morale des forts. En d'autres termes, le fort manque à son devoir moral s'il se sacrifie pour un plus faible que lui. (Journal, 16/03/18)

Moment misanthrope

On me rétorquera qu’il faut bien la laisser vivre, cette masse humaine indifférenciée, indolente et jouisseuse à laquelle veulent d’ailleurs s’agréger en Occident, quoique sur un mode paradoxal et complexé, des populations hébétées venues du monde entier. Et peut-être ce laisser-faire constitue-t-il effectivement, comme le disent plus ou moins explicitement les défenseurs de la démocratie de marché, un moindre mal. Mais la vraie question est selon moi antérieure : faut-il en effet seulement la laisser naître, si telle est sa finalité ? Autrement dit doit-on produire, en vertu du simple espoir qu'une poignée d'entre eux échappent à ce tragique destin, des enfants dont on se contentera qu’ils acceptent une si médiocre trajectoire, un si commun destin, une si morne vie dépourvue de sens ? (Journal, 27/01/18)

Moment misogyne

Après que les adolescentes, pour la seule raison qu’elles sont adolescentes, et à condition de se comporter comme telles (c’est-à-dire largement dans la séduction, quelle qu’en soit la forme, de la plus soumise à la plus provocante, en passant par tous les degrés d’exigence voire de caprice, que celle-ci peut prendre) se trouvent d’emblée, et sans autre raison que leur existence même, investies d’un pouvoir qu’elles ne méritent pas plus qu’elles ne souhaitent nécessairement (cf. la théorie de la jeune fille), j’observe qu’elles obtiennent à peu près le même résultat lorsqu’elles accèdent au stade de la maternité. Certes, certaines grossesses peuvent être pénibles, et il y a quelques heures de douleurs à l’accouchement, mais enfin, là ne se loge qu’un très faible niveau de mérite (l’une des preuves en étant le dysgénisme, manifesté par la capacité de certaines populations tarées à se reproduire rapidement). De nos jours en Europe, le système tout entier (protection sociale efficace, soutien de la famille) apporte un concours qui fait qu’il semble à peu près aussi facile, pour une jeune femme, de travailler un peu au début de la grossesse puis de s’arrêter plusieurs mois avant et après l’accouchement, tout en bénéficiant au passage de la prévenance de ses proches envers une activité en partie égocentrique, plutôt que de s’ennuyer dans un travail souvent principalement alimentaire. En vérité, les difficultés ne viendront que plusieurs années plus tard, d’abord au moment où plusieurs jeunes enfants viendront perturber le fonctionnement du couple, en particulier si celui-ci se trouve sous contrainte financière, puis au moment de l’adolescence, puis enfin spécifiquement sur le plan pécuniaire au moment des études, et encore, dans le meilleur des cas, celui où une séparation ou un divorce, voire une recomposition familiale non désirée, ne viennent pas perturber l’affaire. Tout se passe donc comme si l’attention imméritée reçue par les jeunes filles jouait un rôle assimilable à celui d’une traite sur l’avenir, autrement dit une dette les obligeant à manger leur pain blanc immédiatement, pain blanc dont le paiement différé devra être remboursé cinq, dix, vingt ans plus tard, ce qui occasionnera un déséquilibre débouchant occasionnellement sur un divorce ou une dépression. En somme, il est absurde de féliciter les jeunes parents lors de la naissance, ou du moins il faudrait délier les félicitations de toute notion de mérite, et les imaginer plutôt comme une empathie –soit le partage de leur joie, voire la compassion à l’anticipation des problèmes à venir, rien de plus. En revanche, il faudrait féliciter ceux qui, sans témoins, se sacrifient pour leurs enfants à l’âge de 45 ans ; ceux qui, pour ne pas faire peser les conséquences de leurs choix sur d’autres, choisissent parfois de ne pas avoir d’enfants alors qu’ils pourraient narcissiquement être tentés de le faire ; de ne pas divorcer au creux d’une vie de couple morne, pour préserver un cellule familiale propice à l’éducation de leurs enfants ; ceux qui, au bout du compte (mais on ne peut en général le savoir qu’à partir d’un âge relativement avancé), auront donné plus qu’ils n’auront reçu ou pris.

Cette traite injustifiée sur l’avenir n’est pas sans conséquence, mais ces conséquences sont en général indirectes et masquées, comme dans le cas de l’antiracisme appliqué. On donne certes en abondance et sans contrepartie apparente aux jeunes filles, comme la discrimination positive donne des avantages de pur statut aux supposés défavorisés, ce qui transforme alors celles-ci et de ceux-là en apparents privilégiés. Mais comme le dit le dicton « everything comes with a price », et ces privilèges d’un jour le leur seront un jour reprochés, en partie injustement d’ailleurs, en ce qu’ils les ont en général rarement demandés –au moins spontanément-, et qu’ils en ont souvent profité par faiblesse plus que par malice. Mais enfin, le fait que la jeune fille, par exemple, soit naturellement désirable, et se trouve par là-même investie d’une valeur (d’usage et d’échange) fait d’elle, indépendamment de sa volonté, un objet autant qu’un sujet. Objet qu’on va dès lors convoiter et chérir, mais aussi parfois se disputer, s’accaparer ou défendre ; tout cela aux dépens de sa liberté, à elle, et d’une certaine manière de ce qu’on pourrait considérer comme sa dignité. (Journal, 24/12/17)

