Aphorismes et fragments philosophiques variés
(Emmanuel Dion, 1990-2020, en cours d'agrégation)

Critique des religions

[Reconnaître et éviter la redondance]: La dénonciation de l’imposture des religions révélées reste d’importance, mais les arguments sont déjà tous disponibles (et déjà depuis le testament de Jean Meslier [...]), il n’y a pas grand-chose à ajouter, ce n’est qu’une question de temps, peut-être de commerce ou de politique. (Journal, 6/03/20)

[Deux façons de combattre le dogmatisme]: A bas Moïse, Jésus et Mahomet ; leur message, analogue à mille autres aujourd’hui oubliés pour des raisons relevant uniquement de la théorie du chaos et de la sélection mémétique, serait simplement risible s’il n’était pas de surcroît si faux, stupide et dangereux ! Je soutiens à ce titre la démarche des chevaliers de l’ironie anonymes qui ont pu proposer avec suffisamment de vigueur, jusqu’à obtenir leur entrée dans Wikipedia, les nouveaux cultes de la Licorne rose invisible ou du Monstre en spaghetti volant. Cela ne m’empêche pas d’estimer que les postures plus sérieusement combatives d’un Meslier ou d’un Dawkins sont également utiles. En fait, il n’est guère possible de comparer le degré d’importance des deux approches, celle qui consiste à tourner les religions dogmatiques en ridicule, et celle qui prétend les affronter plus directement sur le plan de la critique ; les deux sont pertinentes sur des plans presque indépendants, c’est pourquoi chacune conserve en dernière instance son utilité propre. (Journal, 6/04/20)

[Quantité et qualité]: Certes, la vérité ne peut être dite et comprise sans être alors crue, mais elle peut néanmoins être insuffisamment diffusée, et surtout son efficacité noyée dans les torrents de sottises et de fausses pistes démagogiques ou divertissantes déversés par le politiquement correct et le tittytainment. (Journal, 6/03/20)

Mort

Philosopher, c'est apprendre à mourir, dit-on. Peut-être pourrait-on améliorer l'idée en disant plutôt que c'est "se disposer à mourir". (Journal, 12/06/17)

Questions métaphysiques et questions rhétoriques

Je serais sans doute plus adapté à une civilisation dans laquelle l'amour serait remplacé par la fidélité morale, et la recherche du bonheur par celle de la vérité. (Journal, 28/06/17)

Si, comme je l’écrivais plus haut, la question de l’existence ou l’inexistence de Dieu est une question rhétorique, la question de l’existence ou de l’inexistence d’un au-delà ne l’est pas du tout. C’est une question beaucoup plus sérieuse, à la fois en ce qu’elle conditionne directement le cadre moral de notre vie sur terre et qu’elle est beaucoup plus précise dans ses prétentions (donc réfutable au sens de Popper) que celle de l’existence d’un Dieu aux attributs mal définis. Elle englobe par exemple l’hypothèse de simulation et certains aspects de la théorie des multivers ou de la Singularité technologique. Elle s’appuie pour cela sur des considérations à la limite de la prospective scientifique, s'inscrit d'emblée au coeur des problématiques pratiques actuelles de conservation des données et ouvre de ce fait sur des débats beaucoup moins oiseux que les sujets théologiques ou religieux classiques. (Journal, 6/03/20)

Il est regrettable d'observer que les seules propositions de description précises de l’au-delà émanent de religions par ailleurs discréditées par leurs dogmes absurdes. Ce qu’il faudrait, c’est au contraire travailler à la description d’un au-delà possible, voire probabilisable d’un point de vue agnostique ou athée, description suffisamment précise et crédible pour combler le vide existentiel laissé par la dénonciation de l’imposture des religions instituées, pour éviter que cette dénonciation par ailleurs légitime ne devienne prétexte au développement du nihilisme délétère qui accompagne classiquement le processus de sécularisation du monde et l’égarement axiologique qu'il entraîne.
L’autre point d’une importance majeure est la question de la métempsycose, disons plutôt une version modernisée de ce en quoi a pu consister autrefois l’idée de réincarnation ou de transmigration des âmes (voire, mais c’est plus délicat, celle de rétribution des âmes). Il suffirait d’ouvrir la porte de la métempsycose dans sa version ancienne (aspiration naïve à l’immortalité de l’âme menant aux sottises pro-animalières de l’hindouisme, aux errances spiritistes ou à l’impasse platonicienne du dualisme) sur l’hypothèse transhumaniste de l’uploading, ou au minimum sur les possibilités avérées de conservation des données descriptives de l’existence de chacun promise par l’explosion de l’information, et les conséquences de cette possible conservation sur ce qui pourrait devenir une forme adoucie mais bien réelle de jugement dernier, et le tour serait joué. (Journal, 6/03/20)

La question métaphysique de l’immortalité, notamment, mérite d’être profondément réexaminée à la lumière des possibilités offertes par l’explosion de l’intelligence/information. L’hypothèse d’une conservation indéfinie de la mémoire des hommes, à un degré de finesse beaucoup plus élevé qu’on n’aurait jamais pu l’imaginer auparavant, change radicalement la représentation qu’il est raisonnablement possible de se faire de l’au-delà. (Journal, 6/04/20)

Les philosophies et religions ont été et sont encore incapables de proposer, en réponse à l’évidence de la présence du mal dans le monde, la moindre théodicée assurée et conséquente, permettant de définir une morale appliquée dont l’évidence s’imposerait à tous. A l’inverse, la science mathématique a développé des méthodes précises pour mesurer la complexité d’un système. Ne pourrait-on pas remplacer, pour fonder une éthique partagée, l’impossible opposition bien-mal par la définition/recherche objective du niveau optimal de complexité compatible avec nos sens ? (Journal, 10/04/20)

Le temps, comme le mal, sont des données nécessaires du monde. Si ceux-ci n’existaient pas, celui-ci n’existerait pas non plus, en tout cas pas sous une forme compréhensible par nous, puisque leur absence exclurait toute idée de liberté, et donc de conscience. C’est donc par un argument apparenté à celui du principe anthropique qu’on doit envisager de résoudre –presque tautologiquement- l’énigme de la théodicée. (Journal, 10/04/20)

Vérité

La vérité est indépendante de nos désirs. (Journal, 9/11/17)

[Je souhaite insister sur l'importance] pour moi, de la notion de vérité, que je tends à placer au-dessus de celles de bonté, de justice ou de liberté. Je crois (ou au moins je joue à croire mais dans ce cas-là je joue suffisamment bien pour me tromper moi-même) que je préfère toujours que la vérité seule triomphe, même si je dois personnellement avoir tort, plutôt que l’inverse; en somme, je crois pouvoir soumettre mon ego et dans une certaine mesure ma volonté de puissance au principe de vérité. Je relie cette disposition à mon tempérament peureux et conservateur, acquis dès mon enfance, qui me conduit à me sentir rassuré par l’accès à la vérité, et la conviction que celle-ci finira par l’emporter. Si je parviens (à tort ou à raison) à m’identifier à mes pensées, à être convaincu que celles-ci se confondent avec la vérité (la question de l’honnêteté intellectuelle est donc soulevée), et à croire à la victoire finale de celle-ci (en procédant sans doute à une assimilation un peu rapide des notions de vérité et de réalité), alors je me place sans doute, psychologiquement, dans une posture de foi en ma propre éternité. La vérité ne peut pas m’appartenir bien sûr, mais je peux à l’inverse tenter d’appartenir à la vérité (au sens d’accepter mon allégeance inconditionnelle à elle, de m’y soumettre, de lui sacrifier une partie substantielle de mon ego). (Journal, 14/12/16)

La vérité, plus que mon but, est aussi mon réconfort. Je suis heureux qu’elle existe indépendamment de moi, qu’elle soit éternelle et incontestable. [...] C’est aussi pour cela qu’il m’arrive de me plonger dans des sortes de « binge wikipeding », pour m’assurer que la vérité est bien là, complète, structurée, accessible, prête à se diffuser, sans que ma présence ou ma volonté interfère. Certes, cela réduit mon incitation à survivre et à agir, mais en parallèle cela me rapproche d’un certain état de béatitude et de tranquillité. (Journal, 5/09/17)

Ce [...] à quoi je souhaite participer, c’est à la simple énonciation de la vérité (même pas à sa protection, sa diffusion puis son triomphe, dont je pense qu’ils n'en seront que de simples conséquences à terme) (Journal, 4/01/17)