Moment féministe

Il me semble qu’une partie de la violence faite aux femmes vient peut-être de la violence du désir qu’elles ont la capacité à créer chez l’homme, et de leur capacité à tenter parfois de jouer de ce désir à leur profit, sans pourtant forcément comprendre tout ce qui se joue dans cette affaire, comme si les femmes ne pouvaient observer que les conséquences des moyens presque techniques de séduction, par exemple le maquillage ou la façon de s’habiller, pour ainsi de l’extérieur, sans forcément comprendre en détail les mécanismes plus psychiques à l’oeuvre, ce qui semble paradoxal compte tenu de leurs dispositions innées, en principe plus orientées sur la psychologie que sur la technique. Pour les hommes, brimer les femmes, c’est une façon –certes tout à fait injuste- de canaliser indirectement chez eux le pouvoir démoniaque de ce désir, tout autant que d’interdire qu’il puisse opérer auprès de rivaux potentiels. Qu’on songe, à titre d’illustration, aux personnages de Frollo et Esmeralda dans « Notre-Dame de Paris ». Les théories de Françoise Héritier (du moins le peu que j’en sais), qui insistent davantage, pour expliquer l’origine de la violence faite aux femmes, sur le monopole de la reproduction que sur celui du désir, m’ont toujours paru insuffisantes sur le sujet. (Journal, 13/03/18)

Moment réactionnaire

Tous les jeunes parents sont, à des degrés variés, des irresponsables, puisqu’ils commettent une action dont les conséquences les dépassent largement. Il est cependant vital pour l’humanité qu’ils agissent effectivement, en s’en remettant à la bonne fortune (pour beaucoup transfigurée en foi) plus qu’à leur seule capacité à assurer la survie et la bonne éducation de leur descendance, dans un monde de plus en plus anxiogène.

Parmi ceux-ci, les couples mixtes (je parle des couples mixtes raciaux, pas seulement culturels) prennent un risque supérieur. Face à la déferlante migratoire à venir, qui risque de frapper l’Europe d’ici une génération, et face au possible retour d’une réalité jusque-là escamotée par la gauche culturelle (importance des origines dans la psyché et la sensibilité, détermination partielle des capacités physiques et intellectuelles par la génétique, etc), il est probable que les tensions raciales vont augmenter. Seule une dose considérable de conditionnement social au cosmopolitisme obligatoire permet encore de « tenir la baraque », mais il est probable, ou au moins possible, qu’il vienne un moment où ce conditionnement ou bien explosera face à la réalité, ou bien s’inversera pour servir de nouveaux intérêts. Toute personne de race mélangée, et en particulier les métis noir/blanc, seront alors placés dans une situation difficile ; leurs parents pourront toujours clamer leur innocence en s’en remettant à la vulgate gauchiste/cosmopolite d’aujourd’hui : et on pourra toujours leur répondre : ah, oui ? Vous avez vraiment cru aux âneries du politiquement correct des années 2000 ? Vous avez fantasmé sur les trophy wives blanches hypersexy des footballeurs africains jouant en équipe de France, au lieu de vous nourrir de Socrate ou Voltaire, ou de simplement méditer la conclusion de La Fontaine "tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute" ? Vous vous êtes appuyés sur les exemples mis en avant par les médias dominants évidemment idéologiquement orientés pour construire votre vie ? Et maintenant vous voulez qu’on vous plaigne ? Prenez-vous en à votre propre naïveté, votre propre lâcheté, ou votre propre paresse, et ne rejetez pas sur des tiers la responsabilité de vos tares… Les statistiques sur la divorcialité inter-raciale étaient disponibles à tous depuis des années par une simple recherche de quelques secondes sur Wikipedia (en gros, aux USA,une femme blanche voit son risque de divorce augmenter de plus de 50% si elle se marie avec un homme noir). Comme vous l’auriez vous-même affirmé au moment, « c’est mon choix » : c’est donc maintenant aussi votre responsabilité. Face it.

(Journal, 7/03/18)

Motivations de la reproduction en contexte d'atomisation sociale et d'émergence du numérique

La richesse et le pouvoir temporel ne servent pas à grand-chose tant qu’ils ne débouchent pas sur des actions véritablement innovantes, principalement dans le domaine scientifique et technologique (l’économie et la politique suivent). Par exemple, la vie de mes deux grands-pères est d’une importance comparable, du point de vue de leur impact sur l’histoire, alors même que l’un était significativement plus riche et puissant que l’autre : comme pour la très grande majorité des gens, leur influence immédiate n’a guère dépassé la sphère familiale (évidemment, avec l’effet domino et l’effet papillon, ils ont aussi chacun changé la face de l’univers, mais on peut en dire autant de toute créature, de Tamerlan à la moindre limace).