Identité

Je m’inspire de Bouddha, Simak et Wikipédia (pensée monde) mais aussi de Platon, Kant ou Russell (pensée Européenne quoique animée d’une paradaxole ambition universelle, car « Européen » signifie aussi « conquérant » ou « explorateur ») ou encore Descartes, Pascal ou Montaigne (pensée Française). Mon univers esthétique est animé par Hollywood et Walt Disney, l’épopée du rock et de la pop, les Beatles et Kate Bush, John Irving et Kundera, mais aussi Jacques Tati, Marcel Pagnol, Hergé, Gotlib, Goscinny, Robert Merle, René Barjavel, Michel Tournier, Georges Brassens, Serge Gainsbourg, Francis Cabrel, Alain Souchon, tous ces représentants, petits ou grands, du génie Français (et Belge/Suisse francophone) qu’on retrouve des fables de La Fontaine au synthétique « Cacapoum » de Dutronc, et qui semble s’évanouir à partir des années 1980. Mes héros sont Charles Darwin, Francis Galton et Alan Turing, Ludwig Wittgenstein, Haile Gebreselassie et Roger Federer, mais aussi Raymond Poulidor, Eric Tabarly et Jacques-Yves Cousteau. (Journal, 12/04/20)

Projet intellectuel et genre littéraire

En matière d’information, il faut sans doute consommer beaucoup et produire peu, en vertu des paramètres qui gouvernent aujourd’hui l’économie de l’information: quasi-gratuité de la transmission, immédiateté et accessibilité des productions, émergence de méta-niveaux d’évaluation (généraux ou par affinités) laissant espérer une hiérarchisation ou une sélection possible des meilleures productions; (Journal, 14/12/20)

Il est des textes que je destine à la/ma postérité en général. Certains plus purement orientés vers un public humain rapproché, dans une intention voisine de celle de la plupart des auteurs d’essais ou de romans ; d’autres plus ambitieux mais au public lointain moins nettement défini, proche de ce que Houellebecq nomme « les Futurs », et jusqu’à certaines entités postérieures à une éventuelle Singularité Technologique, principalement dans une optique de témoignage, à la rigueur de plaidoyer. Je ne cherche en revanche bien sûr à adresser aucun message à un hypothétique Dieu omniscient, puisque celui me connaîtrait par définition déjà, corps et âme. Enfin, dans le cas intermédiaire de l’hypothèse de simulation, l’actualisation de ma pensée sous forme de texte peut à la rigueur trouver un sens, si l’on imagine l’auteur/observateur de cette simulation comme ayant accès aux phénomènes du monde mais pas directement à la phase des idées. (Journal, 6/04/20)

Avoir l’ambition de créer un concept, et plus encore un concept utile, que seuls pourront réaliser quelques milliers de personnes dans une génération, soit peut-être une sur un million, constitue dans ces conditions un geste presque prométhéen, bien plus, par exemple, que d’amasser 10 millions d’euros ou de sauver 1000 vies. (Journal, 11/04/20)

Solipsisme

[Les deux solipsismes]: On peut distinguer, et c’est même capital, deux solipsismes différents. Le premier consiste en un solipsisme radical (renvoyant au concept du Cerveau de Boltzmann), selon lequel l’individu conscient constitue un être absolument isolé, sans créateur ni observateur. Il n’y a absolument rien à dire de cette hypothèse, rien à commenter pour un hypothétique Autre (par définition inexistant), aucun message qui fasse sens en dehors d’une simple élaboration interne bouclant sur elle-même. On ne peut donc que la considérer comme une hypothèse d’école stérile avec laquelle, à l’instar de Meursault dans L’Etranger importuné par les visites du prêtre peu avant son exécution, il importe surtout de ne pas perdre de temps. Le second consiste en un solipsisme faible (renvoyant à l’hypothèse de simulation), selon lequel l’individu conscient constitue certes un être isolé de tous les avatars du monde apparent -considérés comme de purs simulacres, mais vit tout de même sous le regard d’un créateur surnaturel pouvant tenir le rôle d’un Autre potentiel, et même peut-être de L’Autre par excellence. (Journal, 8/04/20)

Politique

Définition de la gauche

Dans une certaine mesure, on peut admettre l’idée (qu’on retrouve plus ou moins chez de Benoist, Muray, Ozon, Drac, Zemmour) que non seulement la nature, mais encore la réalité elle-même est ou bien de droite ou bien de nulle part, mais en tout cas pas de gauche, au moins si l’on définit la gauche non pas comme seulement pragmatiquement progressiste, mais bien comme essentiellement idéaliste, voire spirituelle, au sens où il s’agirait plutôt d’un état d’esprit un peu mystique -le gauchisme- soumettant toute action et même toute pensée (d’où le politiquement correct) à une véritable profession de foi dans le progrès. Le gauchisme ainsi défini doit être envisagé comme une attitude favorable au changement (opposée au conservatisme ou à la prudence) dictée, ou au moins autorisée, par une posture fondamentalement optimiste qui consiste à croire, sans preuve, que le progrès (soit le changement dans le bon sens) va nécessairement advenir dans le futur. En ce sens, si le gauchisme s’oppose avant tout au fixisme de principe du traditionalisme, et même plus simplement à la vertu de prudence des conservateurs (qui sont dès lors plus légitimes qu’eux à user du “principe de précaution”), il s’oppose aussi, par l’optimisme de l’acte de foi qu’il suppose, au pessimisme assumé des cyniques ou des misanthropes, ainsi plus généralement qu’aux réserves de bon sens, beaucoup plus largement partagées, vis-à-vis d’une hypothétique amélioration possible de la condition humaine (non pas au sens économico-social, mais au sens anthropologique) accessible en dehors de toute entreprise eugéniste ou transhumaniste (car dans l’esprit du gauchiste, tout doit passer par l’éducatif et le culturel, au détriment du physique ; un peu comme pour les cyclistes, tout doit se passer à la force du jarret, le recours à un moteur étant inenvisageable). En ce sens, toute personne qui aurait tendance à voir le monde au travers du prisme des proverbes ou maximes traditionnelles (du genre “errare humanum est” ou “la vie n’est jamais si bonne ni si mauvaise qu’on croit”), même si elle n’est pas nécessairement de droite, aura de la peine à se sentir vraiment de gauche. Par extension, il me paraît juste que centre (ou marais) et droite soient politiquement alliés contre la gauche, comme c’est le cas en France depuis au moins 50 ans (c’est le même mécanisme pour les religions : les agnostiques sont souvent plus proches des athées que des croyants). Pour les mêmes raisons, il me paraît d’ailleurs difficile de croire que la gauche puisse être durablement majoritaire, dans un pays donné, sans ressortir à une sorte de “sortilège” analogue à celui des religions dominantes, qui permet le maintien -peut-être grâce à l’utilisation de mécanismes relevant de la dissonance cognitive- d’une illusion collective subsumant la réalité. (Journal, 15/12/16)

L'déal humaniste face à la révélation libérale

On pourrait croire que le nivellement par le bas des sociétés humaines constitue non pas un objectif en soi mais seulement l’un des effets secondaires inévitables d’une tendance naturelle des systèmes libéraux à créer des inégalités, et à regrouper de ce fait dans la catégorie de la « masse humaine indifférenciée » (selon le mot de Renaud Camus) un nombre toujours plus important de nos semblables (selon la loi générale du 20/80 progressivement étendue, sous l’effet de forces centrifuges systémiques, à 10/90, 5/95, etc). Ce serait se tromper de perspective : le fait que la principale différence entre les riches et les pauvres, désormais, tienne au revenu ou au patrimoine (autrement dit que les réalités des riches ne soient pas très différentes des aspirations des pauvres, selon le mot de Desproges), alors qu’interagissaient auparavant des différences d’éducation, de culture et de classe, montre qu’au contraire les différences entre les hommes se réduisent, à mesure que se réduisent aussi les systèmes symboliques disponibles, car elles ne dépendent plus que d’un unique critère : l’argent. Dans ces conditions, le libéralisme ne doit pas être considéré comme un agent nocif en lui-même, une sorte de principe actif destructeur de la condition ou de la nature humaine, mais tout au contraire comme leur révélateur, une sorte de matrice neutre permettant de rendre compte objectivement de ce que les hommes livrés à eux-mêmes sont et ne sont pas. C’est à cette nouvelle réalité que les humanistes ou les post-humanistes doivent désormais adapter leur vision du monde, faute de voir de plus en plus souvent la course du monde diverger de leur idéal sans disposer de l’appareil critique leur permettant de comprendre le sens des évolutions en cours. (Journal, 22/10/17)