En dehors de conséquences en chaîne dont on ne mesure nullement le sens ni la portée, la disparition des traces physiques d’une vie (décomposition du corps, dispersion des effets personnels, effacement des contributions professionnelles, etc) fait que quelques années après la mort (ou quelques dizaines d’années, quelle importance au fond ?), il n’en reste plus grand-chose de cohérent dans le monde réel. Dès lors, une différence potentiellement colossale se crée entre ceux qui ont laissé des traces numériques et les autres : textes et photographies bien sûr, mais peut-être aussi cookies et autres trackers enfouis dans le big data collecté par les grandes sociétés informatiques, qui constituent peut-être un proto-univers d’une sorte de SecondLife où les personnes ayant vécu au début du XXIème siècle feront office de grands ancêtres. Le simple fait de laisser (le plus souvent désormais à son corps défendant) un historique de navigation Google Chrome ou Firefox pourra sans doute permettre de reconstituer avec assez de précision la personnalité d’un individu quelconque. La question de la filiation mérite d’être réexaminée dans ce contexte particulier.

Le sentiment de décomposition, voire de suicide, en quelque sorte la pulsion de mort qui anime les sociétés occidentales (cf. Zemmour, Douglas Murray) doit aussi se comprendre dans sa dimension ethno-génétique : l’importation d’une Masse Humaine Indifférenciée d’origine extra-européenne (essentiellement contre la volonté des autochtones, dont le conatus a été progressivement dissout par l’intense propagande menée par les mondialistes, et surtout contre toute prise de conscience possible, du fait de la gestion très orwellienne du phénomène de Grand Remplacement dénoncé par Renaud Camus), additionné au travail de décomposition familiale encouragée par le système (promotion de l’hédonisme individualiste et plus généralement des sexualités récréatives, comme dérivation du vitalisme et de la sexualité reproductive, découpage de plus en plus saccadé du temps social invitant à osciller entre instantanéité et procrastination, tout en perdant de vue les notions de recueillement et de transmission), rendent impossible la perspective d’une persistance à long terme de la race (dans le sens que prête à ce mot Michel Drac dans La Question Raciale, à savoir celle d’une lignée dont l’une des fonctions est la conservation de la mémoire, du patrimoine et de la culture), et découragent en cela l’effort nécessaire à la fondation d’une famille nombreuse et soudée. En gros, le message est : faites-vous plaisir dès aujourd’hui en vous achetant une véranda ou en vous mettant à la pratique de l’échangisme, plutôt que de faire l’effort long d’engendrer et surtout d’éduquer des enfants, dont le destin serait de toute manière de ne rien retenir de vous, puisqu’ils seront eux-mêmes fragmentés dans des réseaux sociaux lointains, condamnés à un métissage statistiquement inévitable, éloignés par d’interminables recompositions familiales, et conditionnés par un politiquement correct dont vous n’aurez pas le pouvoir de les prémunir.

Dès lors, ceux qui font encore des enfants ne le font plus forcément comme autrefois dans la perspective d’une persistance de la lignée (soit par une projection vers l’avenir qui s’enracine dans la conscience du passé), mais parfois ou bien comme activité de loisir en tant que telle (pour le plaisir de s’occuper temporairement d’une sorte de poupées vivantes), ou bien plus prosaïquement pour percevoir les allocations familiales. Dans le cas de certaines populations immigrées, le fait d’avoir beaucoup d’enfants constitue aussi le moyen de prendre pied dans le pays d’accueil (par l’inscription à l’école et les droits sociaux et moraux issus de cette démarche), soit d’imposer sa race dans un environnement étranger (ce qu’on peut voir comme un Jihad des ventres dans le cas de certaines populations musulmanes, le terme est certes un peu fort, d’autant que le processus n’est pas seulement politique, ni même nécessairement pleinement conscient, mais me semble juste sur le fond, pour décrire le phénomène dans ses effets concrets).

Ceci dit, il ne faut pas céder à une sorte d’idéalisation rétrospective des motivations familiales de nos aïeux. Dans de nombreux cas, ceux-ci ont fait des enfants en espérant surtout qu’ils leur servent ultérieurement d’assistance pour leurs vieux jours. Dans d’autres cas tout aussi nombreux, les enfants ont été la simple conséquence impensée de pulsions sexuelles sans aucune préoccupation de filiation, parfois sans doute de quasi-viols, surtout si l’on remonte suffisamment loin dans la généalogie. Et cela n’a pas empêché la civilisation de se produire, ce qui peut constituer l’un des rares motifs d’espoirs une fois le phénomène transposé, mutadis mutandis, à notre situation actuelle.

(Journal, 2/02/18)