Effet taille contre dysgénisme

L’ignorance de l’effet taille, bien connu en ACP, dans les clichés véhiculés par la pensée dominante a des conséquences profondes. L’idéologie « united colors of Benetton » suggère que si on n’est pas bon en maths, on est bon en français, dans une sorte de compensation interdisant l’élaboration de toute hiérarchie globale. Toutes les études démontrent l’inverse. D’une manière générale, non seulement les meilleurs en maths sont aussi les meilleurs en français, mais les meilleurs en classe sont aussi plus beaux, plus grands, plus généreux, etc. Ce n’est que dans un second temps (sur un second axe factoriel) que des différences structurelles apparaissent. Un individu pauvre et stupide a une probabilité plus grande d’être méchant, c’est peut-être triste mais c’est ainsi. De ce point de vue, le christianisme est porteur d’un message de nature à brouiller les pistes, par son appel à sauver le faible, à se préoccuper du petit, à aimer le pauvre. La notion de prochain, étendue par le cosmopolitisme droitdelhommiste à tous les individus, quelle que soit leur distance relative, interdit de trier ou de hiérarchiser. Cela ne peut que conduire à une forme de relativisme dysgénique, par l’abandon du sain principe naturel conduisant à la mise à l’écart des moins bons, dont la seule qualité compensatoire est sans doute de se contenter d’exister, voire de se reproduire et de donner le mauvais exemple. (Journal, 3/11/17)

Egalitarisme inique

J’ai lu récemment sur Quora un argument contre l’existence même d’un questionnement sur les différences de QI selon les races. Cet argument stipulait que ce qui constituait la base de la notion de dignité humaine (et plus généralement animale) était la capacité à ressentir, soit par exemple à souffrir. Ensuite, par une sorte de tour de passe-passe, il suffit d’affirmer que tous les hommes ont donc la même dignité (et partant les mêmes droits) car ils ont la même capacité à ressentir. Désolé, je ne suis pas convaincu, et il faudrait y réfléchir à deux fois, et notamment se demander à qui revient la charge de la preuve : celui qui affirme sans justification que les êtres humains souffrent de la même manière quel que soit leur niveau d’intelligence et de culture, ou celui qui affirme le contraire ? Il me semble que les Chrétiens font surtout preuve de paresse et de lâcheté intellectuelle lorsqu’ils se rendent à la même conclusion. Toutes les créatures humaines ont la même dignité, et donc les mêmes droits, qu’ils soient embryons, grabataires, champions de tennis, fanatiques musulmans, juristes parisiens ou paysans malgaches. Comme une telle position est pratique (pour se donner en toute occasion bonne conscience), mais comme elle est paralysante (puisqu’elle conduit à s’exonérer de tout véritable choix politique d’allocation de ressources) ! A ce stade, j’ai au contraire pour ma part toutes les raisons de penser que la sensibilité et l’intelligence sont corrélées d’une part, et que la dignité n’est pas un état binaire (on est digne ou on ne l’est pas) mais une variable progressive (on l’est plus ou moins) dépendante non pas seulement de ce qu’on est (option essentialiste bornée qui est celle de l’humanisme de principe par exemple) mais aussi de ce qu’on fait, jour après jour (version existentialiste de l’éthique appliquée). (Journal, 5/11/17)

Sur quoi fonder la dignité humaine ?

J’ai lu récemment sur Quora un argument contre l’existence même d’un questionnement sur les différences de QI selon les races. Cet argument stipulait que ce qui constituait la base de la notion de dignité humaine (et plus généralement animale) était la capacité à ressentir, soit par exemple à souffrir. Ensuite, par une sorte de tour de passe-passe, il suffit d’affirmer que tous les hommes ont donc la même dignité (et partant les mêmes droits) car ils ont la même capacité à ressentir. Désolé, je ne suis pas convaincu, et il faudrait y réfléchir à deux fois, et notamment se demander à qui revient la charge de la preuve : celui qui affirme sans justification que les êtres humains souffrent de la même manière quel que soit leur niveau d’intelligence et de culture, ou celui qui affirme le contraire ? Il me semble que les Chrétiens font surtout preuve de paresse et de lâcheté intellectuelle lorsqu’ils se rendent à la même conclusion. Toutes les créatures humaines ont la même dignité, et donc les mêmes droits, qu’ils soient embryons, grabataires, champions de tennis, fanatiques musulmans, juristes parisiens ou paysans malgaches. Comme une telle position est pratique (pour se donner en toute occasion bonne conscience), mais comme elle est paralysante (puisqu’elle conduit à s’exonérer de tout véritable choix politique d’allocation de ressources) ! A ce stade, j’ai au contraire pour ma part toutes les raisons de penser que la sensibilité et l’intelligence sont corrélées d’une part, et que la dignité n’est pas un état binaire (on est digne ou on ne l’est pas) mais une variable progressive (on l’est plus ou moins) dépendante non pas seulement de ce qu’on est (option essentialiste bornée qui est celle de l’humanisme de principe par exemple) mais aussi de ce qu’on fait, jour après jour (version existentialiste de l’éthique appliquée). (Journal, 5/11/17)